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  • 08/10/2026

Cacao : Le Ghana lève 289 millions de dollars pour financer sa campagne après la crise de COCOBOD

Le Ghana vient de renouer avec le marché de la dette pour financer ses achats de cacao. À travers Cocoa Capital PLC, le Ghana Cocoa Board (COCOBOD) a levé 3,39 milliards de cédis, soit environ 289 millions de dollars, dans le cadre de la première émission de Cocoa Bills depuis la crise financière qui avait conduit à la restructuration de sa dette.

 

Le signal est important pour l'industrie cacaoyère ghanéenne. Après avoir longtemps compté sur des prêts syndiqués auprès de banques internationales, COCOBOD cherche désormais à mobiliser davantage de ressources sur le marché financier domestique pour acheter les fèves auprès des producteurs. Cette première opération ouvre un programme beaucoup plus vaste, plafonné à 16,3 milliards de cédis, soit environ 1,4 milliard de dollars.

 

La première tranche visait initialement 4 milliards de cédis. Les investisseurs en ont finalement souscrit 3,39 milliards, soit environ 85% de l'objectif. Les titres portent un taux d'intérêt de 11% et une maturité de 266 jours, selon les informations rapportées par la presse ghanéenne.

 

Un nouveau modèle de financement

 

Cette opération marque surtout une rupture avec le modèle qui permettait jusqu'ici à COCOBOD de financer ses campagnes grâce aux prêts syndiqués internationaux. Ce mécanisme s'est progressivement effondré après la crise économique ghanéenne et les difficultés financières de l'organisme public.

 

La situation s'était fortement dégradée après la campagne 2023/24. COCOBOD avait alors anticipé une production de 800 000 tonnes, mais n'en avait finalement réceptionné que 432 145 tonnes. L'écart avait entraîné d'importants contrats reportés et aggravé les difficultés financières du Board. En 2024, COCOBOD avait même dû recourir à un financement relais de 70 millions de dollars du ministère des Finances avant de faire défaut sur cette dette.

 

Le gouvernement ghanéen a depuis engagé une restructuration plus profonde. En février 2026, Accra annonçait notamment vouloir mettre fin au recours aux financements étrangers pour l'achat du cacao et privilégier des émissions en monnaie locale.

 

Le nouveau dispositif repose ainsi sur Cocoa Capital PLC, une filiale détenue à 100% par COCOBOD. Sur les 16,3 milliards de cédis recherchés, 14 milliards seront mobilisés sous forme de Commercial Paper pour financer les achats de cacao de la campagne 2026/27, tandis que 2,3 milliards seront levés via des obligations à moyen et long terme afin de refinancer une partie de la dette héritée de COCOBOD.

 

Un retour encore sous surveillance

 

Le succès de cette première émission doit toutefois être relativisé. COCOBOD n'a pas obtenu la totalité des 4 milliards de cédis recherchés et doit encore réaliser les tranches suivantes de son programme.

 

Le coût du financement constitue également un indicateur à surveiller. Avec un taux de 11%, le retour de COCOBOD sur le marché domestique s'effectue à un coût significatif, reflet des risques encore associés à sa situation financière. Le Board avait d'ailleurs dû régler en juillet 2026 quelque 162 millions de cédis, soit environ 14 millions de dollars, aux détenteurs individuels de Cocoa Bills qui n'avaient pas participé au programme d'échange de dette du pays. Il a également achevé en septembre le règlement de ses obligations liées au programme de restructuration de la dette domestique.

 

Pour la campagne 2026/27, COCOBOD vise une production de 650 000 tonnes, un objectif inférieur aux plus de 750 000 tonnes livrées à ses entrepôts lors de la campagne précédente. Les perspectives restent affectées par les conditions météorologiques et la pression des maladies sur les plantations.

 

L'enjeu dépasse donc la seule levée de 289 millions de dollars. Avec ce nouveau mécanisme, le Ghana tente de reconstruire le financement de son secteur cacao autour de son propre marché des capitaux, tout en réduisant sa dépendance aux créanciers étrangers. Pour COCOBOD, la réussite des prochaines émissions sera déterminante pour démontrer que ce nouveau modèle peut effectivement financer les campagnes agricoles sans reproduire les déséquilibres qui ont conduit à la crise précédente.