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  • 29/06/2026

Burkina Faso : Croissance solide mais économie sous tension de financement, entre désinflation et contraction du crédit

Le profil macroéconomique du Burkina Faso sur la période 2023-2030 dessine une trajectoire paradoxale : une croissance relativement robuste et stabilisée autour de 4 à 5%, adossée à une inflation volatile et à un resserrement marqué du financement bancaire, notamment du crédit au secteur privé. Le tout dans un contexte de consolidation progressive des finances publiques et d’amélioration graduelle des indicateurs de dette.

 

La croissance du PIB réel progresse de 3,0% en 2023 à 4,8% en 2024, puis atteint 5,0% en 2025 avant un pic à 5,3%. Sur la période 2027-2030, elle se stabilise autour de 4,8%, traduisant une économie qui gagne en régularité sans accélération supplémentaire. Cette trajectoire suggère moins une dynamique de décollage qu’un palier de croissance structurelle.

 

Mais derrière cette stabilité apparente, la variable prix révèle une économie beaucoup plus instable. L’inflation moyenne passe de 0,9% en 2023 à 4,2% en 2024 avant de basculer en territoire négatif en 2025 (-0,5%), avec une inflation de fin de période à -2,2%. Dès 2026, elle revient progressivement en zone positive pour se stabiliser autour de 2% à partir de 2028. Le déflateur du PIB confirme cette volatilité, culminant à 9,7% en 2024 avant de refluer progressivement vers 2% en fin d’horizon.

 

Le point le plus structurant du tableau se situe cependant dans le canal du financement. La masse monétaire (M3) connaît une forte expansion, passant de -3,0% en 2023 à 18,3% en 2025, avant de se normaliser progressivement. Mais cette expansion ne se transmet pas au crédit privé, qui recule de 2,2% en 2024, puis jusqu’à -4,1% en 2025, avant une reprise lente et limitée à 4,3% en 2030. En parallèle, le ratio crédit privé/PIB chute de 31,9% à 17%, signalant une désintermédiation financière progressive ou une restriction durable de l’accès au financement productif.

 

Sur le front extérieur, l’économie burkinabè affiche une forte volatilité commerciale. Les exportations connaissent des variations extrêmes, allant jusqu’à +62,5% en 2025 avant de ralentir fortement sur la fin de période. Les importations suivent une dynamique tout aussi irrégulière, avec un pic marqué en 2026 (+39,6%). Cette instabilité se reflète dans le compte courant, qui passe d’un déficit de -5,1% du PIB en 2023 à un excédent de 6,3% en 2025, avant de revenir en déficit structurel autour de -2% à -3% à partir de 2026.

 

Sur le plan budgétaire, la trajectoire est plus lisible. Les recettes publiques restent globalement stables autour de 20 à 22% du PIB, tandis que les dépenses totales reculent progressivement de 29,3% à environ 24,9% du PIB en 2030. Ce mouvement permet une amélioration du solde budgétaire, qui passe de -6,8% en 2023 à -1,8% en 2025, avant de se stabiliser autour de -3% sur le reste de la période.

 

Cette consolidation s’accompagne d’une baisse progressive de la dette publique, de 56,8% du PIB en 2023 à 48,3% en 2030, portée à la fois par la dette extérieure et intérieure. La trajectoire reste donc orientée vers une amélioration de la soutenabilité, même si elle s’inscrit dans un cadre de déficit persistant.

 

Enfin, les indicateurs structurels rappellent la fragilité du socle de développement. Le PIB par habitant progresse de 874 dollars à 1 645 dollars sur la période, mais reste faible. L’indice de Gini à 37,4 traduit une inégalité modérée mais persistante. Surtout, la pauvreté touche encore 43,7% de la population, avec une espérance de vie de 62 ans et un taux d’alphabétisation de 41%, soulignant un décalage net entre performance macroéconomique et développement humain.

 

Dans l’ensemble, l’économie burkinabè avance, mais sur un équilibre étroit : croissance stable, inflation instable, crédit contraint et transformation sociale lente. Une trajectoire qui ressemble moins à une accélération qu’à une consolidation sous contraintes multiples.