News
  • 26/03/2026

ONU : Derrière la reconnaissance de l’esclavage comme injustice majeure, la bataille des réparations s’intensifie

Adoptée à une large majorité, une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies qualifiant la traite des Africains et l’esclavage racialisé parmi les pires injustices de l’histoire relance un débat explosif : celui des réparations financières et de la justice économique entre Nord et Sud.

 

Le vote est massif, mais loin d’être anodin. Le 25 mars 2026, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté une résolution reconnaissant la traite des Africains réduits en esclavage et l’esclavage racialisé comme l’une des injustices les plus inhumaines et durables de l’histoire de l’humanité. Avec 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions, le texte consacre une lecture historique déjà admise sur le plan moral, mais rarement assumée avec une telle portée politique.

 

Car derrière cette reconnaissance, se joue une tout autre partition.


 

Une mémoire qui devient levier économique

 

Depuis la conférence de Durban en 2001, l’esclavage est officiellement qualifié de crime contre l’humanité. Mais cette nouvelle résolution marque un glissement stratégique : elle ne se contente plus de reconnaître, elle hiérarchise. Et en filigrane, elle légitime une revendication de plus en plus structurée portée par les pays africains et caribéens : celle des réparations.

 

Le Ghana, à l’origine de cette initiative, s’inscrit dans une dynamique plus large où l’histoire devient un instrument de négociation économique. L’objectif est clair : transformer une reconnaissance morale en mécanismes concrets de compensation — qu’il s’agisse de financements, d’allégements de dette ou de programmes de développement ciblés.

 

Un vote qui révèle les lignes de fracture mondiales

 

La cartographie du vote est éloquente. Le soutien massif des pays du Sud contraste avec la prudence, voire l’opposition, des puissances occidentales. Les États-Unis, Israël et l’Argentine ont voté contre, tandis que de nombreux pays européens ont choisi l’abstention.

 

Ce positionnement traduit une inquiétude bien réelle : ouvrir la voie à une reconnaissance renforcée, c’est potentiellement exposer les anciennes puissances esclavagistes à des demandes financières d’ampleur. Autrement dit, la mémoire historique devient un sujet budgétaire.

 

Le retour d’un débat longtemps évité

 

Longtemps reléguée aux marges du débat international, la question des réparations revient désormais au cœur des rapports de force globaux. Dans un contexte marqué par les tensions sur la dette, les inégalités de développement et la redéfinition des partenariats économiques, cette résolution agit comme un catalyseur.

 

Elle repositionne l’Afrique et sa diaspora non plus seulement comme victimes de l’histoire, mais comme acteurs d’une négociation globale sur la redistribution des richesses et la justice économique.

 

Une nouvelle séquence pour l’économie politique mondiale

 

Ce vote de l’ONU dépasse donc largement le cadre symbolique. Il s’inscrit dans une recomposition plus large des équilibres internationaux, où les pays du Sud cherchent à redéfinir les règles du jeu.

 

La question n’est plus seulement de savoir si l’histoire doit être reconnue. Elle est désormais de savoir qui paiera, combien, et sous quelle forme.

 

Et sur ce terrain, le débat ne fait que commencer.