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  • 18/03/2026

Afrique : La Tanzanie entre au capital de l’AFC et muscle la finance du continent

La Banque de Tanzanie devient actionnaire d’Africa Finance Corporation, illustrant la montée en puissance des États africains dans le financement des infrastructures et de l’industrialisation.

 

L’Africa Finance Corporation (AFC) franchit un nouveau cap dans son positionnement continental. L’institution a annoncé, le 18 mars, l’entrée de la Banque de Tanzanie (BOT) à son capital, renforçant un actionnariat de plus en plus dominé par des acteurs souverains africains.

 

Au-delà de l’opération financière, le signal est stratégique : les États ne veulent plus seulement attirer les capitaux internationaux. Ils cherchent désormais à structurer eux-mêmes les outils de financement de leur transformation économique.

 

Un adossement souverain qui crédibilise le modèle

 

Cette prise de participation intervient dans un contexte favorable pour l’AFC, dont la solidité financière est reconnue sur les marchés. L’agence S&P Global Ratings lui a récemment attribué une note A avec perspective positive, saluant la robustesse de sa structure de capital et le soutien constant de ses actionnaires.

 

Pour son directeur général, Samaila Zubairu, l’entrée de la Tanzanie dépasse largement le cadre d’un simple investissement :
« Nous sommes honorés par cette décision et y voyons un témoignage de confiance fort envers le mandat et l'expérience d'AFC. »

 

Il insiste également sur la portée systémique de cette dynamique :
« L’investissement de la Banque de Tanzanie renforce notre actionnariat souverain et témoigne de la reconnaissance croissante d’AFC comme partenaire fiable pour combler le déficit d’infrastructures en Afrique et promouvoir le développement durable sur le continent. »

 

Les banques centrales montent en première ligne

 

L’opération illustre une évolution structurelle : l’implication croissante des banques centrales africaines dans le financement du développement.

 

En intégrant des institutions souveraines à son capital, l’AFC consolide un modèle hybride, à mi-chemin entre finance publique et marchés internationaux. Cette architecture lui permet de mobiliser des ressources longues à grande échelle, tout en maintenant une capacité d’intervention rapide sur des projets complexes.

 

Pour le gouverneur de la banque centrale tanzanienne, Emmanuel Tutuba, cet engagement s’inscrit dans une logique économique claire :
« Africa Finance Corporation a démontré sa capacité à mobiliser des capitaux à long terme pour le développement des infrastructures et de l’industrie sur le continent. Notre investissement témoigne de notre confiance dans le modèle d’AFC et s’inscrit dans les priorités de la Tanzanie visant à renforcer la résilience économique, à soutenir la croissance du secteur privé et à promouvoir le développement durable par le biais de partenariats stratégiques. »

 

Un levier concret pour l’économie tanzanienne

 

Sur le terrain, cette montée au capital s’accompagne d’un renforcement des interventions de l’AFC en Tanzanie. L’institution prévoit notamment :

  • des facilités de financement du budget souverain via le ministère des Finances ;
  • des lignes de financement du commerce à destination des banques locales ;
  • un appui accru aux institutions financières pour soutenir la liquidité et les échanges.

 

L’objectif est explicite : accélérer l’activité du secteur privé tout en consolidant la stabilité macroéconomique.

 

Répondre à un déficit massif de financement

 

Cette opération intervient dans un contexte de pression croissante sur les économies africaines. Industrialisation, transition énergétique, infrastructures logistiques : les besoins en capitaux explosent.

 

Face à un déficit de financement estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars par an, les modèles traditionnels montrent leurs limites. L’AFC, forte de ses 48 pays membres et de plus de 19 milliards de dollars investis dans 36 pays depuis 2007, s’impose progressivement comme un canal structurant pour orienter les capitaux vers des projets “bancables” à fort impact.

 

Son positionnement est clair : combiner expertise technique, ingénierie financière et capacité d’investissement pour transformer des projets en actifs viables.

 

Vers une souveraineté financière africaine

 

L’entrée de la Tanzanie au capital de l’AFC marque une étape supplémentaire dans la recomposition du paysage financier africain. En renforçant leur présence au sein de telles institutions, les États cherchent à reprendre la main sur les leviers du financement du développement.

 

Le mouvement est encore en construction, mais la trajectoire est nette : une Afrique qui ne se contente plus de capter des flux financiers, mais qui organise, structure et oriente elle-même ses investissements stratégiques.

 

Et dans cette architecture en mutation, l’AFC s’affirme, de plus en plus, comme l’un des piliers.