L’Afrique australe doit mobiliser d’urgence des financements
à grande échelle pour son développement afin de transformer une reprise
économique régionale progressive et inégale en gains réels de qualité de vie,
selon la Banque africaine de développement (BAD). Cette recommandation est au
centre de son rapport « Perspectives économiques régionales 2026 pour
l’Afrique australe - Mobiliser des ressources à grande échelle pour le
financement du développement de l’Afrique australe dans un monde fragmenté »,
publié le 28 juillet 2026.
Le rapport de l’institution panafricaine examine les
perspectives macroéconomiques de la région, quantifie le déficit de financement
de son développement et présente les réformes nécessaires pour renforcer les
systèmes financiers et la capacité d’action régionale dans une économie
mondiale en mutation.
Selon le rapport, la croissance économique régionale devrait
passer de 2,1 % en 2026 à 2,7 % en 2027, soutenue par un plus grand dynamisme
touchant la consommation des ménages et le secteur des services. Cependant, la
diversification limitée, la faible productivité agricole, les lacunes en
matière d’infrastructures et la faible mobilisation des ressources nationales
continuent de freiner la croissance et la résilience à long terme, réduisant
les gains en termes de PIB par habitant et compromettant les efforts visant à
lutter contre les disparités économiques profondément enracinées.
Un déficit de financement qui se creuse
Ce rapport contient un diagnostic sans appel : le défi du
développement de l’Afrique australe ne réside pas simplement dans une pénurie
de ressources, mais plutôt dans des contraintes persistantes quant à la
mobilisation, la gestion et le déploiement efficace et à grande échelle des
capitaux disponibles. « Le défi ne réside
pas simplement dans un manque d’argent. Il s’agit de mobiliser, de gérer et de
déployer les capitaux qui existent déjà, de manière efficace et à grande
échelle, dans une économie mondiale de plus en plus fragmentée », a déclaré
Kennedy Mbekeani, directeur général de la BAD pour l’Afrique australe.
L’économiste en chef et vice-président de la Banque chargé
de la gouvernance économique et de la gestion des connaissances, Kevin Urama, a
exhorté les dirigeants régionaux à mettre rapidement en œuvre la Nouvelle
architecture financière africaine pour le développement (NAFAD), une initiative
continentale portée par le président de l’institution, Dr Sidi Ould Tah, et
approuvée par les dirigeants africains plus tôt cette année. « C’est uniquement grâce à la mise en œuvre
effective des éléments constitutifs clés de la nouvelle architecture financière
que le continent pourra surmonter les tempêtes financières, ainsi que la
volatilité et les incertitudes accrues liées à la fragmentation actuelle des
marchés financiers mondiaux », a-t-il martelé.
La formation brute de capital fixe dans la région a chuté à
environ 18,6 % du PIB en 2025, un niveau inférieur au seuil nécessaire pour que
les économies à revenu intermédiaire parviennent à une transformation
structurelle. Compte tenu du resserrement des conditions financières au niveau
international et de la diminution de l’aide concessionnelle qui aggravent la
situation, l’Afrique australe devrait être confrontée à un déficit de
financement annuel d’environ 55 milliards de dollars d’ici à 2030.
« L’écart entre
l’épargne et les investissements nationaux reflète à la fois une dépendance à
l’égard des financements extérieurs et une mauvaise utilisation des ressources
locales », indique le rapport, qui cite la faiblesse de l’intermédiation
financière, la mauvaise préparation des projets et le manque de sources de
financement à long terme comme principaux obstacles à la conversion du capital
disponible en investissements productifs.
L’inflation ralentit, mais les risques restent élevés
Sur le plan macroéconomique, le rapport fait état d’un
ralentissement significatif de l’inflation dans toute la région, de 26,1 % en
2024 à 12,3 % en 2025, avec une nouvelle baisse prévue à 8,4 % pour 2026.
Malgré une évolution globalement positive, le rapport
souligne que les déficits budgétaires, l’alourdissement de la dette publique et
les déséquilibres extérieurs continuent de restreindre les marges de manœuvre
budgétaires. La réduction de la pauvreté a ralenti en raison des pertes de
revenus, de l’inflation et des chocs climatiques, tandis que les inégalités
persistantes, le chômage et la faiblesse des prestations de services continuent
de limiter les gains en matière de bien-être. Des conditions financières
mondiales strictes pourraient déclencher des sorties de capitaux et une
dépréciation des taux de change, accentuant encore la pression sur une reprise
déjà fragile.
Des capitaux inexploités
Le rapport identifie d’importantes sources de financement
sous-exploitées dans toute la région (transferts de fonds de la diaspora et des
investisseurs institutionnels, marchés des capitaux et richesse issue des
ressources naturelles) même si leur potentiel varie considérablement d’un pays
à l’autre. Les transferts de fonds jouent un rôle prépondérant au Lesotho et au
Zimbabwe, tandis que la Namibie et l’Afrique du Sud bénéficient de marchés de
capitaux plus développés et d’actifs de pension substantiels, ce qui laisse
entrevoir un potentiel inexploité pour une participation accrue des
investisseurs institutionnels.
Pour combler ce déficit de financement, le rapport
recommande un programme intégré de politiques : renforcer les capacités
budgétaires et la gestion des finances publiques ; endiguer les fuites de
ressources et les flux financiers illicites ; dérisquer les investissements
grâce à des instruments ciblés et à un recours accru au financement mixte ; et
mobiliser les capitaux institutionnels, notamment les fonds de pension, les
compagnies d’assurance et les fonds souverains, par le biais de partenariats public-privé.
Le rapport préconise également de tirer parti des technologies numériques pour
formaliser l’activité économique, élargir l’assiette fiscale et renforcer le
contrat social budgétaire.
Le rapport soutient que l’Afrique australe doit aller
au-delà des modèles financiers centrés sur les banques pour construire des
marchés de capitaux plus profonds et mieux intégrés, capables de canaliser les
actifs à long terme provenant des fonds de retraite et d’assurance.
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