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  • 09/01/2026

Afrique / Mines : La fusion Glencore–Rio Tinto, ou le retour brutal du rapport de force sur les ressources africaines

Ce qui se joue entre Glencore et Rio Tinto dépasse largement une opération financière entre deux géants miniers. En effet, une annonce officielle vient de confirmer que des discussions préliminaires sont menées autour d’une possible fusion. Pour l’Afrique, cela ressemble à un avertissement clair : la bataille mondiale pour les métaux stratégiques entre dans une phase de concentration extrême, où le rapport de force risque de se durcir, sans ménagement.

 

Si l’opération aboutissait, le nouvel ensemble pèserait près de 207 milliards de dollars en capitalisation boursière, plus de 260 milliards dette comprise. Un mastodonte, certes. Mais surtout un acteur capable d’imposer ses conditions dans des pays où les ressources minières constituent encore l’un des principaux leviers budgétaires et géopolitiques.

 

Car l’Afrique n’est pas un décor secondaire dans cette équation. Glencore est solidement implanté en République démocratique du Congo, notamment sur le cuivre et le cobalt, au cœur de la ceinture cuprifère. Rio Tinto, de son côté, est un acteur clé de la bauxite en Guinée et reste attentif aux opportunités en Afrique australe. Une fusion viendrait consolider ces positions, en réduisant le nombre d’interlocuteurs face aux États et en renforçant la capacité d’arbitrage d’un groupe déjà surdimensionné.

 

Le véritable nerf de la guerre porte un nom : le cuivre. Métal central de la transition énergétique, indispensable aux réseaux électriques, aux véhicules électriques et aux infrastructures bas carbone, il place l’Afrique centrale et australe au cœur des convoitises mondiales. Dans des pays comme la RDC ou la Zambie, sécuriser l’accès au cuivre aujourd’hui, c’est verrouiller une partie de l’économie verte mondiale de demain.

 

Mais cette montée en puissance pose une question que les capitales africaines connaissent bien, parfois trop bien. Moins d’acteurs globaux signifie plus de pression lors des négociations contractuelles, une capacité accrue à influencer la fiscalité, les clauses de stabilité et les calendriers d’investissement. À l’heure où plusieurs gouvernements africains tentent de renégocier leurs accords miniers, d’imposer davantage de transformation locale ou de capter une part plus équitable de la rente, l’émergence d’un méga-minier pourrait compliquer l’équation.

 

L’histoire récente est là pour le rappeler. Arbitrages internationaux, bras de fer fiscaux, tensions autour des permis et des redevances : le secteur minier africain n’est pas un terrain neutre. Il est un champ de négociation permanent entre souveraineté économique et dépendance aux capitaux étrangers. Dans ce contexte, la concentration du secteur mondial n’est jamais anodine.

 

Officiellement, Glencore et Rio Tinto se montrent prudents. Les discussions sont qualifiées de préliminaires, et rien ne garantit qu’un accord verra le jour. La réglementation britannique impose d’ailleurs à Rio Tinto de se prononcer d’ici au 5 février. Mais le simple retour de ces négociations, après un premier échec fin 2024, révèle une fébrilité stratégique chez les grandes majors, conscientes que la décennie à venir sera celle des métaux critiques, rares et politiquement sensibles.

 

Pour l’Afrique, le message est limpide. Cette fusion potentielle n’est ni une fatalité, ni une opportunité automatique. Elle sera ce que les États africains en feront. Faute de stratégie claire, de coordination régionale et de cadres réglementaires solides, le continent risque de subir un rapport de force encore plus déséquilibré. À l’inverse, une approche concertée, exigeante et cohérente pourrait transformer ce choc de consolidation en levier de négociation inédit.

 

La question n’est donc pas de savoir si Glencore et Rio Tinto fusionneront.
La vraie question est ailleurs : l’Afrique est-elle prête à négocier d’égal à égal avec les géants qui façonnent l’économie minière mondiale de demain ?

 

Cette fois, la réponse ne viendra ni de Londres ni de Zurich.
Elle se jouera, concrètement, à Kinshasa, Lusaka, Conakry… et dans la capacité du continent à parler d’une seule voix quand le rapport de force se durcit.

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