L'Afrique du Sud franchit une nouvelle étape dans la réforme de ses infrastructures. La Banque mondiale a approuvé un prêt de 1,5 milliard de dollars destiné à accélérer la modernisation des secteurs de l'électricité, du transport de marchandises ainsi que de l'eau et de l'assainissement. L'institution estime que ces réformes pourraient soutenir près de 600 000 emplois directs et indirects d'ici 2032, tout en levant plusieurs obstacles qui freinent depuis des années la croissance de la première économie du continent.
Ce financement intervient dans un contexte où Pretoria
cherche à consolider les réformes engagées pour sortir durablement des crises
qui ont pesé sur son économie. Les coupures d'électricité à répétition, les
difficultés du réseau ferroviaire, la congestion des ports et la dégradation
des infrastructures hydrauliques ont longtemps affecté la compétitivité des
entreprises, ralenti les exportations et découragé une partie des
investissements privés.
Le prêt, accordé par la Banque internationale pour la
reconstruction et le développement (BIRD), constitue la quatrième opération de
ce type en faveur de l'Afrique du Sud depuis 2022. Il se distingue toutefois
des précédentes en intégrant, pour la première fois, le secteur de l'eau et de
l'assainissement, aux côtés des réformes de l'énergie et des transports.
Selon la Banque mondiale, les premiers résultats des
réformes sont déjà visibles. Les délestages électriques ont quasiment disparu
depuis un an et demi, les investissements privés dans les énergies
renouvelables ont été multipliés par six et les volumes de fret ferroviaire et
portuaire ont progressé de plus de 50% depuis 2023. Des avancées qui, selon
l'institution, montrent que l'ouverture progressive de certains secteurs
commence à produire des effets concrets sur l'économie.
La nouvelle phase du programme vise à accélérer cette
dynamique. Dans l'électricité, le gouvernement prévoit de lancer un marché de
gros concurrentiel, d'encourager les investissements privés dans le transport
d'électricité et de raccorder 300 000 nouveaux ménages au réseau d'ici à la fin
de 2027.
Dans le transport de marchandises, Pretoria entend
ouvrir davantage le secteur à la concurrence en facilitant l'accès des
opérateurs ferroviaires privés au réseau national et en attribuant la première
concession portuaire de l'histoire du pays pour un terminal situé à Durban.
L'objectif est d'améliorer la fluidité de la chaîne logistique, de réduire les
coûts de transport pour les entreprises et de renforcer la compétitivité de
l'économie sud-africaine.
Le volet consacré à l'eau et à l'assainissement marque
une évolution majeure. Les réformes prévoient un renforcement de la régulation,
une plus grande participation du secteur privé dans la fourniture des services
d'eau et une autonomie accrue de la nouvelle Agence nationale des
infrastructures de ressources en eau afin d'accélérer les investissements dans
les réseaux d'eau potable.
Au-delà des infrastructures, la Banque mondiale mise
sur les retombées économiques de ces réformes. Les secteurs de l'électricité et
des transports devraient, à eux seuls, soutenir environ 280 000 emplois d'ici
2027, avant d'approcher 560 000 emplois en 2032. En améliorant la qualité des
services essentiels et en réduisant les coûts logistiques et énergétiques, les
autorités espèrent également stimuler les investissements privés, renforcer la
productivité des entreprises et favoriser la création d'emplois dans l'ensemble
de l'économie.
Les bénéfices attendus dans le secteur de l'eau sont
avant tout sociaux. Même si ces réformes ne devraient pas générer un volume
important d'emplois, elles devraient améliorer l'accès à l'eau potable pour des
millions de ménages, réduire les risques sanitaires et diminuer le temps
consacré à la collecte de l'eau, notamment dans les foyers les plus modestes
dirigés par des femmes.
« Ce programme témoigne de la volonté de notre
gouvernement de lever les obstacles infrastructurels qui freinent depuis trop
longtemps la croissance et la création d'emplois », a déclaré le ministre
sud-africain des Finances, Enoch Godongwana. Selon lui, cette nouvelle
opération permettra de poursuivre les réformes déjà engagées dans l'énergie et
les transports tout en s'attaquant aux insuffisances du secteur de l'eau.
Pour Satu Kahkonen, directrice de la division Afrique
du Sud du Groupe de la Banque mondiale, le pays démontre que « des réformes
durables peuvent enrayer même les crises d'infrastructures les plus profondes
». Elle estime que l'élargissement du programme à l'eau et à l'assainissement
contribuera à améliorer les conditions de vie de millions de personnes tout en
attirant davantage de capitaux privés dans les infrastructures.
Cette opération a été préparée avec plusieurs
partenaires internationaux, notamment l'Allemagne, le Japon, le Fonds de l'OPEP
et la Banque africaine de développement.
Au-delà du financement lui-même, l'enjeu est désormais
celui de l'exécution. Si les réformes se poursuivent au rythme attendu, elles
pourraient contribuer à lever plusieurs des contraintes structurelles qui
freinent la croissance sud-africaine depuis plus d'une décennie et restaurer
durablement l'attractivité de la première économie du continent.
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