Longtemps restée confidentielle, l’ouverture des comptes en FCFA aux non-résidents, décidée en 2025 par la BCEAO, refait surface en 2026 dans un contexte de pression accrue sur les devises. Face à un Nigéria plus offensif, l’UEMOA tente de reprendre la main sur les flux de sa diaspora.
Une réforme technique devenue signal
stratégique
Mi-mars 2026, l’information s’impose dans le débat
économique régional : les ressortissants de l’UEMOA vivant à l’étranger peuvent
désormais ouvrir des comptes en FCFA dans les banques de la zone.
La mesure n’a pourtant rien de nouveau. Elle découle
d’une instruction adoptée en août 2025 par la BCEAO, passée largement inaperçue
à l’époque.
Ce décalage entre décision et médiatisation n’est pas
anodin. Il traduit un changement de priorité. Ce qui relevait hier de la
régulation devient aujourd’hui un levier stratégique.
Des flux massifs, encore mal captés
En Afrique de l’Ouest, les transferts de la diaspora
constituent une source essentielle de financement.
Le Nigéria capte à lui seul plus de 20 milliards de
dollars par an, selon la Banque mondiale. À certains moments, ces flux
dépassent les investissements directs étrangers du pays.
Dans l’UEMOA, les montants sont plus dispersés mais
tout aussi déterminants.
Au Sénégal, ils avoisinent 4 milliards de dollars par
an, soit jusqu’à 12% du PIB.
Au Mali, ils soutiennent directement les revenus des ménages.
En Côte d’Ivoire, autour d’un milliard de dollars, ils contribuent à
l’équilibre extérieur.
Ces flux ont une caractéristique clé : ils sont
stables. Mais leur transformation en épargne ou en investissement reste
limitée.
Le Nigéria, un modèle plus offensif
Le Nigéria ne se contente pas de recevoir ces fonds.
Il cherche à en maximiser l’impact.
La Central Bank of Nigeria a progressivement assoupli
son cadre, autorisé les transactions en devises et accompagné l’essor des
solutions digitales.
Résultat : une part croissante des transferts
s’intègre au système financier local.
Le pays ne capte pas seulement des flux. Il en capte
la valeur.
Un modèle UEMOA sous contrainte
À l’inverse, l’UEMOA s’appuie sur un cadre monétaire
fondé sur la stabilité. Le franc CFA, arrimé à l’euro, offre une ancre crédible
dans un environnement volatil.
Mais cette stabilité s’accompagne de rigidités.
Le cadre réglementaire limite la flexibilité.
L’innovation financière progresse lentement.
Une part importante des flux continue de transiter par des opérateurs
internationaux comme Western Union ou MoneyGram, sans s’ancrer durablement dans
les bilans bancaires locaux.
Reprendre le contrôle des flux
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’ouverture des
comptes en FCFA à la diaspora.
L’objectif est double :
rapatrier les flux dans le système bancaire régional et transformer les
migrants en acteurs économiques à part entière.
À terme, la BCEAO pose les bases d’une mobilisation
plus large de l’épargne extérieure : produits dédiés, financement
d’infrastructures, instruments obligataires.
Il ne s’agit plus seulement de faciliter des
transferts, mais de structurer une ressource.
Une rivalité monétaire implicite
Au-delà des aspects techniques, la réforme renvoie à
un débat plus profond.
D’un côté, le modèle de l’UEMOA privilégie la
stabilité et la discipline monétaire.
De l’autre, le Nigéria mise sur la souveraineté et l’adaptabilité.
Le premier sécurise.
Le second capte.
Cette divergence structure la manière dont chaque zone
mobilise les flux de sa diaspora.
L’enjeu de l’exécution
La réussite de cette stratégie dépendra de sa mise en
œuvre.
Les banques devront proposer des services compétitifs
face aux fintechs.
Les parcours clients devront être simplifiés.
La confiance devra être renforcée.
Sans évolution concrète, les flux continueront de
circuler en marge du système.
Une inflexion stratégique
En rendant visible une réforme adoptée en 2025, la
BCEAO envoie un signal clair : la diaspora devient un enjeu central de la
politique économique régionale.
Dans un contexte de tension sur les devises, la
capacité à capter et à retenir ces flux pourrait redéfinir les équilibres
financiers en Afrique de l’Ouest.
La bataille ne fait que commencer.
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