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  • 29/10/2026

CGECI Academy 2026 : Le patronat alerte sur le déficit de compétences, le gouvernement annonce 164 établissements de formation professionnelle

Le vice-président ivoirien Tiémoko Meyliet Koné a annoncé la construction ou la réhabilitation de plus de 164 établissements d’enseignement technique et de formation professionnelle d’ici à 2030. À la CGECI Academy 2026, les autorités ivoiriennes et le patronat ont souligné l’urgence de mieux adapter les compétences aux besoins des entreprises, notamment pour soutenir l’industrialisation.

 

La Côte d’Ivoire prévoit de renforcer son dispositif de formation technique et professionnelle avec plus de 164 établissements à construire ou à réhabiliter d’ici à 2030. L’annonce a été faite jeudi 29 octobre à Abidjan par le vice-président de la République, Tiémoko Meyliet Koné, à l’ouverture de la 14e édition de la CGECI Academy, organisée autour du thème « Capital humain, levier stratégique pour l’Afrique ».

 

L’objectif affiché est de rapprocher les formations des besoins du secteur productif et de faciliter l’accès des jeunes à l’emploi. Les cursus devront notamment être conçus en lien avec les entreprises, afin de proposer des qualifications correspondant davantage aux métiers recherchés.

 

Cette annonce intervient dans un contexte où les employeurs peinent parfois à recruter certains profils, tandis que de nombreux jeunes diplômés rencontrent des difficultés pour s’insérer professionnellement. Pour le patronat ivoirien, le décalage entre les formations disponibles et les compétences recherchées constitue un obstacle à la compétitivité des entreprises.

 

L’emploi des jeunes, un défi pour les entreprises

 

Le président de la Confédération générale des entreprises de Côte d’Ivoire (CGECI), Ahmed Cissé, a rappelé le déséquilibre entre les arrivées sur le marché du travail et la création d’emplois formels en Afrique. Selon les données de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement qu’il a citées, le continent crée environ 3 millions d’emplois formels par an, alors que 10 à 12 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché du travail.

 

Cet écart illustre l’ampleur du défi de l’emploi, même s’il ne signifie pas que tous les jeunes qui ne trouvent pas de poste formel restent sans activité. Une partie d’entre eux se tourne notamment vers le secteur informel. La difficulté tient aussi à la capacité des économies à créer des emplois suffisamment nombreux et à former des candidats disposant des qualifications attendues.

 

Ahmed Cissé a ainsi appelé les entreprises à s’impliquer davantage dans la formation, notamment par l’accueil de stagiaires et d’apprentis et par le développement de dispositifs d’apprentissage adaptés à leurs activités. Il a également insisté sur la nécessité de favoriser l’accès des jeunes, en particulier des femmes, aux métiers d’avenir.

 

L’enjeu dépasse donc la seule augmentation du nombre de places en formation. Il s’agit aussi de renforcer les liens entre établissements d’enseignement et entreprises, pour que les qualifications acquises correspondent davantage aux besoins du marché du travail.

 

Des compétences indispensables à l’ambition industrielle

 

La question est particulièrement importante au regard des objectifs industriels de la Côte d’Ivoire. Selon les orientations du Plan national de développement (PND) 2026-2030 présentées lors de la cérémonie, le pays vise une contribution du secteur manufacturier de 20% du produit intérieur brut (PIB) en 2030, contre 13,3% en 2025. Il entend également transformer localement au moins 50% de ses principales matières premières et développer sept grappes industrielles.

 

Ces ambitions nécessitent des compétences adaptées aux activités que le pays souhaite développer. La transformation locale des matières premières, par exemple, suppose de disposer de techniciens, d’ingénieurs et de spécialistes capables de faire fonctionner les équipements, d’assurer leur maintenance, de maîtriser les procédés industriels et de garantir la qualité de la production.

 

Intervenant au nom du ministre de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, le ministre des Transports et des Affaires maritimes, Amadou Koné, a insisté sur la nécessité d’associer davantage les entreprises à la définition des formations. Les employeurs doivent pouvoir contribuer à l’élaboration des programmes, à l’accueil des apprenants en stage et en apprentissage, ainsi qu’au développement de la formation continue.

 

Le défi concerne également les métiers transformés par le numérique, l’intelligence artificielle et l’automatisation. Les compétences recherchées évoluent avec les technologies de production, ce qui impose aux établissements de formation de maintenir un lien étroit avec les réalités du terrain.

 

Cette exigence prend une importance supplémentaire au regard du financement du PND 2026-2030 : le secteur privé doit contribuer à hauteur de 70,2% des investissements programmés. Pour convertir ces investissements en capacités de production et en emplois, les entreprises devront notamment pouvoir recruter des travailleurs qualifiés.

 

Au-delà des diplômes, mesurer les résultats

 

Représentant la République du Congo, pays invité de cette édition, Michel Djombo, ministre chargé du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé, a défendu une approche centrée sur les résultats économiques des politiques de formation.

 

La compétitivité d’une entreprise dépend, selon lui, de la disponibilité de compétences adaptées, au même titre que de l’accès à l’énergie, aux infrastructures et au financement. Il a également appelé à ne pas limiter l’évaluation des politiques de formation au nombre d’établissements construits, de formations organisées ou de diplômes délivrés.

 

L’insertion professionnelle des personnes formées, l’évolution de la productivité, la capacité des entreprises à recruter localement, la création d’activités et la progression des revenus du travail devraient aussi servir à apprécier les résultats obtenus.

 

Cette approche pose une question essentielle pour la politique annoncée par la Côte d’Ivoire : comment s’assurer que les investissements dans les établissements se traduisent effectivement par des qualifications recherchées et des débouchés professionnels ? Le nombre de centres constitue un indicateur des moyens mobilisés, mais ne suffit pas à mesurer leur efficacité.

 

Les résultats dépendront notamment des filières proposées, de la qualité des équipements et des formateurs, de la participation des entreprises et des perspectives d’emploi dans les secteurs concernés. La formation peut améliorer l’employabilité des jeunes, mais elle ne saurait, à elle seule, résoudre le déficit d’emplois.

 

Un effort à inscrire dans la durée

 

Tiémoko Meyliet Koné a également avancé un bilan de plus de 1,4 million d’emplois formels créés depuis 2011, dont 1,2 million dans le secteur privé, soit 84% du total annoncé. Ces chiffres, présentés par le vice-président, s’inscrivent dans le discours des autorités sur le rôle du secteur privé dans la création d’emplois.

 

Le gouvernement entend poursuivre ses efforts en faveur de la jeunesse à travers son programme 2026-2030, qui ambitionne d’avoir un impact sur plus de 5 millions de jeunes. Cet objectif ne correspond pas nécessairement à autant d’emplois créés : il couvre un programme plus large d’accompagnement de la jeunesse.

 

Le vice-président a également replacé le développement du capital humain dans la vision de la Côte d’Ivoire à l’horizon 2030 et dans les ambitions de l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Dans un contexte de transformation des métiers par les technologies, le pays entend renforcer les compétences techniques, scientifiques et managériales nécessaires à son développement.

 

L’annonce des plus de 164 établissements constitue ainsi un volet de cette stratégie. Mais la réussite de l’effort ne se mesurera pas seulement au nombre de structures construites ou réhabilitées. Elle dépendra aussi de leur capacité à former des profils recherchés, à faciliter leur insertion professionnelle et à accompagner les besoins d’une économie qui veut transformer davantage ses matières premières et développer son industrie.