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  • 07/10/2026

Corne de l’Afrique : La guerre au Yémen menace le corridor économique de la mer Rouge

Alors que des milliers de Yéménites fuient vers Djibouti, des migrants éthiopiens continuent d’emprunter la route inverse vers le Golfe. Derrière cette crise migratoire se joue un enjeu économique plus large : la sécurité du Bab el-Mandeb et la stabilité du corridor commercial reliant l’Éthiopie aux marchés mondiaux.

 

À première vue, l’image paraît presque irréelle. Des Yéménites traversent la mer Rouge pour chercher refuge à Djibouti, tandis que des milliers d’Éthiopiens continuent de parcourir le même axe en sens inverse, avec l’espoir de rejoindre l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe. Depuis le 10 septembre, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé plus de 20 000 mouvements de migrants arrivant d’Éthiopie à Djibouti. Dans le même temps, plus de 3 700 personnes ayant fui le conflit au Yémen ont débarqué sur les côtes djiboutiennes en trois semaines.

 

Mais derrière ces trajectoires humaines se dessine un risque économique qui dépasse largement Djibouti. La reprise des combats au Yémen place une nouvelle fois le Bab el-Mandeb au cœur des préoccupations régionales. Ce détroit, qui relie le golfe d’Aden à la mer Rouge, constitue l’un des passages stratégiques du commerce maritime mondial. La nouvelle offensive autour de ses rives accroît l’incertitude pour les transporteurs et les opérateurs du commerce international.

 

Djibouti, premier maillon sous pression

 

Pour Djibouti, le problème est particulièrement sensible. Son économie repose largement sur les activités portuaires, la logistique et les échanges liés au corridor avec l’Éthiopie. La Banque mondiale estime que la croissance devrait ralentir à 5,9% en 2026, notamment sous l’effet des tensions régionales et des perturbations en mer Rouge, qui renchérissent le fret et l’énergie et pèsent sur le corridor Djibouti-Éthiopie.

 

L’arrivée des réfugiés ajoute une autre couche de pression.

 

À la mi-septembre, les 2 776 personnes arrivées dans la région d’Obock représentaient déjà plus de 9% de la population résidente de la ville. Les Nations Unies alertaient alors sur le risque de saturation des services essentiels destinés aux populations locales.

 

Trois semaines plus tard, l’OIM comptabilise désormais plus de 3 700 réfugiés arrivés du Yémen. Dans le même temps, plus de 3 000 migrants bloqués ont été repérés sur les routes djiboutiennes entre le 20 et le 30 septembre, confrontés notamment au manque d’eau et de nourriture.

 

Pour un État de petite taille, cela signifie davantage de dépenses en eau, alimentation, santé, hébergement, transport et protection, alors même que son économie doit déjà absorber le choc provoqué par l’instabilité du commerce maritime.

 

L’Éthiopie au bout de la chaîne

 

L’enjeu est encore plus important pour l’Éthiopie.

 

Le pays ne possède pas d’accès direct à la mer et dépend du corridor djiboutien pour une part essentielle de ses échanges internationaux. Toute perturbation durable du trafic en mer Rouge peut donc se transmettre à son économie par plusieurs canaux : coût du transport, prix des importations, disponibilité des carburants et des intrants, mais aussi compétitivité de ses exportations.

 

Le risque ne vient pas seulement des navires qui pourraient éviter le Bab el-Mandeb. Une hausse du risque sécuritaire peut également se traduire par des primes d’assurance plus élevées et des coûts logistiques supplémentaires.

 

La Banque mondiale estime déjà que les perturbations de la mer Rouge et du détroit d’Ormuz vont peser sur les flux commerciaux et les coûts de fret et d’énergie, avec des conséquences particulièrement importantes pour le corridor Djibouti-Éthiopie.

 

Une route migratoire qui révèle une autre fragilité

 

La crise migratoire est elle-même révélatrice de cette fragilité économique.

 

L’OIM souligne que les départs depuis la Corne de l’Afrique restent alimentés par les difficultés économiques, l’insécurité alimentaire, l’endettement des ménages et le manque de perspectives. Malgré la dégradation de la situation au Yémen, les migrants continuent donc de partir, car leur objectif final est généralement le Golfe plutôt que le Yémen lui-même.

 

Cette dynamique crée un cercle particulièrement difficile à casser : les difficultés économiques alimentent la migration, tandis que l’insécurité sur la route migratoire augmente le coût et les risques du déplacement.

 

Les retours depuis le Golfe illustrent aussi cette fragilité. Selon l’OIM, les retours organisés par l’Arabie saoudite vers l’Éthiopie ont plus que doublé au premier trimestre 2026, atteignant environ 26 400 personnes, contre 12 800 un an auparavant.

 

Le risque dépasse donc les frontières

 

Pour la Corne de l’Afrique, le problème n’est finalement pas uniquement celui de quelques milliers de réfugiés supplémentaires.

 

C’est la combinaison de trois chocs qui inquiète : une crise humanitaire qui accroît la pression sur Djibouti et les communautés d’accueil, une migration qui reste alimentée par la précarité économique et une route maritime stratégique dont la sécurité est de nouveau menacée.

 

Si les perturbations du Bab el-Mandeb se prolongent, leurs effets peuvent progressivement se transmettre aux prix du transport, de l’énergie et des marchandises. Et dans des économies déjà vulnérables, chaque hausse de coût compte.

 

La situation actuelle donne ainsi une dimension nouvelle au rôle de Djibouti. Le pays n’est plus seulement une porte d’entrée pour les réfugiés yéménites ou une étape sur la route migratoire vers le Golfe. Il se trouve au croisement d’un corridor commercial vital, d’une route migratoire majeure et d’un conflit qui menace directement la sécurité de la mer Rouge.

 

C’est précisément cette superposition qui fait de la crise actuelle un problème économique pour toute la Corne de l’Afrique, et pas seulement une nouvelle urgence humanitaire à Djibouti.