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  • 13/10/2026

Ouganda : Les réserves de change bondissent de 56%, mais le shilling reste sous pression

Les réserves de change de l’Ouganda ont atteint 6,7 milliards de dollars à fin juin 2026, contre 4,3 milliards un an plus tôt. Cette progression renforce les capacités financières du pays face aux chocs extérieurs, sans empêcher la dépréciation du shilling. La Banque centrale entend désormais renforcer la place de l’or dans ses réserves.

 

L’Ouganda dispose de davantage de devises pour soutenir ses échanges avec l’extérieur. Pourtant, sa monnaie continue de perdre du terrain face au dollar. Ce contraste résume le défi auquel la Banque d’Ouganda est confrontée : consolider les réserves nationales sans chercher à défendre artificiellement un taux de change particulier.

 

Selon les données publiées par la Banque centrale et rapportées le 13 octobre par Reuters, les réserves de change du pays ont progressé de 56% au cours de l’exercice clos en juin 2026, passant de 4,3 milliards à 6,7 milliards de dollars.

 

Dans son rapport, l’institution estime que cette évolution a renforcé la confiance dans la situation macroéconomique du pays et dans la résilience de son secteur extérieur. Mais cette amélioration ne signifie pas que toutes les vulnérabilités ont disparu.

 

Des réserves en hausse, mais un objectif encore à atteindre

 

Les réserves de change jouent un rôle essentiel dans la stabilité économique d’un pays. Elles permettent notamment de faire face aux besoins de paiements internationaux, de contribuer au financement des importations et d’amortir certains chocs extérieurs.

 

Pour l’Ouganda, l’augmentation enregistrée au cours de l’année écoulée constitue donc un renforcement de ses marges de manœuvre financières.

 

Toutefois, les 6,7 milliards de dollars accumulés à fin juin correspondent à environ 3,7 mois de couverture des importations futures. La Banque centrale vise une couverture de quatre mois.

 

L’écart reste limité, mais il rappelle que l’accumulation de devises ne se résume pas à un montant affiché dans les comptes d’une banque centrale. Elle doit également être appréciée au regard des besoins du pays en biens et services importés.

 

La qualité et la disponibilité des ressources mobilisées comptent aussi. Une économie exposée à une forte demande de devises peut continuer à subir des tensions sur son marché des changes, même lorsque ses réserves progressent.

 

Le shilling perd du terrain malgré le renforcement des réserves

 

La situation monétaire illustre cette difficulté. Le shilling ougandais a subi de fortes pressions ces dernières semaines, atteignant plusieurs niveaux historiquement bas face au dollar.

 

Dans une dépêche publiée le 8 octobre, Reuters rapportait que la monnaie avait perdu plus de 11% face au billet vert depuis le début de 2026. Les besoins en devises des importateurs, des entreprises énergétiques et du secteur des télécommunications contribuent notamment à cette pression.

 

Les achats de dollars effectués par les entreprises en prévision de leurs besoins commerciaux accentuent également la demande sur le marché des changes. Lorsque cette demande dépasse l’offre disponible, la monnaie locale peut se déprécier.

 

Cette évolution n’est pas nécessairement contradictoire avec la hausse des réserves. Les deux indicateurs ne mesurent pas la même chose : les réserves renseignent sur les actifs extérieurs détenus par le pays, tandis que le taux de change reflète notamment l’équilibre entre l’offre et la demande de devises sur le marché.

 

Une banque centrale peut donc renforcer ses réserves sans parvenir à inverser immédiatement la tendance de sa monnaie.

 

L'institution ougandaise affirme d’ailleurs ne pas chercher à maintenir le shilling à un niveau déterminé. Son intervention vise plutôt à limiter les mouvements excessifs du marché, une approche qui laisse davantage de place à la flexibilité du taux de change.

 

L’or, un nouvel instrument de diversification

 

Pour consolider cette stratégie, la Banque d’Ouganda prévoit de poursuivre son programme d’achat d’or au cours de l’exercice 2026/2027, qui s’achèvera en juin 2027.

 

Lancé en avril 2026, ce programme doit contribuer à diversifier la composition des réserves nationales. L’objectif est d’intégrer davantage d’or aux actifs détenus par la Banque centrale, en complément des avoirs en devises.

 

L’or présente un intérêt particulier pour les gestionnaires de réserves : il constitue un actif dont la valeur ne dépend pas directement de la solvabilité d’un État émetteur ou d’une institution financière. Il reste néanmoins exposé aux fluctuations de son cours, aux coûts de stockage et aux contraintes liées à sa gestion.

 

Pour l’Ouganda, la réussite de cette stratégie dépendra donc des modalités concrètes des achats, de leur coût et de leur contribution effective au renforcement des réserves.

 

L’accumulation d’or ne remplacera pas non plus les devises nécessaires au règlement des importations. Elle constitue plutôt un complément à une stratégie plus large de gestion des actifs extérieurs.

 

Un renforcement à consolider

 

La progression des réserves ougandaises intervient dans un contexte où le pays cherche à préserver sa stabilité macroéconomique tout en préparant de nouveaux moteurs de croissance, notamment dans les secteurs minier et pétrolier.

 

Le Fonds monétaire international avait déjà relevé, dans son rapport de 2026 sur l’économie ougandaise, l’augmentation des réserves de change, tout en soulignant la nécessité de poursuivre leur renforcement face aux chocs extérieurs. L’institution insistait également sur l’importance d’une plus grande flexibilité du taux de change pour préserver la compétitivité de l’économie.

 

Le défi est désormais double : continuer à renforcer les réserves tout en limitant les conséquences de la dépréciation du shilling sur les prix intérieurs et les coûts des importations.

 

Car une monnaie plus faible renchérit les biens achetés à l’étranger lorsqu’ils sont payés en devises. Selon la nature des produits concernés, cette hausse peut se répercuter sur les coûts de production, les dépenses des entreprises et le pouvoir d’achat des ménages.

 

La hausse de 56% des réserves de change constitue ainsi un signal positif pour la position extérieure de l’Ouganda, mais pas une garantie de stabilité monétaire. La capacité du pays à mieux équilibrer ses besoins en devises, ses recettes extérieures et sa politique de change déterminera la portée réelle de cette amélioration.