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  • 08/07/2026

Algérie : Malgré le soutien des hydrocarbures, le FMI presse Alger d’accélérer les réformes économiques

L’embellie attendue des recettes pétrolières et gazières devrait soutenir la croissance algérienne en 2026. Mais pour le FMI, cette amélioration conjoncturelle ne masque pas les fragilités persistantes des finances publiques, l’érosion des réserves extérieures et la nécessité d’accélérer la diversification économique.

 

L’Algérie bénéficie d’un nouveau souffle grâce aux hydrocarbures, mais le Fonds monétaire international (FMI) estime que cette fenêtre favorable doit être mise à profit pour transformer en profondeur le modèle économique du pays.

 

À l’issue de sa mission de consultation au titre de l’article IV, menée du 16 au 30 juin 2026 à Alger, l’institution de Bretton Woods a livré un diagnostic à deux visages : une économie qui continue de croître à un rythme soutenu, mais qui reste exposée aux déséquilibres liés à sa forte dépendance aux revenus énergétiques.

 

Selon le FMI, le produit intérieur brut (PIB) algérien a progressé de 3,9% en 2025, soutenu principalement par les investissements publics, alors que la croissance du secteur des hydrocarbures est demeurée modérée.

 

Pour 2026, l’institution prévoit une croissance de 3,8%, portée notamment par l’amélioration attendue des recettes d’exportation et des revenus fiscaux liés aux hydrocarbures.

 

Mais derrière cette dynamique favorable, le FMI identifie une vulnérabilité centrale : l’économie algérienne reste largement dépendante d’un secteur dont les performances évoluent au gré des marchés internationaux.

 

Des finances publiques sous pression malgré les revenus énergétiques

 

Le principal signal d’alerte concerne les finances publiques. Le déficit budgétaire s’est établi à 10,5% du PIB en 2025, malgré des dividendes exceptionnels versés par les entreprises publiques et la Banque d’Algérie, ainsi qu’une progression des recettes hors hydrocarbures.

 

Cette situation a contribué à accroître les besoins de financement de l’État et à porter la dette publique à 52,1% du PIB.

 

Pour le FMI, le problème n’est donc pas uniquement le niveau actuel de la dette, mais surtout la trajectoire future si les déficits élevés persistent.

 

« Les perspectives à moyen terme dépendent de réformes visant à renforcer la viabilité budgétaire, à diversifier l’économie et à stimuler l’investissement privé », souligne la mission dirigée par Charalambos Tsangarides.

 

L’institution considère que l’amélioration des recettes pétrolières ne doit pas retarder les ajustements nécessaires. Elle recommande notamment d’augmenter les recettes fiscales non liées aux hydrocarbures, d’élargir l’assiette fiscale et de réduire certaines dépenses fiscales.

 

Le FMI appelle également à une réforme progressive du système de subventions et à une meilleure maîtrise des transferts vers les entreprises publiques afin de dégager des marges pour les investissements prioritaires et le soutien aux ménages vulnérables.

 

Les réserves extérieures sous surveillance

 

Au-delà du budget de l’État, le FMI s’inquiète également de la position extérieure de l’Algérie.

 

La balance des transactions courantes s’est fortement dégradée en 2025, sous l’effet d’une hausse importante des importations, notamment liée aux investissements publics, combinée à une baisse des exportations d’hydrocarbures.

 

Cette détérioration a entraîné une diminution des réserves internationales, réduisant progressivement la capacité du pays à absorber de futurs chocs extérieurs.

 

Le Fonds recommande ainsi une plus grande flexibilité du taux de change afin de permettre à l’économie de mieux s’adapter aux variations des marchés internationaux.

 

Il appelle également les autorités à éviter le recours au financement monétaire de l’État, c’est-à-dire l’utilisation de mécanismes impliquant la banque centrale pour couvrir les besoins du Trésor. Selon le FMI, une utilisation prolongée de cet outil pourrait alimenter les tensions inflationnistes et fragiliser la crédibilité de la politique monétaire.

 

L’urgence de construire une croissance moins dépendante du pétrole et du gaz

 

Pour le FMI, le défi algérien dépasse les équilibres macroéconomiques. Il concerne la transformation du modèle de croissance.

 

L’institution encourage Alger à améliorer le climat des affaires, à renforcer la concurrence entre entreprises publiques et secteur privé, à réduire les barrières réglementaires et à favoriser davantage l’investissement privé.

 

Le pays dispose pourtant d’atouts importants. Sa proximité avec l’Europe, ses ressources énergétiques et son potentiel dans les secteurs minier et agricole pourraient lui permettre de diversifier ses sources de croissance.

 

Le FMI estime notamment que l’Algérie pourrait renforcer son rôle sur les marchés énergétiques européens et africains tout en développant de nouvelles filières économiques.

 

Cette diversification apparaît d’autant plus stratégique que les hydrocarbures, qui constituent depuis plusieurs décennies un pilier des finances publiques et des exportations algériennes, exposent l’économie aux cycles internationaux.

 

Une avancée saluée sur la gouvernance financière

 

Le FMI a également salué la sortie de l’Algérie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) concernant la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).

 

Cette évolution est considérée par l’institution comme une étape importante dans le renforcement du cadre réglementaire financier du pays.

 

Mais le message du Fonds reste clair : l’amélioration de la conjoncture pétrolière offre une opportunité, pas une garantie.

 

Pour Alger, l’enjeu est désormais de transformer les revenus tirés des hydrocarbures en investissements productifs capables de soutenir une croissance durable, davantage portée par le secteur privé et moins vulnérable aux fluctuations du marché énergétique.