Le Mali tente de transformer une partie de sa richesse minière en levier de développement local. Le président de la transition, le général Assimi Goïta, a présidé le 12 mars 2026 à Bamako une cérémonie de remise symbolique de chèques géants aux collectivités territoriales bénéficiaires du Fonds minier de développement local (FMDL).
Au total, près de 32,5 millions de dollars (18,4
milliards FCFA) seront redistribués au titre de l’exercice 2025. L’objectif
affiché par les autorités est de faire profiter les communes maliennes des
retombées économiques de l’exploitation minière, secteur stratégique pour
l’économie nationale.
La cérémonie s’est tenue au Palais de Koulouba, en
présence du Premier ministre, du président du Conseil national de transition et
de plusieurs membres du gouvernement.
Une redistribution issue des revenus
miniers
Le Fonds minier de développement local est alimenté
par les contributions versées par les sociétés titulaires de permis
d’exploitation minière et par les entreprises bénéficiant d’autorisations
industrielles d’exploitation de carrières.
Selon le ministre de l’Économie et des Finances, Alousséni
Sanou, l’enveloppe destinée aux collectivités territoriales dépasse 32,5
millions de dollars (18,4 milliards FCFA) pour l’exercice 2025.
La répartition des ressources repose sur un mécanisme
de péréquation territoriale destiné à corriger les déséquilibres entre régions
minières et territoires moins dotés en ressources naturelles.
La clé de distribution est structurée de la manière
suivante :
- 50%
des ressources sont destinées aux communes directement affectées par les
activités minières.
- 25%
reviennent aux autres collectivités situées dans les zones minières.
- Les
25% restants sont répartis entre les collectivités territoriales des autres
régions du Mali.
Pour le ministre des Finances, ce mécanisme permet de
respecter « le principe de justice territoriale » dans la redistribution de la
rente minière.
819 communes concernées à travers le pays
La cérémonie organisée à Bamako n’a concerné que neuf
collectivités à titre symbolique. Elles proviennent de plusieurs régions,
notamment Kayes, Koulikoro, Sikasso, Bougouni, Kita, Tombouctou, San, Gao et
Kidal.
En réalité, l’ensemble des 819 communes du Mali
bénéficieront de cette redistribution.
Ces ressources doivent permettre aux collectivités de
financer des projets structurants : infrastructures locales, équipements
publics ou initiatives de développement territorial.
À l’issue de la cérémonie, le président Assimi Goïta a
salué la concrétisation d’une réforme attendue par les populations.
« Nous sommes très heureux et très satisfaits d’avoir
concrétisé ce vœu du peuple malien », a-t-il déclaré.
L’enjeu stratégique de la rente aurifère
Le Mali figure parmi les principaux producteurs d’or
du continent africain. L’exploitation aurifère constitue l’un des piliers de
l’économie nationale et représente une part importante des exportations du
pays.
Mais dans de nombreuses zones d’exploitation, les
populations locales dénoncent depuis longtemps un décalage entre la richesse
générée par les mines et leur niveau de développement.
Infrastructures insuffisantes, accès limité aux
services sociaux et impacts environnementaux liés aux activités minières
restent des préoccupations récurrentes dans certaines régions.
Dans ce contexte, le Fonds minier de développement
local apparaît comme un instrument destiné à mieux redistribuer les retombées
économiques du secteur extractif.
L’objectif est de rapprocher la richesse du sous-sol
des besoins réels des territoires.
Un dispositif de suivi à trois niveaux
Les autorités maliennes affirment également vouloir
renforcer la gouvernance de ce mécanisme financier.
Le suivi des projets financés par le fonds sera assuré
par trois instances distinctes : un comité communal, un comité régional et un
comité national.
Selon le chef de l’État, ce dispositif doit garantir
une utilisation rigoureuse des ressources publiques.
« Un changement notoire devrait être observé dans la
vie des communes », a déclaré Assimi Goïta, estimant que ce fonds pourrait
contribuer à « donner un nouveau visage aux communes ».
Le président de la transition a également insisté sur
la nécessité d’une gestion transparente. Tout détournement ou mauvaise
utilisation des ressources pourrait donner lieu à des procédures judiciaires,
dans le cadre de la lutte contre la corruption.
Un test pour la gouvernance économique
Au-delà de l’annonce politique, la redistribution du
Fonds minier de développement local constitue un test important pour la gestion
des ressources naturelles au Mali.
Dans de nombreuses économies africaines riches en
minerais, la question demeure centrale : comment transformer la rente
extractive en développement durable pour les territoires concernés.
Si le mécanisme fonctionne efficacement, il pourrait
contribuer à renforcer l’acceptabilité sociale des projets miniers et à réduire
les tensions parfois observées dans certaines zones d’exploitation.
Mais le succès de cette initiative dépendra avant tout
de la capacité des collectivités à financer des projets structurants et de la transparence
dans la gestion des fonds publics.
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