Les États-Unis envisagent d’imposer une redevance de 70 000 dollars aux établissements qui recommandent des étudiants étrangers au programme de travail temporaire OPT, avec 30 000 dollars supplémentaires pour une participation ultérieure. Présentée comme un moyen de lutter contre les abus migratoires et de protéger les travailleurs américains, cette proposition pourrait renchérir l’accès au marché du travail américain pour les diplômés internationaux. Elle s’inscrit dans un durcissement plus large des conditions d’accès aux États-Unis, qui concerne aussi certains travailleurs qualifiés et les demandeurs de visas de visiteur.
Le rêve américain pourrait coûter beaucoup plus cher
aux étudiants étrangers qui espèrent transformer leur diplôme en première
expérience professionnelle aux États-Unis. Le 7 octobre 2026, le département
américain de la Sécurité intérieure a proposé une nouvelle redevance de 70 000
dollars, soit environ 39,5 millions FCFA, pour chaque étudiant étranger
recommandé au programme Optional Practical Training (OPT). Une
participation ultérieure pourrait entraîner une redevance supplémentaire de 30
000 dollars, soit près de 16,9 millions FCFA.
Le montant a de quoi surprendre. Mais une précision
s’impose : il ne s’agit pas d’une caution de 70 000 dollars que chaque étudiant
doit personnellement verser pour obtenir un emploi. Le projet prévoit que le
paiement incombe aux établissements d’enseignement agréés qui recommandent les
étudiants au programme. Il s’agit, à ce stade, d’une proposition réglementaire
et non d’une règle définitivement adoptée. Reuters
et le texte publié au Federal Register en détaillent les modalités.
L’OPT, une passerelle entre les études et
l’emploi
Pour comprendre la portée de cette mesure, il faut
revenir au fonctionnement de l’OPT. Ce dispositif permet aux étudiants
étrangers titulaires d’un visa F-1 d’acquérir une expérience professionnelle
aux États-Unis dans un domaine directement lié à leurs études.
La période de travail autorisée peut atteindre douze
mois après l’obtention du diplôme. Pour certains diplômés en sciences,
technologies, ingénierie et mathématiques (STEM), une prolongation de
vingt-quatre mois est possible, portant la durée totale à trois ans.
Ce programme occupe une place importante dans le
parcours de nombreux étudiants internationaux. Il leur permet de mettre en
pratique leurs compétences, de gagner une première expérience sur le marché
américain et, dans certains cas, de préparer une transition vers un autre
statut migratoire, notamment le visa professionnel H-1B.
Pour les entreprises américaines, l’OPT constitue
aussi un moyen de recruter de jeunes diplômés formés dans les universités du
pays. Les secteurs technologiques, en particulier, ont recours à ce vivier de
compétences internationales.
La proposition du département de la Sécurité
intérieure change donc sensiblement l’équation économique du dispositif.
Jusqu’ici, les établissements n’avaient pas à acquitter une telle redevance
pour recommander leurs étudiants à l’OPT. Les frais administratifs habituels
supportés par les étudiants étaient, eux, sans commune mesure avec les montants
désormais envisagés.
Le gouvernement américain justifie cette évolution par
la nécessité de lutter contre la fraude, de renforcer l’intégrité du système
migratoire et de protéger les travailleurs locaux. Dans son argumentaire,
l’administration considère que certains programmes ont servi de voies d’accès à
une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse.
Qui supportera réellement la facture ?
Le texte prévoit que les établissements agréés
prennent en charge le paiement. Mais la question économique ne s’arrête pas à
l’identité du débiteur légal.
Une université qui doit mobiliser 70 000 dollars pour
chaque nouvelle recommandation à l’OPT devra arbitrer entre plusieurs options :
absorber la dépense, limiter le nombre d’étudiants concernés ou chercher à
répercuter une partie du coût sur les étudiants, directement ou indirectement.
Cette dernière hypothèse n’est pas une conséquence
automatique du projet. Elle constitue néanmoins un risque pour les étudiants
internationaux, dont les frais de scolarité sont déjà souvent supérieurs à ceux
acquittés par les étudiants résidents.
Le montant envisagé pourrait également peser sur les
choix des établissements. Les universités qui accueillent un nombre important
d’étudiants étrangers devront évaluer le coût de leur participation au
programme, leurs ressources financières et l’intérêt de maintenir cette
possibilité pour leurs diplômés.
Pour les entreprises, l’enjeu est tout aussi concret.
Une réduction du nombre de diplômés internationaux disponibles sur le marché
américain pourrait compliquer certains recrutements, notamment dans les métiers
où les compétences techniques sont recherchées. Le secteur technologique figure
parmi les activités susceptibles d’être concernées.
Les conséquences dépendront toutefois de la version
définitive du texte, de ses modalités d’application et des éventuelles
contestations juridiques. Il serait prématuré de considérer que le dispositif
entrera nécessairement en vigueur sous cette forme.
Les étudiants africains également
concernés
Pour les étudiants africains qui choisissent les
États-Unis, la question dépasse le seul montant de la redevance. Elle touche à
la rentabilité d’un investissement éducatif qui mobilise souvent plusieurs
années d’épargne familiale, des bourses ou des financements privés.
