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  • 27/03/2026

Maroc : Le FMI valide les fondamentaux, mais pointe une croissance peu inclusive

Validée par le Fonds monétaire international, la trajectoire macroéconomique du Maroc confirme une résilience notable dans un environnement mondial incertain. Mais derrière cette performance, une fragilité structurelle demeure : une croissance encore insuffisamment créatrice d’emplois.

 

À première vue, le Maroc présente le profil d’une économie maîtrisée. Dans ses conclusions au titre de l’article IV, le Fonds monétaire international salue la solidité des fondamentaux et la crédibilité des politiques économiques menées ces dernières années. La croissance du PIB réel a atteint 4,9% en 2025 et devrait se maintenir à 4,4% en 2026, portée à la fois par le rebond de la production agricole et par une dynamique soutenue d’investissement public.

 

Dans un contexte international marqué par des tensions géopolitiques persistantes et une volatilité accrue des marchés des matières premières, cette performance place le Maroc dans une position relativement favorable par rapport à de nombreuses économies comparables. Mais cette lecture, bien que positive, ne doit pas occulter les déséquilibres sous-jacents.

 

Sur le plan macroéconomique, les indicateurs restent globalement bien orientés. L’inflation, contenue à 0,8% en moyenne en 2025, devrait connaître une remontée temporaire avant de se stabiliser autour de 2% à moyen terme. Cette évolution maîtrisée permet à Bank Al-Maghrib de conserver une approche prudente en matière de politique monétaire, en s’appuyant sur les données économiques sans précipitation.

 

Les finances publiques témoignent également d’une gestion relativement rigoureuse. Le déficit budgétaire a été ramené à 3,5% du PIB, un niveau inférieur aux prévisions initiales, grâce à une mobilisation efficace des recettes fiscales. Parallèlement, la dette publique suit une trajectoire descendante, avec un objectif de 60,5% du PIB à l’horizon 2031, ce qui renforce la crédibilité budgétaire du pays.

 

Cette stabilité repose en grande partie sur un choix stratégique assumé : le recours massif à l’investissement public comme moteur de croissance. Les infrastructures, qu’il s’agisse des transports, de l’énergie ou des grands projets structurants, occupent une place centrale dans cette dynamique. L’État joue ainsi un rôle déterminant dans l’orientation de l’activité économique.

 

Le Fonds monétaire international reconnaît les effets positifs de cette stratégie sur la productivité et le potentiel de croissance. Toutefois, l’institution insiste sur une condition essentielle : l’efficacité de ces investissements. Sans une gestion rigoureuse, une bonne sélection des projets et un accompagnement par des réformes structurelles, le risque est réel de voir ces dépenses produire des rendements économiques inférieurs aux attentes.

 

C’est précisément à ce niveau que se situe le principal point de fragilité de l’économie marocaine : le marché du travail. Malgré une croissance soutenue, le chômage demeure élevé, autour de 13%, et continue de peser particulièrement sur les jeunes et les femmes. Ce décalage entre performance macroéconomique et création d’emplois traduit une limite structurelle du modèle actuel.

 

Pour le FMI, la solution passe par un renforcement du rôle du secteur privé. Cela implique une concurrence plus équilibrée avec le secteur public, une amélioration du climat des affaires et une plus grande flexibilité du marché du travail. En l’absence de ces ajustements, la croissance risque de rester peu inclusive, avec des effets limités sur l’emploi et les revenus.

 

À ces enjeux internes s’ajoute un environnement extérieur de plus en plus incertain. Le conflit au Moyen-Orient, les tensions commerciales et la volatilité des prix des matières premières constituent autant de risques susceptibles d’affecter les perspectives économiques. Le déficit du compte courant devrait ainsi se creuser, en raison notamment de la hausse des importations liées aux investissements et du renchérissement des coûts énergétiques.

 

Malgré ces pressions, le Maroc conserve des marges de manœuvre importantes. Ses réserves de change restent à un niveau adéquat, et surtout, le pays continue de bénéficier de la ligne de crédit flexible du Fonds monétaire international. Cet instrument, réservé aux économies jugées solides, agit comme un filet de sécurité et témoigne de la confiance des institutions internationales.

 

Au final, le Maroc se trouve à un tournant de son développement économique. La stabilisation macroéconomique est désormais acquise, et la crédibilité du cadre de politique économique est reconnue. Le véritable enjeu réside désormais dans la capacité du pays à transformer cette base solide en une croissance plus inclusive.

 

Il ne s’agit plus seulement de soutenir l’activité, mais de faire en sorte que celle-ci génère suffisamment d’emplois et bénéficie à une plus large partie de la population. C’est à cette condition que la dynamique actuelle pourra s’inscrire dans la durée et répondre aux attentes sociales croissantes.