Analyse des résultats de l'enchère du 18 mars 2026
Le 18 mars 2026, la Banque d'Ouganda a publié les
résultats de sa dernière vente aux enchères d'obligations du Trésor. Sur le
papier, tout va bien : les investisseurs se sont bousculés. Dans les coulisses,
la réalité est plus nuancée.
Un succès apparent
Les chiffres sont, en apparence, flatteurs. L'État
proposait 1 400 milliards de shillings ougandais (environ 372 millions de
dollars) à lever. Les investisseurs en ont offert bien davantage. Le ratio de
couverture de l'obligation à 15 ans a atteint 28,975, signifiant que la demande
était presque 29 fois supérieure à l'offre. Celui de la tranche à 25 ans
culminait à 3,253.
Cet appel d'offres du 18 mars était l'un des derniers
de l'année budgétaire 2025/2026, avec seulement trois enchères restantes en
avril, mai et juin pour clore l'exercice.
Mais ce succès doit être lu à la lumière d'une
tendance de fond : le gouvernement et la Banque d'Ouganda s'emploient
activement à faire baisser les taux d'intérêt depuis plusieurs mois, après des
pics historiques. Les taux actuels — 13,5% sur 2 ans, 16,29% sur 25 ans — sont
en net recul par rapport aux sommets de 2025. Ils n'en demeurent pas moins
parmi les plus élevés de la région.
Des taux en baisse, mais encore très
élevés
Pour comprendre pourquoi l'Ouganda emprunte à de tels
niveaux, il faut regarder son voisinage. Au Kenya, le dernier bon d'État à 10
ans offrait un coupon de 13,4%, dans un marché plus liquide mais légèrement
moins rémunérateur. La Tanzanie propose de son côté des taux attrayants sur ses
obligations longues, avec un coupon de 15,95% sur une émission arrivant à
maturité en 2046. La petite économie rwandaise, elle, se finance entre 8 et 9%
selon les maturités.
Le rendement kenyan à 10 ans s'établissait à 11,72% à
la mi-mars 2026, en baisse d'environ 207 points de base sur un an, illustrant
une trajectoire de détente que l'Ouganda cherche lui aussi à emprunter.
L'écart entre Kampala et Nairobi n'est pas le fruit du
hasard. Il reflète les différences de perception du risque et de solidité
fiscale entre les deux économies. Pour les investisseurs qui cherchent du
rendement, l'Ouganda reste attractif. Pour les contribuables ougandais, chaque
point de taux supplémentaire est une charge qui pèse sur les finances
publiques.
Qui emprunte et à quel prix ?
La dette publique totale de l'Ouganda atteignait 34,86
milliards de dollars (environ 131 200 milliards de shillings) à fin décembre
2025, soit 52,7% du PIB — un ratio supérieur au plafond de 50% fixé par la
Communauté d'Afrique de l'Est.
Le FMI a relevé que la dette a atteint 52,4% du PIB à
la fin de l'exercice 2024/2025, contre 50,6% un an auparavant. L'institution
classe l'Ouganda dans la catégorie "risque modéré de détresse de la
dette", précisant que le niveau actuel reste gérable, mais sans marge de
manœuvre en cas de choc.
Ce qui inquiète davantage que le stock de dette, c'est
son coût. Le ratio coût du service de la dette sur recettes fiscales est passé
de 23% en 2023/2024 à 35,7% en 2024/2025, réduisant les fonds disponibles pour
les services sociaux. Autrement dit : pour chaque 100 shillings collectés par
l'État, plus d'un tiers part rembourser des dettes, avant même qu'une école
soit construite ou qu'un médecin soit payé.
Des projections indiquent que 20 à 25% des recettes
intérieures servent déjà au remboursement de la dette, avec des estimations qui
pourraient grimper à 31% si l'emprunt se poursuit au rythme actuel.
Qui achète ces obligations ?
Longtemps dominées par les banques commerciales, les
souscriptions d'obligations d'État ont connu un basculement notable. Les fonds
de pension et de prévoyance représentaient 31,5% de la dette intérieure totale
en juin 2025, dépassant les banques commerciales qui en détenaient 28,6%. Les
investisseurs étrangers, eux, ont vu leur part remonter à 10% en juin 2025,
signalant un regain d'appétit extérieur pour les titres d'État ougandais.
