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  • 27/04/2026

Climat : L’AFC et la DBSA structurent un véhicule à 750 millions de dollars pour industrialiser l’adaptation des infrastructures africaines

L’Afrique tente de changer d’échelle dans le financement de son adaptation climatique. Africa Finance Corporation et la Banque de développement de l’Afrique australe viennent de franchir un cap en consolidant le Fonds pour des infrastructures résilientes au climat (ICRF), un véhicule de 750 millions de dollars conçu pour attirer des capitaux privés vers un segment historiquement sous-financé : l’adaptation.

 

L’ambition est claire : faire de la résilience climatique des infrastructures une classe d’actifs investissable, avec un effet de levier attendu pouvant atteindre 3,7 milliards de dollars. Une promesse qui reste, à ce stade, autant financière que politique.

 

Une réponse à un déficit structurel de financement

 

Le constat est documenté, mais rarement traité à cette échelle. Le continent africain perd chaque année entre 2 % et 5 % de son PIB sous l’effet des chocs climatiques, alors que les besoins d’adaptation sont estimés jusqu’à 50 milliards de dollars par an.

 

Face à cette équation, l’ICRF, piloté par AFC Capital Partners, se positionne comme un instrument de marché visant à internaliser le risque climatique dès la phase de conception des projets.

 

“Le continent ne peut plus se permettre de construire des infrastructures qui ne résistent pas aux chocs climatiques”, insiste Samaila Zubairu, qui voit dans ce fonds une tentative de corriger un biais structurel : celui d’un sous-investissement chronique dans la prévention.

 

Le pari du “blended finance” pour débloquer le capital privé

 

Le cœur du dispositif repose sur une architecture de finance mixte, combinant capitaux concessionnels et commerciaux. Objectif : améliorer le profil risque-rendement des projets et attirer des investisseurs institutionnels encore largement absents du segment de l’adaptation.

 

Dans cette mécanique, le Fonds vert pour le climat joue un rôle pivot, notamment via des apports en capital de première perte et un appui technique à l’évaluation des risques climatiques. Une approche conçue pour “dérisquer” des investissements que le marché juge encore trop incertains.

 

Le fonds a déjà sécurisé des engagements significatifs, dont 253 millions de dollars du GCF — son plus important investissement en actions en Afrique à ce jour — ainsi que la participation d’institutions comme la Banque européenne d’investissement ou la Nigeria Sovereign Investment Authority.

 

Le montant précis de l’engagement de la DBSA n’a toutefois pas été rendu public, un flou qui illustre les limites de transparence encore fréquentes dans ce type de structuration.

 

Des secteurs critiques… mais un pipeline encore à éprouver

 

L’ICRF cible une dizaine de projets d’infrastructures répartis sur des secteurs à forte intensité systémique : énergie, transport, logistique, numérique et industrie.

 

L’enjeu est double :

  • sécuriser des actifs exposés aux aléas climatiques
  • soutenir une trajectoire de croissance bas carbone

 

“Aucune institution ne peut, seule, répondre à l’ampleur du défi climatique”, rappelle Boitumelo Mosako, soulignant la nécessité de mutualiser capital et expertise.

 

Reste une inconnue majeure : la capacité du fonds à constituer rapidement un pipeline de projets bancables, dans des environnements réglementaires et opérationnels souvent instables.

 

Une tentative de structuration d’un marché encore embryonnaire

 

Au-delà de l’effet d’annonce, l’ICRF s’inscrit dans une dynamique plus large : celle de la financiarisation progressive de l’adaptation climatique.

 

Jusqu’ici, l’essentiel des flux climatiques en Afrique s’est concentré sur l’atténuation (notamment les énergies renouvelables), laissant l’adaptation en retrait faute de modèles économiques clairs.

 

Le pari de l’AFC et de ses partenaires est donc ambitieux : transformer un impératif de résilience en opportunité d’investissement structurée.

 

Entre innovation financière et recyclage de modèles existants

 

La vraie question reste ouverte.

 

L’ICRF marque-t-il une rupture — en créant un véritable marché de l’adaptation — ou s’inscrit-il dans une logique déjà connue, celle de véhicules de financement hybrides reconfigurés sous un prisme climatique ?

 

Pour l’heure, la réponse dépendra moins de l’ingénierie financière que de l’exécution :

  • capacité à mobiliser durablement le capital privé
  • qualité des projets financés
  • performance réelle face aux chocs climatiques

 

Si ces conditions sont réunies, le fonds pourrait servir de référence pour le continent. Dans le cas contraire, il risque de rejoindre la longue liste des initiatives bien structurées… mais insuffisamment transformatrices.