Face à l’ampleur des déficits des infrastructures hydrauliques, l’Afrique du Sud mise de plus en plus sur les partenariats avec le secteur privé. Coca-Cola vient d’annoncer un mécanisme de 500 millions de rands, soit environ 29 millions de dollars (16,4 milliards de FCFA), destiné notamment à réduire les fuites dans les réseaux municipaux.
L’annonce a été faite le 7 octobre à Pretoria, à
l’issue d’une rencontre entre le président sud-africain Cyril Ramaphosa et Luis
Felipe Avellar, président de l’unité africaine de The Coca-Cola Company. Le
dispositif associe Coca-Cola Beverages Africa, le gouvernement sud-africain, la
Banque mondiale à travers son 2030 Water Resources Group, Rand Water Services,
Global Water Challenge et la municipalité de Tshwane, entre autres.
Le mécanisme doit mobiliser 250 millions de rands
auprès du secteur privé, auxquels s’ajouteront 250 millions de rands de
partenaires publics, pour atteindre une enveloppe totale de 500 millions de
rands entre 2026 et 2031. Les premiers projets seront concentrés dans le
Gauteng, avec une première phase dans le réseau municipal de la ville de
Tshwane.
L’objectif est très concret : limiter les pertes d’eau
dites « non facturées », principalement liées aux fuites, aux canalisations
vieillissantes et aux insuffisances du réseau. Selon Coca-Cola, l’Afrique du
Sud perd actuellement environ 47% de son eau traitée à travers ces différentes
formes de pertes. Le programme prévoit notamment des interventions sur la
gestion de la pression dans les réseaux et l’installation d’équipements
permettant de mieux contrôler les rejets industriels.
L’eau devient un sujet d’investissement
Derrière cette opération se joue une question plus
large : comment financer la remise à niveau d’infrastructures municipales dont
l’entretien est devenu insuffisant ?
Le gouvernement de Cyril Ramaphosa a fait de l’eau une
nouvelle priorité nationale après plusieurs années de dégradation du service
dans différentes municipalités. Présenté en juillet 2026, le National Water
Action Plan prévoit explicitement d’accroître les investissements dans les
infrastructures hydrauliques, notamment en mobilisant davantage le secteur
privé.
Pretoria avait déjà annoncé, en février, plus de 156
milliards de rands de financements publics sur trois ans pour les
infrastructures d’eau et d’assainissement. Mais l’enjeu ne consiste pas
uniquement à construire de nouvelles installations. Une part importante du
problème se situe dans les réseaux existants, leur maintenance, leur gestion
financière et leur capacité à acheminer effectivement l’eau jusqu'aux
consommateurs.
C’est précisément sur ce terrain que le partenariat
avec Coca-Cola veut intervenir. En réduisant les pertes physiques d’eau, les
municipalités peuvent récupérer des volumes actuellement perdus tout en
améliorant leurs recettes. Le mécanisme vise ainsi à rendre les infrastructures
existantes plus performantes et, à terme, plus susceptibles d’attirer de
nouveaux financements privés.
Un modèle appelé à changer d’échelle ?
Le choix du Gauteng n’est pas anodin. Cette province,
qui abrite notamment Johannesburg et Pretoria, concentre une importante
activité économique et industrielle. La première phase à Tshwane doit servir de
terrain d’expérimentation avant une éventuelle extension à d’autres
municipalités.
Pour Coca-Cola, l'opération s'inscrit également dans
une stratégie plus large de sécurisation de l'eau, ressource directement
stratégique pour l'industrie des boissons. Le groupe avait récemment annoncé un
programme d'investissement de 17,6 milliards de rands en Afrique du Sud à
l'horizon 2030.
Le véritable enjeu sera donc de savoir si ce type de
partenariat peut dépasser le stade du projet pilote. Si les investissements
permettent effectivement de réduire les fuites, d'améliorer les revenus
municipaux et de renforcer la maintenance des réseaux, le modèle pourrait être
reproduit dans d'autres villes sud-africaines.
L'expérience sud-africaine illustre surtout une
tendance appelée à prendre de l'ampleur sur le continent : face au coût
croissant de la remise à niveau des infrastructures essentielles, les États
cherchent désormais à combiner financement public, capitaux privés, expertise
technique et réforme de la gestion municipale. Pour l'eau comme pour l'énergie,
la question n'est donc plus seulement de construire davantage, mais de trouver
les mécanismes permettant de financer et de maintenir durablement les
infrastructures existantes.
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