Cette configuration soulève une question structurelle.
La croissance du crédit au secteur privé a légèrement reculé, à 7,9% entre
janvier et mars 2025, contre 8% au trimestre précédent. Les banques, attirées
par les rendements sûrs et élevés des bons d'État, hésitent à prêter aux
entreprises et aux ménages.
Des économistes avertissent que "la hausse
soutenue des emprunts publics a limité la croissance du crédit privé, suggérant
un effet d'éviction où des fonds qui auraient pu alimenter les prêts privés
sont détournés vers les titres d'État, freinant l'investissement et la
croissance économique plus large".
Le paradoxe de l'inflation
L'un des aspects les plus frappants de l'enchère du 18
mars est le suivant : l'État emprunte à 13,5–16% alors que l'inflation
officielle est relativement maîtrisée. Le taux d'inflation annuel en Ouganda
s'établissait à 3,1% en décembre 2025. Les taux d'emprunt représentent donc
plus de quatre fois le niveau d'inflation, ce qui implique un taux réel
fortement positif — et donc un coût de financement réel très lourd pour l'État.
Mais une pression s'annonce. Le shilling ougandais
s'est déprécié de 3 580 UGX pour un dollar fin février 2026 à près de 3 760 UGX
à la mi-mars, une chute brutale liée aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient
et aux perturbations des chaînes d'approvisionnement. Pour un pays importateur
net de pétrole et de biens de consommation, cette dépréciation se traduit
mécaniquement par des pressions inflationnistes à venir, qui pourraient
compliquer la stratégie de réduction des taux.
Une stratégie assumée, des risques réels
La Banque d'Ouganda n'est pas aveugle à ces défis.
L'introduction d'une obligation à 25 ans — une rareté en Afrique de l'Est —
s'inscrit dans une stratégie visant à allonger la maturité de la dette
domestique pour réduire le risque de refinancement à court terme, et à réduire
la dépendance à l'emprunt commercial extérieur coûteux.
Le FMI note que les conditions macroéconomiques
devraient rester favorables, avec notamment le démarrage attendu de la
production pétrolière fin 2026, qui pourrait renforcer les équilibres fiscaux.
Mais l'institution souligne que le pétrole ne doit pas être perçu comme un
remède rapide.
Dans le cadre de sa stratégie de gestion de la dette à
moyen terme, le gouvernement ougandais a annoncé son intention de réduire
l'emprunt intérieur de 21% dès l'exercice 2026/2027, en le faisant passer de 11
400 milliards (environ 3,03 milliards de dollars) à 9 000 milliards de
shillings (environ 2,39 milliards de dollars).
Ce que dit vraiment cette enchère
L'enthousiasme des investisseurs du 18 mars n'est donc
pas une surprise : dans un contexte de taux élevés et de baisse progressive
annoncée, acheter maintenant revient à "verrouiller" des rendements
attractifs avant qu'ils ne baissent davantage.
Mais ce signal de marché favorable ne doit pas
occulter la réalité budgétaire : chaque shilling emprunté à 16% aujourd'hui
sera remboursé, avec intérêts, dans les années à venir — par les contribuables
ougandais, dans un pays où le ratio impôt/PIB dépasse à peine 13%, l'un des
plus faibles parmi les pays comparables, en raison d'une base fiscale étroite
et d'un secteur informel étendu.
La vraie question n'est donc pas de savoir si
l'Ouganda peut emprunter. Il le peut, et les marchés le lui permettent. La
question est de savoir ce que cet argent construit réellement — et si la
croissance économique générée sera suffisante pour rembourser la facture sans
peser davantage sur ceux qui en ont le moins les moyens.
Zinia Farnandiz Sep 28, 2024
Absolutely loved this post! Your tips on how to style a blazer are spot on. Keep up the great work, can’t wait for your next post!
Loren Watson Sep 18, 2024
Cover broad of topic in web development industry. Explained a lot of basic programming knowledge with easy to understand explanation.
Walter White Sep 29, 2024
Employees who have the flexibility to work remotely often report higher job satisfaction. This can lead to increased employee retention workforce.