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  • 09/10/2026

Paiements Afrique-Chine : Ecobank rejoint le système chinois CIPS pour accélérer les règlements en yuans

Face à l’intensification des échanges commerciaux avec la Chine, Ecobank s’apprête à intégrer le système chinois de paiement interbancaire CIPS. Le groupe panafricain veut faciliter les règlements en yuans et renforcer les solutions de paiement proposées aux entreprises africaines.

 

Le commerce entre l’Afrique et la Chine ne se joue plus seulement dans les ports, les usines ou les négociations commerciales. Il se joue aussi dans les circuits financiers qui permettent de régler les transactions. Ecobank entend prendre position sur ce terrain en rejoignant le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), l’infrastructure chinoise dédiée aux paiements transfrontaliers en renminbis, également appelés yuans.

 

Selon Reuters, le groupe bancaire panafricain doit signer un accord en Chine le samedi 10 octobre 2026. Son directeur général, Jeremy Awori, a confirmé cette initiative à l’agence de presse le 9 octobre. L’objectif est de rapprocher les infrastructures de paiement chinoises du réseau bancaire africain et de faciliter les règlements commerciaux dans la monnaie chinoise.

 

Pour Ecobank, présente dans 34 pays africains, cette intégration répond à un besoin grandissant des entreprises qui importent des marchandises, achètent des équipements ou développent des relations commerciales avec des partenaires chinois.

 

Le yuan gagne du terrain dans les paiements africains

 

Le CIPS constitue une pièce importante de la stratégie chinoise d’internationalisation de sa monnaie. Lancée en 2015, cette infrastructure permet aux établissements financiers de traiter des paiements transfrontaliers en yuans. Elle vise notamment à faciliter les transferts de fonds et les règlements entre institutions financières situées dans différents pays.

 

Selon les chiffres communiqués par Jeremy Awori à Reuters, le système relie plus de 5 000 banques dans plus de 100 pays et territoires. Les données publiées par l'opérateur chinois font état, pour leur part, de 210 participants directs et de 1 619 participants indirects à fin juin 2026. Ces catégories ne recouvrent pas nécessairement l'ensemble des banques accessibles par le réseau.

 

L'adhésion d'Ecobank doit permettre au groupe de mieux connecter ses activités africaines aux circuits de paiement en renminbis. Pour les entreprises, l'intérêt est concret : disposer d'une solution supplémentaire pour régler leurs fournisseurs chinois, avec la possibilité de réduire certaines étapes intermédiaires selon les modalités proposées par leur banque.

 

Le dollar conserve toutefois une place centrale dans le commerce international. L'arrivée d'Ecobank dans le CIPS ne signifie donc pas que le yuan est sur le point de le remplacer. Elle traduit plutôt une diversification progressive des monnaies et des infrastructures utilisées pour les transactions internationales.

 

Ecobank prépare aussi un partenariat avec Bank of China

 

L'intégration au CIPS n'est qu'un volet de la stratégie du groupe. Jeremy Awori a également indiqué à Reuters qu'Ecobank discutait avec Bank of China afin de proposer conjointement des services de règlement en yuans. Une annonce est attendue prochainement, selon le dirigeant.

 

Cette démarche prolonge des discussions déjà rapportées par Reuters en avril 2026. Ecobank envisageait alors de développer une solution de règlement direct en yuans, en réponse aux besoins des entreprises africaines qui commercent avec la Chine.

 

L'enjeu est notamment de mieux accompagner les petites et moyennes entreprises. Pour ces acteurs, le coût des paiements internationaux, les délais de traitement et les opérations de change peuvent peser sur les marges, particulièrement lorsque les transactions sont fréquentes.

 

La possibilité de régler directement en yuans pourrait alléger certaines de ces contraintes. Mais les économies effectivement réalisées dépendront des frais bancaires, des taux de change appliqués, de la disponibilité des yuans et des conditions commerciales négociées avec les partenaires chinois.

 

L'adhésion au CIPS ne garantit donc pas, à elle seule, des paiements moins chers. Elle fournit une infrastructure sur laquelle Ecobank pourra développer ses services.

 

La concurrence bancaire s'organise autour du commerce chinois

 

Ecobank n'est pas le premier établissement africain à miser sur cette infrastructure. Standard Bank, le groupe bancaire sud-africain, s'est connecté au CIPS en novembre 2025. Selon Reuters, il a également obtenu, en septembre 2026, l'autorisation d'Industrial and Commercial Bank of China pour compenser des transactions en yuans à l'échelle du continent.

 

Bank of Kigali, au Rwanda, a également rejoint le système, tandis que Banco de Fomento Angola prévoit de l'intégrer.

 

Cette multiplication des initiatives s'explique par le poids croissant de la Chine dans les échanges africains. Selon les données des douanes chinoises citées par Reuters, le commerce entre les deux partenaires a progressé de près de 18% en 2025.

 

Pékin a par ailleurs étendu, le 1er mai 2026, son dispositif de traitement tarifaire à droit nul à 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec la Chine. Cette mesure commerciale renforce les perspectives d'échanges, même si ses effets sur les exportations africaines dépendront aussi de la capacité des entreprises à répondre à la demande chinoise.

 

Dans ce contexte, les banques ont intérêt à proposer des services adaptés aux flux commerciaux entre les deux zones. Elles peuvent ainsi capter une partie des opérations de change, des paiements internationaux et des services de financement associés aux importations et aux exportations.

 

Pour les entreprises africaines, le véritable test sera le coût des transactions

 

L'intérêt de cette évolution se mesurera moins au nombre de banques connectées qu'aux avantages obtenus par les entreprises. Un importateur qui achète régulièrement des équipements en Chine cherchera avant tout à savoir si le règlement de ses factures devient plus rapide, plus prévisible et moins coûteux.

 

La question concerne aussi les exportateurs africains. Une utilisation plus large du yuan pourrait faciliter certains échanges, à condition que les entreprises disposent de débouchés commerciaux, de partenaires bancaires adaptés et de solutions pour gérer le risque de change.

 

Pour Ecobank, l'intégration au CIPS ouvre donc une nouvelle possibilité de développement dans un corridor commercial stratégique. Elle renforce aussi la concurrence entre les banques africaines pour capter les flux financiers liés à la Chine.

 

Le dollar restera un acteur majeur de cette équation. Mais à mesure que les échanges sino-africains se développent, les banques du continent cherchent à ne plus dépendre d'un seul circuit de règlement. C'est dans cette diversification, davantage que dans une hypothétique éviction rapide du dollar, que se situe la portée de l'initiative d'Ecobank.