Les réserves de change de l’Ouganda ont atteint 6,7 milliards de dollars à fin juin 2026, contre 4,3 milliards un an plus tôt. Cette progression renforce les capacités financières du pays face aux chocs extérieurs, sans empêcher la dépréciation du shilling. La Banque centrale entend désormais renforcer la place de l’or dans ses réserves.
L’Ouganda dispose de davantage de devises pour
soutenir ses échanges avec l’extérieur. Pourtant, sa monnaie continue de perdre
du terrain face au dollar. Ce contraste résume le défi auquel la Banque
d’Ouganda est confrontée : consolider les réserves nationales sans chercher à
défendre artificiellement un taux de change particulier.
Selon les données publiées par la Banque centrale et
rapportées le 13 octobre par Reuters, les réserves de change du pays ont
progressé de 56% au cours de l’exercice clos en juin 2026, passant de 4,3
milliards à 6,7 milliards de dollars.
Dans son rapport, l’institution estime que cette
évolution a renforcé la confiance dans la situation macroéconomique du pays et
dans la résilience de son secteur extérieur. Mais cette amélioration ne
signifie pas que toutes les vulnérabilités ont disparu.
Des réserves en hausse, mais un objectif
encore à atteindre
Les réserves de change jouent un rôle essentiel dans
la stabilité économique d’un pays. Elles permettent notamment de faire face aux
besoins de paiements internationaux, de contribuer au financement des
importations et d’amortir certains chocs extérieurs.
Pour l’Ouganda, l’augmentation enregistrée au cours de
l’année écoulée constitue donc un renforcement de ses marges de manœuvre
financières.
Toutefois, les 6,7 milliards de dollars accumulés à
fin juin correspondent à environ 3,7 mois de couverture des importations
futures. La Banque centrale vise une couverture de quatre mois.
L’écart reste limité, mais il rappelle que
l’accumulation de devises ne se résume pas à un montant affiché dans les
comptes d’une banque centrale. Elle doit également être appréciée au regard des
besoins du pays en biens et services importés.
La qualité et la disponibilité des ressources
mobilisées comptent aussi. Une économie exposée à une forte demande de devises
peut continuer à subir des tensions sur son marché des changes, même lorsque
ses réserves progressent.
Le shilling perd du terrain malgré le
renforcement des réserves
La situation monétaire illustre cette difficulté. Le
shilling ougandais a subi de fortes pressions ces dernières semaines,
atteignant plusieurs niveaux historiquement bas face au dollar.
Dans une dépêche publiée le 8 octobre, Reuters
rapportait que la monnaie avait perdu plus de 11% face au billet vert depuis le
début de 2026. Les besoins en devises des importateurs, des entreprises
énergétiques et du secteur des télécommunications contribuent notamment à cette
pression.
Les achats de dollars effectués par les entreprises en
prévision de leurs besoins commerciaux accentuent également la demande sur le
marché des changes. Lorsque cette demande dépasse l’offre disponible, la
monnaie locale peut se déprécier.
Cette évolution n’est pas nécessairement
contradictoire avec la hausse des réserves. Les deux indicateurs ne mesurent
pas la même chose : les réserves renseignent sur les actifs extérieurs détenus
par le pays, tandis que le taux de change reflète notamment l’équilibre entre
l’offre et la demande de devises sur le marché.
Une banque centrale peut donc renforcer ses réserves
sans parvenir à inverser immédiatement la tendance de sa monnaie.
L'institution ougandaise affirme d’ailleurs ne pas
chercher à maintenir le shilling à un niveau déterminé. Son intervention vise
plutôt à limiter les mouvements excessifs du marché, une approche qui laisse
davantage de place à la flexibilité du taux de change.
L’or, un nouvel instrument de
diversification
Pour consolider cette stratégie, la Banque d’Ouganda
prévoit de poursuivre son programme d’achat d’or au cours de l’exercice
2026/2027, qui s’achèvera en juin 2027.
Lancé en avril 2026, ce programme doit contribuer à
diversifier la composition des réserves nationales. L’objectif est d’intégrer
davantage d’or aux actifs détenus par la Banque centrale, en complément des
avoirs en devises.
L’or présente un intérêt particulier pour les
gestionnaires de réserves : il constitue un actif dont la valeur ne dépend pas
directement de la solvabilité d’un État émetteur ou d’une institution
financière. Il reste néanmoins exposé aux fluctuations de son cours, aux coûts
de stockage et aux contraintes liées à sa gestion.
Pour l’Ouganda, la réussite de cette stratégie
dépendra donc des modalités concrètes des achats, de leur coût et de leur
contribution effective au renforcement des réserves.
L’accumulation d’or ne remplacera pas non plus les
devises nécessaires au règlement des importations. Elle constitue plutôt un
complément à une stratégie plus large de gestion des actifs extérieurs.
Un renforcement à consolider
La progression des réserves ougandaises intervient
dans un contexte où le pays cherche à préserver sa stabilité macroéconomique
tout en préparant de nouveaux moteurs de croissance, notamment dans les
secteurs minier et pétrolier.
Le Fonds monétaire international avait déjà relevé,
dans son rapport de 2026 sur l’économie ougandaise, l’augmentation des réserves
de change, tout en soulignant la nécessité de poursuivre leur renforcement face
aux chocs extérieurs. L’institution insistait également sur l’importance d’une
plus grande flexibilité du taux de change pour préserver la compétitivité de
l’économie.
Le défi est désormais double : continuer à renforcer
les réserves tout en limitant les conséquences de la dépréciation du shilling
sur les prix intérieurs et les coûts des importations.
Car une monnaie plus faible renchérit les biens
achetés à l’étranger lorsqu’ils sont payés en devises. Selon la nature des
produits concernés, cette hausse peut se répercuter sur les coûts de
production, les dépenses des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages.
La hausse de 56% des réserves de change constitue
ainsi un signal positif pour la position extérieure de l’Ouganda, mais pas une
garantie de stabilité monétaire. La capacité du pays à mieux équilibrer ses
besoins en devises, ses recettes extérieures et sa politique de change
déterminera la portée réelle de cette amélioration.
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