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  • 03/04/2026

Côte d’Ivoire : Romuald Kouassi à la tête de l’ASA-CI, le pari d’une assurance plus proche du marché

Élu le 2 avril 2026 à la présidence de l’Association des Sociétés d’Assurances de Côte d’Ivoire (ASA-CI), Romuald Kouassi, directeur général de GNA Assurances CI, prend les commandes d’un secteur en croissance mais encore faiblement pénétré. Sa nomination intervient à un moment où l’assurance ivoirienne est appelée à franchir un cap décisif : passer d’un marché d’initiés à un service de masse.

 

L’élection de Romuald Kouassi à la tête de l’ASA-CI ne relève pas d’un simple jeu institutionnel. Elle s’inscrit dans une dynamique plus profonde, celle d’un secteur qui cherche à redéfinir son rôle dans une économie ivoirienne en mutation rapide. En confiant sa présidence à un dirigeant issu du terrain, le marché semble faire un choix stratégique : privilégier l’efficacité opérationnelle à la seule représentation institutionnelle.

 

À la tête de GNA Assurances CI, deuxième acteur du segment IARD avec un chiffre d’affaires de 45 milliards FCFA en 2025, Romuald Kouassi s’est imposé dans un environnement concurrentiel où la croissance repose avant tout sur la capacité à capter de nouveaux assurés. Son parcours reflète une réalité bien connue des professionnels du secteur : en Afrique de l’Ouest, le développement de l’assurance ne dépend pas uniquement de l’offre, mais surtout de sa capacité à atteindre des populations encore largement en dehors du système.

 

Car derrière les performances affichées par le marché ivoirien se cache une fragilité structurelle. Avec un taux de pénétration estimé entre 2 et 3% du produit intérieur brut, l’assurance demeure un produit marginal pour une grande partie de la population et du tissu entrepreneurial. Cette situation tient autant à des facteurs économiques qu’à des éléments plus profonds, liés à la perception même de l’assurance. Complexité des produits, manque de lisibilité, défiance vis-à-vis du règlement des sinistres : autant de freins qui limitent l’expansion du secteur.

 

C’est précisément sur ce terrain que se joue aujourd’hui l’avenir de l’assurance en Côte d’Ivoire. La question n’est plus seulement de croître, mais de s’élargir. Autrement dit, de passer d’un marché concentré sur une clientèle formelle et urbaine à une couverture beaucoup plus diffuse, intégrant les PME, les travailleurs indépendants et, plus largement, les ménages.

 

Dans cette équation, le rôle de l’ASA-CI apparaît déterminant. En tant qu’organe fédérateur, l’association ne se limite pas à représenter les intérêts des assureurs ; elle constitue un levier central pour structurer le marché, harmoniser les pratiques et porter des initiatives collectives. L’arrivée de Romuald Kouassi à sa tête ouvre ainsi une nouvelle phase, marquée par la nécessité de renforcer la coordination entre acteurs dans un environnement où la concurrence reste vive.

 

Parmi les chantiers prioritaires figure la digitalisation, souvent présentée comme la clé d’une assurance plus accessible. Mais au-delà des discours, la transformation reste encore partielle. Les contraintes liées aux systèmes existants, aux cadres réglementaires de la zone CIMA et aux modèles de distribution traditionnels ralentissent l’adoption à grande échelle des solutions digitales. Le défi consiste désormais à dépasser les initiatives isolées pour construire de véritables infrastructures communes capables de soutenir une montée en puissance du secteur.

 

Au-delà de la technologie, c’est la question de la confiance qui demeure centrale. Dans un marché où l’assurance est encore perçue comme une dépense contrainte, la crédibilité des acteurs repose avant tout sur leur capacité à tenir leurs engagements. Délais de règlement, transparence des procédures, simplicité des produits : autant d’éléments qui conditionnent l’adhésion des assurés et, in fine, la croissance du secteur.

 

La présidence de l’ASA-CI par Romuald Kouassi s’inscrit donc dans un moment charnière. Elle porte une ambition implicite mais essentielle : transformer un marché en progression en un véritable outil de stabilisation économique et sociale. Pour y parvenir, l’enjeu sera moins de multiplier les annonces que de produire des résultats tangibles, mesurables dans l’élargissement de la base des assurés et l’amélioration de l’expérience client.

 

L’équation est simple dans sa formulation, mais exigeante dans sa mise en œuvre : rendre l’assurance plus accessible, plus lisible et plus fiable. C’est à cette condition que le secteur pourra pleinement jouer son rôle dans une économie ivoirienne en quête de résilience et de profondeur financière.