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  • 03/02/2026

Banques en Afrique : Quand certains plient bagage pendant que d’autres prennent position

 Ces derniers mois, le signal semblait clair : des banques internationales annoncent leur retrait partiel ou total de plusieurs marchés africains. Cessions de filiales, recentrages géographiques, stratégies de désengagement présentées comme rationnelles, presque mécaniques. À lire certains titres, l’Afrique bancaire serait devenue trop risquée, trop complexe, voire moins désirable.

 

Et pourtant, au même moment, d’autres acteurs avancent leurs pions. Dernier exemple en date : First Abu Dhabi Bank, première banque des Émirats arabes unis, qui annonce l’ouverture d’un bureau de représentation à Lagos, au Nigéria, pour soutenir son expansion en Afrique subsaharienne. Deux mouvements opposés, un même continent. Contradiction ? Pas vraiment.

 

En réalité, ce qui se joue n’est pas un désamour de l’Afrique, mais une recomposition silencieuse de ses partenaires financiers.

 

Le retrait n’est pas idéologique, il est structurel

 

Les banques qui quittent l’Afrique sont majoritairement européennes ou nord-américaines. Elles opèrent sous des contraintes réglementaires de plus en plus lourdes, héritées de la crise financière mondiale et renforcées par les exigences de conformité, de lutte contre le blanchiment et de gestion des risques.

 

Dans ce cadre, l’Afrique apparaît moins comme un problème que comme une équation coûteuse : multiplicité des juridictions, volatilité des devises, exigences opérationnelles élevées pour des marchés encore jugés intermédiaires en termes de rentabilité. Face à des actionnaires focalisés sur le court terme, certaines directions font un choix défensif : réduire l’exposition, simplifier le périmètre, sécuriser les bilans.

 

Ce retrait n’est donc pas un jugement sur le potentiel africain, mais l’expression d’un modèle bancaire arrivé à maturité, parfois en décalage avec la réalité des marchés émergents.

 

Ceux qui arrivent ne jouent pas le même jeu

 

À l’inverse, les banques du Golfe, d’Asie ou certains groupes africains montent en puissance avec une lecture radicalement différente du continent. Leur horizon n’est pas trimestriel, mais stratégique. Leur priorité n’est pas la banque de détail de masse, mais le financement du commerce, des infrastructures, de l’énergie, des États et des grands groupes régionaux.

 

L’implantation annoncée de First Abu Dhabi Bank à Lagos illustre cette approche. Il ne s’agit pas d’ouvrir un réseau d’agences, mais de poser un point d’ancrage financier dans le principal hub économique d’Afrique de l’Ouest, au cœur des flux commerciaux, énergétiques et logistiques. Une présence légère, ciblée, pensée comme une plateforme régionale.

 

Ce type d’acteur accepte la complexité du terrain africain parce qu’il sait la structurer. Il ne fuit pas le risque ; il le finance intelligemment.

 

L’Afrique ne perd pas des banques, elle change de partenaires

 

Le contraste apparent masque une réalité plus profonde : l’Afrique bancaire est en train de changer d’alliances. Les acteurs historiques, contraints par leurs propres systèmes, laissent progressivement de la place à de nouveaux entrants, plus flexibles, plus patients, souvent plus alignés avec les besoins réels des économies africaines.

 

Cette transition s’inscrit dans un mouvement plus large de reconfiguration géo-économique mondiale. Le capital ne disparaît pas : il se redéploie. Et l’Afrique, longtemps perçue comme périphérique, devient un terrain central pour les stratégies Sud-Sud.

 

Un tournant à ne pas mal lire

 

Lire ces retraits comme un désaveu serait une erreur d’analyse. Ce qui se joue, c’est un tri. Ceux qui partent cherchent la simplicité. Ceux qui arrivent parient sur la croissance future, la démographie, l’urbanisation, la transformation industrielle et énergétique du continent.

 

En creux, une question se pose : qui accompagnera la prochaine phase de développement africain ? Les banques qui regardent leurs contraintes internes, ou celles qui regardent la trajectoire du continent ?

 

Une chose est sûre : en finance comme ailleurs, ceux qui s’installent tôt dans les zones de croissance sont rarement les perdants de l’histoire.