Le calcul est relativement simple : les frais de
scolarité, le logement, l’assurance, les déplacements et les autres dépenses
liées aux études constituent déjà un engagement financier important. La
possibilité de travailler après le diplôme peut contribuer à valoriser cette
formation et à faciliter l’insertion professionnelle.
Si l’accès à l’OPT devient plus difficile pour les
établissements, certains étudiants pourraient privilégier d’autres destinations
universitaires, notamment lorsque les perspectives d’emploi après les études
entrent dans leur décision.
Les universités américaines ont également un intérêt
financier à attirer les étudiants étrangers, qui contribuent à leurs recettes
de scolarité. Une diminution de ces inscriptions pourrait affecter certains
établissements, même si l’ampleur de cet effet reste difficile à mesurer à ce
stade.
Pour les économies africaines, l’enjeu est double. Les
restrictions peuvent compliquer l’accès des diplômés aux réseaux professionnels
et aux expériences acquises sur le marché américain. Mais elles pourraient
aussi renforcer l’intérêt pour les universités africaines ou d’autres
destinations internationales, à condition que celles-ci offrent des formations
compétitives et de réelles perspectives d’emploi.
Il ne s’agit donc pas seulement d’une question
migratoire. C’est aussi un sujet de concurrence entre systèmes universitaires,
de circulation des compétences et d’attractivité économique.
Les 70 000 dollars ne sont pas une mesure
isolée
La proposition sur l’OPT s’inscrit dans un ensemble de
décisions qui durcissent les conditions d’accès au territoire américain pour
certaines catégories de ressortissants étrangers.
En septembre 2025, l’administration Trump avait
instauré un paiement de 100 000 dollars pour certaines nouvelles demandes de
visas H-1B, destinés aux travailleurs exerçant des professions spécialisées. En
septembre 2026, la Maison-Blanche a prolongé cette restriction pour douze mois
supplémentaires, jusqu’en septembre 2027, sous réserve des exceptions prévues
par le dispositif.
Cette mesure concerne une catégorie différente de
travailleurs et ne doit pas être confondue avec la proposition de 70 000
dollars relative à l’OPT. Elle illustre néanmoins une même orientation : rendre
plus coûteux ou plus sélectif l’accès à certains mécanismes d’emploi des
étrangers.
Un autre dispositif concerne les visas de visiteur
B-1/B-2, destinés notamment aux voyages d’affaires et au tourisme. Les
autorités américaines ont établi une liste de pays dont les ressortissants
peuvent être soumis à une caution de visa. La Côte d’Ivoire figure sur cette
liste, avec une date de mise en œuvre fixée au 21 janvier 2026.
Cette caution est distincte des redevances envisagées
pour l’OPT et des paiements applicables à certains visas H-1B. Elle ne signifie
pas que tout Ivoirien doit verser une somme forfaitaire pour travailler aux
États-Unis. Les conditions dépendent du dispositif concerné et de la situation
du demandeur.
La distinction est importante, car l’accumulation de
montants élevés dans les discussions publiques peut donner l’impression qu’un
prix unique a été fixé pour accéder au marché du travail américain. Ce n’est
pas le cas.
Un arbitrage entre protection de l’emploi
et attractivité
L’administration américaine défend ces mesures au nom
de la lutte contre les abus et de la protection des travailleurs nationaux. La
logique affichée consiste à limiter les pratiques qui permettraient à des
employeurs de recourir à une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse au détriment
des salariés américains.
Mais le coût d’une restriction ne se mesure pas
uniquement aux recettes qu’elle pourrait générer ou aux abus qu’elle
permettrait d’éviter. Il faut aussi prendre en compte ses effets sur les
universités, les entreprises et la capacité du pays à attirer des compétences
formées à l’international.
Une politique plus restrictive peut modifier les
décisions des étudiants bien avant son entrée en vigueur. Face à une
incertitude accrue sur les possibilités de travailler après le diplôme,
certains candidats peuvent choisir une autre destination ou renoncer à un
projet d’études américain.
Pour Washington, le défi consiste donc à concilier le
contrôle de l’immigration, la protection de l’emploi local et le maintien de
l’attractivité de ses universités et de ses entreprises.
À ce stade, la proposition de 70 000 dollars ouvre une
nouvelle séquence de débats sur le coût de l’accès au marché du travail
américain. Son adoption éventuelle, ses modalités définitives et les réactions
des établissements détermineront si elle restera une mesure annoncée ou si elle
modifiera durablement les conditions d’insertion professionnelle des diplômés
étrangers.
Pour les étudiants africains, la prudence s’impose :
le montant de 70 000 dollars n’est pas une caution générale à payer pour
obtenir un emploi aux États-Unis. Mais cette proposition rappelle que le coût
d’une formation internationale ne se limite plus aux frais universitaires. Les
conditions permettant de transformer un diplôme en expérience professionnelle
deviennent, elles aussi, un paramètre déterminant du choix d’études.
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