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  • 14/10/2026

Bank of Africa Niger : Bloomfield maintient sa note malgré une chute de 92% du bénéfice

Bloomfield Investment maintient les notes de crédit de Bank of Africa Niger à A- à long terme et A2 à court terme, avec une perspective stable jusqu'en juillet 2027. Cette décision intervient alors que le bénéfice net de la banque a chuté de 91,8% en 2025, sur fond de recul des crédits à la clientèle et de provisions liées à la dégradation du portefeuille.

 

Le contraste est saisissant. Bank of Africa Niger (BOA-Niger) conserve une notation financière favorable auprès de Bloomfield Investment, malgré une forte dégradation de ses résultats en 2025. Dans sa fiche valable d'août 2026 à juillet 2027, l'agence maintient la note A- en monnaie locale à long terme et A2 à court terme, assorties d'une perspective stable.

 

Derrière cette stabilité, les comptes de la banque révèlent pourtant des tensions. Son résultat net est passé de 5,002 milliards FCFA en 2024 à 409 millions FCFA en 2025, soit une baisse de 91,8%. Une dégradation que Bloomfield attribue notamment à des opérations exceptionnelles, dont des provisions constituées à la suite de la détérioration du portefeuille de crédit.

 

Cette chute de la rentabilité n'a toutefois pas conduit l'agence à revoir sa notation. À ses yeux, plusieurs facteurs continuent de soutenir la qualité de crédit de l'établissement, même si les risques demeurent présents.

 

Des dépôts en hausse, mais le crédit recule

 

Le premier élément favorable concerne les ressources collectées auprès de la clientèle. Celles-ci ont progressé de 170,961 milliards FCFA en 2024 à 183,280 milliards FCFA en 2025, soit une hausse de 7,2%. Cette évolution, soutenue notamment par les dépôts non rémunérés, renforce la base de financement de la banque.

 

Mais cette progression ne se traduit pas par une expansion de l'activité de crédit. Les créances sur la clientèle ont diminué de 162,488 milliards FCFA à 128,447 milliards FCFA sur la même période, soit un recul de 21%.

 

La banque collecte donc davantage de ressources tout en réduisant sensiblement ses encours de prêts. Cette évolution peut refléter une plus grande prudence dans l'octroi de crédits, mais aussi les conséquences d'une dégradation du portefeuille. La fiche de Bloomfield ne permet pas, à elle seule, de déterminer le poids respectif de ces facteurs.

 

Sur le plan commercial, cette contraction constitue néanmoins un signal à surveiller. Pour une banque, la capacité à transformer les dépôts en financements accordés aux entreprises et aux ménages participe directement à la dynamique de l'activité et à la génération de revenus.

 

Une marge d'intérêt en hausse, sans progression du produit bancaire

 

Les performances d'exploitation offrent un tableau plus nuancé. La marge d'intérêt de BOA-Niger a progressé de 14,446 milliards FCFA en 2024 à 14,731 milliards FCFA en 2025, soit une hausse de 2%. Bloomfield relève notamment une amélioration des activités interbancaires et sur titres.

 

Cette progression n'a cependant pas suffi à soutenir le produit net bancaire (PNB), qui mesure les revenus générés par l'activité bancaire. Celui-ci a légèrement reculé, passant de 21,380 milliards FCFA à 21,125 milliards FCFA, soit une baisse de 1,2%.

 

Le problème ne se limite donc pas à la chute du résultat net. La banque doit également composer avec une activité dont les revenus globaux stagnent, alors que les provisions ont lourdement pesé sur le bénéfice final.

 

Les fonds propres ont, eux aussi, diminué, de 42,156 milliards FCFA en 2024 à 36,064 milliards FCFA en 2025, soit un recul de 14,4%. La fiche ne fournit toutefois pas les ratios prudentiels nécessaires pour mesurer précisément les conséquences de cette baisse sur la solvabilité de l'établissement.

 

Le contexte nigérien reste un facteur de risque

 

Bloomfield souligne également les contraintes qui pèsent sur le secteur bancaire nigérien, encore marqué par les conséquences des sanctions prises par la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

 

L'agence relève néanmoins un environnement économique globalement favorable, porté notamment par les activités extractives et une inflation maîtrisée. Elle souligne aussi le déploiement jugé satisfaisant du plan de développement stratégique 2025-2027 de la banque au cours de sa première année.

 

Ces éléments contribuent à expliquer le maintien de la notation. À long terme, la note A- traduit une qualité de crédit élevée, avec de bons facteurs de protection, mais des risques susceptibles de devenir plus importants en période de pression économique. À court terme, la note A2 reflète une bonne capacité de remboursement, soutenue par des facteurs de liquidité jugés sains.

 

La perspective stable ne signifie donc pas que les difficultés financières de 2025 sont sans conséquence. Elle indique plutôt que, selon l'évaluation de Bloomfield, les facteurs de soutien restent suffisants pour justifier le maintien des notes à ce stade.

 

Un exercice 2026 déterminant

 

Créée en avril 1994, BOA-Niger a également connu une évolution de son actionnariat en 2025, avec la cession de la totalité des parts détenues par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD) à la Société de négoce import-export (SONIMEX).

 

La banque aborde désormais la suite de son plan stratégique avec plusieurs enjeux : stabiliser la qualité de son portefeuille, préserver ses fonds propres et relancer progressivement son activité de crédit sans compromettre sa liquidité.

 

Le principal indicateur à surveiller sera la capacité de l'établissement à retrouver une rentabilité plus solide. La progression des dépôts et de la marge d'intérêt constitue un point d'appui, mais elle ne suffira pas si le coût du risque continue de peser sur les comptes.

 

Le maintien de la notation de BOA-Niger repose ainsi sur un équilibre délicat : une base de dépôts en progression et des facteurs de protection jugés satisfaisants, face à une rentabilité fortement dégradée et à un portefeuille de crédit sous pression. Les résultats de 2026 permettront de mieux apprécier si la chute du bénéfice en 2025 relève principalement d'un choc ponctuel ou révèle des difficultés plus durables.