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  • 26/02/2026

Bénin : sortie réussie du programme FMI, mais vigilance sur la dette

Le Bénin referme un cycle stratégique de quatre années sous programme du Fonds monétaire international. Et il le fait dans des conditions solides.

Le Conseil d’administration de l’institution a validé le septième et dernier examen des mécanismes élargis de crédit et de financement, ainsi que le quatrième et dernier examen du Mécanisme pour la résilience et la durabilité. À la clé : un décaissement immédiat d’environ 118 millions de dollars.

Dans le détail, 36,3 millions de dollars proviennent des facilités élargies, portant le total perçu depuis 2022 à près de 665 millions de dollars. Le volet résilience climatique ajoute 81,6 millions, pour un cumul de 204 millions au titre de ce mécanisme.

Mais l’essentiel n’est pas le montant.
L’essentiel, c’est le signal.


Discipline budgétaire confirmée

Dans une Union économique et monétaire ouest-africaine où peu d’États respectent strictement le plafond communautaire, le Bénin affiche un déficit public ramené à 3,1% du PIB en 2024.

Un niveau proche de la norme de 3% fixée par l’Union économique et monétaire ouest-africaine.

Le FMI le souligne sans ambiguïté :
« L’assainissement budgétaire de 2024 a ramené le déficit public du Bénin à 3,1% du PIB. Le budget 2026 vise à maintenir ce déficit dans les limites du plafond de déficit budgétaire de 3% du PIB fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). »

Autrement dit : la consolidation n’a pas été accidentelle. Elle est structurelle.

Cette performance repose sur une mobilisation soutenue des recettes fiscales et une rationalisation des dépenses, tout en préservant les dépenses sociales prioritaires. Un équilibre rarement simple à atteindre dans un contexte régional marqué par les tensions sécuritaires et budgétaires.

Croissance forte, dynamique préservée

L’économie béninoise ne ralentit pas.

Après cinq années de performance robuste, la croissance est projetée à 7,5% en 2025, au même rythme qu’en 2024. À moyen terme, la dynamique devrait se maintenir, portée notamment par la montée en puissance des zones économiques spéciales et le redressement progressif du compte courant.

Le FMI salue d’ailleurs « une croissance plus forte et plus stable, un accès favorable aux marchés internationaux et un soutien continu de la part des partenaires au développement ».

Dans le contexte actuel de resserrement financier mondial, cet accès aux marchés n’est pas un détail. C’est un atout stratégique.

Le vrai sujet : la dette

Mais derrière les indicateurs flatteurs, un point mérite attention.

Conformément aux normes statistiques internationales, plusieurs prêts extérieurs contractés en 2021 et transférés à des entreprises publiques sont désormais reclassés en dette publique. Résultat : le ratio d’endettement est révisé à 60,5% du PIB à fin 2024.

Un ajustement comptable.
Mais un chiffre qui compte.

Le FMI reste mesuré : le Bénin conserve « un risque modéré de surendettement grâce à une capacité de remboursement plus solide ».

Cependant, il avertit que « la récente révision à la hausse de la dette publique centrale exige une vigilance accrue ».

Le message est limpide.
La trajectoire est maîtrisée. Mais la marge de manœuvre n’est pas illimitée.

L’institution recommande de poursuivre le rééquilibrage vers la dette intérieure et de renforcer le suivi des entreprises publiques afin d’« atténuer les risques de refinancement externe ». Autrement dit : surveiller les passifs contingents, point souvent sensible dans les économies africaines.

Réformes climatiques et inclusion sociale : l’autre pilier

Au-delà des agrégats budgétaires, le programme a intégré un axe structurel.

« Dans le cadre du Mécanisme pour la résilience et la durabilité (MRD), les autorités ont récemment adopté de nouvelles réglementations relatives à la gestion des finances publiques en matière de climat, amélioré l’architecture de l’information financière sur le climat, réformé les tarifs de l’eau, mis en œuvre un système d’assurance agricole et renforcé la protection sociale. »

L’objectif est double : renforcer la résilience macroéconomique et « catalyser davantage le financement climatique par le secteur privé ».

Dans un pays exposé aux chocs climatiques, cette dimension dépasse la technique budgétaire. Elle conditionne la soutenabilité à long terme.

L’après-FMI commence maintenant

Le programme est officiellement achevé. La crédibilité est consolidée.

« À l'avenir, les autorités devront maintenir la rigueur budgétaire et la dynamique des réformes, renforcer les politiques inclusives et rester vigilantes face aux risques régionaux et mondiaux », prévient le FMI.

La vraie question est désormais simple :
Le Bénin peut-il maintenir une croissance de 7,5% et respecter le plafond de 3 % sans le cadre formel d’un programme FMI ?

La réponse dépendra de trois variables : discipline budgétaire, gestion proactive de la dette et poursuite des réformes structurelles.

Le pays sort du programme avec des fondamentaux solides.
Mais en économie, la crédibilité se gagne dans la durée.

Et l’après-programme est souvent plus exigeant que le programme lui-même.