L’embellie attendue des recettes pétrolières et gazières devrait soutenir la croissance algérienne en 2026. Mais pour le FMI, cette amélioration conjoncturelle ne masque pas les fragilités persistantes des finances publiques, l’érosion des réserves extérieures et la nécessité d’accélérer la diversification économique.
L’Algérie bénéficie d’un nouveau souffle grâce aux
hydrocarbures, mais le Fonds monétaire international (FMI) estime que cette
fenêtre favorable doit être mise à profit pour transformer en profondeur le
modèle économique du pays.
À l’issue de sa mission de consultation au titre de
l’article IV, menée du 16 au 30 juin 2026 à Alger, l’institution de Bretton
Woods a livré un diagnostic à deux visages : une économie qui continue de
croître à un rythme soutenu, mais qui reste exposée aux déséquilibres liés à sa
forte dépendance aux revenus énergétiques.
Selon le FMI, le produit intérieur brut (PIB) algérien
a progressé de 3,9% en 2025, soutenu principalement par les investissements
publics, alors que la croissance du secteur des hydrocarbures est demeurée
modérée.
Pour 2026, l’institution prévoit une croissance de 3,8%,
portée notamment par l’amélioration attendue des recettes d’exportation et des
revenus fiscaux liés aux hydrocarbures.
Mais derrière cette dynamique favorable, le FMI
identifie une vulnérabilité centrale : l’économie algérienne reste largement
dépendante d’un secteur dont les performances évoluent au gré des marchés
internationaux.
Des finances publiques sous pression
malgré les revenus énergétiques
Le principal signal d’alerte concerne les finances
publiques. Le déficit budgétaire s’est établi à 10,5% du PIB en 2025, malgré
des dividendes exceptionnels versés par les entreprises publiques et la Banque
d’Algérie, ainsi qu’une progression des recettes hors hydrocarbures.
Cette situation a contribué à accroître les besoins de
financement de l’État et à porter la dette publique à 52,1% du PIB.
Pour le FMI, le problème n’est donc pas uniquement le
niveau actuel de la dette, mais surtout la trajectoire future si les déficits
élevés persistent.
« Les perspectives à moyen terme dépendent de réformes
visant à renforcer la viabilité budgétaire, à diversifier l’économie et à
stimuler l’investissement privé », souligne la mission dirigée par Charalambos
Tsangarides.
L’institution considère que l’amélioration des
recettes pétrolières ne doit pas retarder les ajustements nécessaires. Elle
recommande notamment d’augmenter les recettes fiscales non liées aux
hydrocarbures, d’élargir l’assiette fiscale et de réduire certaines dépenses
fiscales.
Le FMI appelle également à une réforme progressive du
système de subventions et à une meilleure maîtrise des transferts vers les
entreprises publiques afin de dégager des marges pour les investissements
prioritaires et le soutien aux ménages vulnérables.
Les réserves extérieures sous surveillance
Au-delà du budget de l’État, le FMI s’inquiète
également de la position extérieure de l’Algérie.
La balance des transactions courantes s’est fortement
dégradée en 2025, sous l’effet d’une hausse importante des importations,
notamment liée aux investissements publics, combinée à une baisse des
exportations d’hydrocarbures.
Cette détérioration a entraîné une diminution des
réserves internationales, réduisant progressivement la capacité du pays à
absorber de futurs chocs extérieurs.
Le Fonds recommande ainsi une plus grande flexibilité
du taux de change afin de permettre à l’économie de mieux s’adapter aux
variations des marchés internationaux.
Il appelle également les autorités à éviter le recours
au financement monétaire de l’État, c’est-à-dire l’utilisation de mécanismes
impliquant la banque centrale pour couvrir les besoins du Trésor. Selon le FMI,
une utilisation prolongée de cet outil pourrait alimenter les tensions
inflationnistes et fragiliser la crédibilité de la politique monétaire.
L’urgence de construire une croissance
moins dépendante du pétrole et du gaz
Pour le FMI, le défi algérien dépasse les équilibres
macroéconomiques. Il concerne la transformation du modèle de croissance.
L’institution encourage Alger à améliorer le climat
des affaires, à renforcer la concurrence entre entreprises publiques et secteur
privé, à réduire les barrières réglementaires et à favoriser davantage
l’investissement privé.
Le pays dispose pourtant d’atouts importants. Sa
proximité avec l’Europe, ses ressources énergétiques et son potentiel dans les
secteurs minier et agricole pourraient lui permettre de diversifier ses sources
de croissance.
Le FMI estime notamment que l’Algérie pourrait
renforcer son rôle sur les marchés énergétiques européens et africains tout en
développant de nouvelles filières économiques.
Cette diversification apparaît d’autant plus
stratégique que les hydrocarbures, qui constituent depuis plusieurs décennies
un pilier des finances publiques et des exportations algériennes, exposent
l’économie aux cycles internationaux.
Une avancée saluée sur la gouvernance
financière
Le FMI a également salué la sortie de l’Algérie de la
liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) concernant la lutte contre le
blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).
Cette évolution est considérée par l’institution comme
une étape importante dans le renforcement du cadre réglementaire financier du
pays.
Mais le message du Fonds reste clair : l’amélioration
de la conjoncture pétrolière offre une opportunité, pas une garantie.
Pour Alger, l’enjeu est désormais de transformer les
revenus tirés des hydrocarbures en investissements productifs capables de
soutenir une croissance durable, davantage portée par le secteur privé et moins
vulnérable aux fluctuations du marché énergétique.
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