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  • 25/02/2026

Afrique : Lancement d'un mécanisme de financement des infrastructures


Les chefs d’État et de gouvernement africains ont officiellement lancé le Mécanisme de financement des infrastructures africaines (AIFF), une plateforme coordonnée et dirigée par l’Afrique, conçue pour accélérer la préparation et la facilitation du financement des projets d’infrastructures transfrontalières prioritaires alignés sur l’Agenda 2063.

Le lancement a eu lieu lors du troisième dialogue présidentiel de haut niveau de l'Alliance des institutions financières multilatérales africaines (AAMFI), organisé en marge du 39e sommet de l'Union africaine sur le thème : « Renforcer l'architecture financière de l'Afrique pour financer l'Agenda 2063 ».

Placé sous l'égide de John Dramani Mahama, président de la République du Ghana et champion de l'Union africaine pour les institutions financières de l'UA, le Dialogue a renforcé l'engagement de l'Afrique à traduire la souveraineté financière en mécanismes opérationnels capables de mobiliser des capitaux à long terme à grande échelle.

L’Agenda 2063 continue de se heurter à des contraintes de financement liées à la fragmentation des marchés de capitaux, au coût élevé du capital, à la rareté des financements à long terme et à une dépendance persistante à l’égard de systèmes financiers externes qui ne reflètent pas pleinement les réalités du développement africain. Dans ce contexte, les dirigeants africains ont souligné la nécessité de renforcer les institutions financières multilatérales africaines (IFMA) existantes tout en accélérant la mise en œuvre des institutions financières de l’Union africaine.

« L’Afrique dispose de réserves de capitaux nationaux dépassant 2 500 milliards de dollars », a déclaré le président Mahama, ajoutant que « Le défi n’est pas la disponibilité des capitaux, mais la manière dont nous les investissons de façon ciblée dans les infrastructures, l’industrialisation et la création d’emplois afin de réaliser l’Agenda 2063 et la Zone de libre-échange continentale africaine. »

Il a souligné l'importance de réduire la dépendance à l'égard de systèmes de financement fragmentés qui évaluent mal les risques en Afrique et a plaidé pour une architecture financière continentale cohérente capable de financer le développement durable de l'Afrique.

« Le lancement de l’AIFF illustre parfaitement ce qui peut être accompli lorsque la volonté politique et la coordination institutionnelle convergent. Nous sommes convaincus que ce mécanisme contribuera de manière significative à combler le déficit de financement des infrastructures en Afrique, estimé à environ 221 milliards de dollars par an sur la période 2023-2030 », a déclaré Francisca Tatchouop Belobe, Commissaire au Développement économique, au Commerce, au Tourisme, à l'Industrie et aux Mines de l'UA.

Dans son discours d'ouverture, Samaila Zubairu, président-directeur général d'Africa Finance Corporation et président sortant de l'AAMFI, a souligné l'importance d'un déploiement coordonné des capitaux africains. « L’Alliance des institutions financières multilatérales africaines représente plus de 70 milliards de dollars d’actifs et œuvre de concert pour combler les déficits de financement du commerce, des investissements et du développement en Afrique. Notre action collective est essentielle pour mobiliser les ressources nécessaires à la mise en œuvre d’infrastructures transformatrices et à l’intégration régionale », a-t-il indiqué.

Il a souligné que les ambitions de développement de l'Afrique nécessitent une envergure suffisante, un alignement institutionnel et une mobilisation disciplinée des capitaux pour combler les déficits de financement des infrastructures et de l'industrie.

Soulignant l'importance de ce dispositif, le Dr George Elombi, président et directeur général d'Afreximbank, a déclaré que « Le Mécanisme de financement des infrastructures africaines a été conçu pour remédier à l’obstacle le plus persistant à la réalisation des infrastructures en Afrique : le décalage entre l’approbation politique et l’exécution financière. Trop de projets sont bloqués, non pas par manque de pertinence, mais parce qu’ils sont insuffisamment préparés, mal structurés ou inadaptés aux besoins de financement à long terme. Les institutions financières multilatérales africaines comprennent les risques, les marchés et les réalités du développement en Afrique. En mutualisant l’expertise, les bilans et les cadres de gestion des risques, le Mécanisme permet à l’Afrique de passer d’interventions fragmentées à un système cohérent capable de mobiliser des capitaux à grande échelle. »

Le Dr Corneille Karekezi, PDG d'Africa Reinsurance Corporation et futur président de l'AAMFI, a insisté sur la collaboration institutionnelle. « Le financement du développement en Afrique doit reposer sur la collaboration et l’innovation. En partageant stratégiquement les risques, en renforçant nos institutions et en mobilisant des capitaux nationaux et privés, nous pouvons bâtir un écosystème financier résilient, capable de générer une croissance industrielle et des infrastructures transformatrices sur l’ensemble du continent. »

Le dialogue a souligné que, malgré un engagement politique fort en faveur des infrastructures, les projets se heurtent souvent à des contraintes dès les premières étapes de leur préparation. Le financement limité de cette préparation, la fragmentation des politiques régionales et l'insuffisance de coordination ont été cités comme principaux défis.

Créé dans le cadre d'un accord de coopération entre l'AUDA-NEPAD et l'AAMFI, l'AIFF fournit un mécanisme de coordination structuré, piloté par l'Afrique, pour accélérer la préparation des projets et faciliter un engagement indicatif et non contraignant sur le financement des infrastructures prioritaires alignées sur l'Agenda 2063.

Démontrant une fois de plus la dynamique en faveur du renforcement de l'architecture financière africaine, le Dialogue s'est conclu par le dépôt symbolique de l'Instrument de ratification du Protocole et des Statuts du Fonds monétaire africain (FMA) par la République du Cameroun.

Cette étape importante renforce les efforts continus de l'Afrique pour rendre opérationnelles les principales institutions financières de l'Union africaine, visant à promouvoir la stabilité macroéconomique, à fournir un soutien à la balance des paiements et à renforcer la coopération monétaire et financière entre les États membres de l'Union africaine.