Si la Chine est
devenue le premier partenaire commercial et investisseur de l'Afrique, la
domination du dollar renchérit encore les échanges. Pour réduire ces coûts, le
groupe panafricain Ecobank, présent sur 33 marchés, négocie avec Bank of China
un système de règlement direct en yuans.
C’est un tournant qui pourrait simplifier la vie de milliers
d'entrepreneurs africains. Le groupe panafricain Ecobank a annoncé être en
négociations avancées avec la Bank of China pour mettre en place un système de
règlement direct en yuans d'ici la fin de l’année 2026. L’objectif :
contourner le passage obligé par le billet vert pour les échanges commerciaux
avec le géant asiatique.
Pour les commerçants de Lagos, de Nairobi ou de Lomé qui
s’approvisionnent en Chine, l’opération est jusqu’ici un parcours du combattant
financier. Pour payer un fournisseur à Canton, il faut d’abord convertir sa
monnaie locale en dollars, avant d’être à nouveau changée en yuans. Un double
change qui rime avec frais bancaires élevés et pertes de marges.
C’est précisément ce verrou que le groupe Ecobank entend
faire sauter. « Nous cherchons des opportunités pour régler nos
transactions directement en yuans, sans passer par le dollar », a
confié Jeremy Awori, le directeur général d’Ecobank, au micro de Reuters.
Pour le patron de la banque basée au Togo, il s’agit de s'adapter à la réalité
du terrain : la Chine est, de loin, le premier partenaire commercial du
continent. Et si l'empire du Milieu inonde le continent de ses produits — ses
exportations vers l'Afrique ont bondi de 26% pour atteindre 225 milliards de
dollars en 2025, sur un volume d'échanges total record de 348 milliards — il y
ancre aussi durablement ses capitaux. Avec environ 39 milliards de dollars de
nouveaux contrats signés en 2025, Pékin s'est imposé comme le premier
investisseur bilatéral en matière de nouveaux flux sur le continent.
La « dédollarisation » gagne du terrain
Ce rapprochement avec la Bank of China n’est pas un cas
isolé. Il s’inscrit dans une tendance de fond sur le continent : la
« dédollarisation ». En novembre dernier, le sud-africain Standard
Bank avait déjà franchi le pas en rejoignant le système de paiement
interbancaire transfrontalier chinois (CIPS).
Au-delà de la Chine, c’est tout le continent qui cherche à
desserrer l’étau du billet vert, devenu trop cher et trop rare. Sous
l'impulsion de l'Union africaine, le déploiement du Système panafricain de
paiement (PAPSS) permet déjà d’économiser des milliards de dollars en frais de
change pour le commerce intra-africain. Parallèlement, des pays comme la
Tanzanie et la Zambie ont durci le ton en interdisant l'usage du dollar pour
les transactions domestiques. La RDC prévoit de suivre le même mouvement dès
l’année prochaine. Une dynamique renforcée par l’influence croissante du bloc
des BRICS+, rejoint par l'Égypte et l'Éthiopie, qui milite activement pour un
système financier mondial multipolaire.
Pékin n’est donc plus seul sur ce terrain. Un duel au sommet
s’engage progressivement avec les Émirats arabes unis pour le leadership
financier et logistique en Afrique. Abu Dhabi déploie une stratégie miroir de
celle de Pékin, alliant prises de participation massives dans les
infrastructures portuaires, énergétiques et diplomatie monétaire. Les Émirats
multiplient désormais les accords de « swaps » de devises (échanges
de liquidités) avec plusieurs pays africains, dont l'Égypte, l'Éthiopie, le
Kenya et le Nigeria, afin de faciliter les échanges en dirhams et en monnaies
locales, au détriment de la monnaie américaine.
Avec Togo first
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