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  • 03/02/2026

UEMOA : L’inclusion financière change d’échelle, la BCEAO sécurise l’essentiel des financements à l’horizon 2030

En réunissant, le 30 janvier 2026 à Dakar, États membres et partenaires techniques et financiers autour de la Stratégie régionale d’inclusion financière (SRIF), la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest a voulu aller au-delà de l’affichage politique. À travers cette table ronde présidée par son gouverneur, Jean-Claude Kassi Brou, la BCEAO a cherché à lever l’un des principaux talons d’Achille des politiques publiques régionales : le financement effectif de leur mise en œuvre.

 

« L’inclusion financière ne peut plus rester une intention. Elle doit désormais se traduire par des actions concrètes, mesurables et coordonnées à l’échelle de l’Union », a souligné le gouverneur de la BCEAO, donnant le ton d’une stratégie pensée comme un levier économique à part entière.

 

Le signal est d’autant plus fort que le plan d’actions 2025-2030 de la SRIF, chiffré à 32,9 milliards de FCFA, affiche déjà un taux de mobilisation de 75%. Cette enveloppe, principalement portée par les États membres de l’UEMOA et la Banque centrale, traduit un niveau d’appropriation rarement observé pour une initiative régionale. Elle marque la volonté de rompre avec la logique de stratégies ambitieuses mais sous-financées, souvent critiquées pour leur faible impact sur le terrain.

 

L’ambition affichée est claire : permettre à au moins 90% de la population adulte de l’Union d’accéder à des services financiers adaptés, abordables et inclusifs. Derrière cet objectif, se dessine une transformation structurelle des économies de l’UEMOA, encore fortement marquées par l’informalité et des inégalités persistantes d’accès aux services financiers, notamment pour les femmes, les jeunes, les populations rurales et les groupes vulnérables.

 

Pour la BCEAO, l’enjeu dépasse la seule inclusion sociale. « Élargir l’accès aux services financiers, c’est aussi renforcer la stabilité du système financier et soutenir une croissance plus inclusive et durable », insiste Jean-Claude Kassi Brou. Dans cette perspective, la finance digitale est appelée à jouer un rôle central, à condition d’être accompagnée d’une offre de services de proximité crédible et d’un cadre de protection des usagers renforcé.

 

Reste toutefois l’épreuve décisive de l’exécution. La réussite de la SRIF dépendra de la capacité des États à transformer cette feuille de route régionale en réformes concrètes, à coordonner efficacement les acteurs – banques, institutions de microfinance, fintechs – et à toucher effectivement les populations ciblées.

 

En sécurisant dès à présent l’essentiel des financements, la BCEAO et les États de l’UEMOA se donnent un avantage stratégique. Mais la crédibilité de la Stratégie régionale d’inclusion financière se jouera désormais loin des annonces, au plus près des réalités économiques et sociales de l’Union.