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  • 12/10/2026

États-Unis : 70 000 dollars pour travailler après ses études, le nouveau verrou qui inquiète les étudiants étrangers

Les États-Unis envisagent d’imposer une redevance de 70 000 dollars aux établissements qui recommandent des étudiants étrangers au programme de travail temporaire OPT, avec 30 000 dollars supplémentaires pour une participation ultérieure. Présentée comme un moyen de lutter contre les abus migratoires et de protéger les travailleurs américains, cette proposition pourrait renchérir l’accès au marché du travail américain pour les diplômés internationaux. Elle s’inscrit dans un durcissement plus large des conditions d’accès aux États-Unis, qui concerne aussi certains travailleurs qualifiés et les demandeurs de visas de visiteur.

 

Le rêve américain pourrait coûter beaucoup plus cher aux étudiants étrangers qui espèrent transformer leur diplôme en première expérience professionnelle aux États-Unis. Le 7 octobre 2026, le département américain de la Sécurité intérieure a proposé une nouvelle redevance de 70 000 dollars, soit environ 39,5 millions FCFA, pour chaque étudiant étranger recommandé au programme Optional Practical Training (OPT). Une participation ultérieure pourrait entraîner une redevance supplémentaire de 30 000 dollars, soit près de 16,9 millions FCFA.

 

Le montant a de quoi surprendre. Mais une précision s’impose : il ne s’agit pas d’une caution de 70 000 dollars que chaque étudiant doit personnellement verser pour obtenir un emploi. Le projet prévoit que le paiement incombe aux établissements d’enseignement agréés qui recommandent les étudiants au programme. Il s’agit, à ce stade, d’une proposition réglementaire et non d’une règle définitivement adoptée. Reuters et le texte publié au Federal Register en détaillent les modalités.

 

L’OPT, une passerelle entre les études et l’emploi

 

Pour comprendre la portée de cette mesure, il faut revenir au fonctionnement de l’OPT. Ce dispositif permet aux étudiants étrangers titulaires d’un visa F-1 d’acquérir une expérience professionnelle aux États-Unis dans un domaine directement lié à leurs études.

 

La période de travail autorisée peut atteindre douze mois après l’obtention du diplôme. Pour certains diplômés en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STEM), une prolongation de vingt-quatre mois est possible, portant la durée totale à trois ans.

 

Ce programme occupe une place importante dans le parcours de nombreux étudiants internationaux. Il leur permet de mettre en pratique leurs compétences, de gagner une première expérience sur le marché américain et, dans certains cas, de préparer une transition vers un autre statut migratoire, notamment le visa professionnel H-1B.

 

Pour les entreprises américaines, l’OPT constitue aussi un moyen de recruter de jeunes diplômés formés dans les universités du pays. Les secteurs technologiques, en particulier, ont recours à ce vivier de compétences internationales.

 

La proposition du département de la Sécurité intérieure change donc sensiblement l’équation économique du dispositif. Jusqu’ici, les établissements n’avaient pas à acquitter une telle redevance pour recommander leurs étudiants à l’OPT. Les frais administratifs habituels supportés par les étudiants étaient, eux, sans commune mesure avec les montants désormais envisagés.

 

Le gouvernement américain justifie cette évolution par la nécessité de lutter contre la fraude, de renforcer l’intégrité du système migratoire et de protéger les travailleurs locaux. Dans son argumentaire, l’administration considère que certains programmes ont servi de voies d’accès à une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse.

 

Qui supportera réellement la facture ?

 

Le texte prévoit que les établissements agréés prennent en charge le paiement. Mais la question économique ne s’arrête pas à l’identité du débiteur légal.

 

Une université qui doit mobiliser 70 000 dollars pour chaque nouvelle recommandation à l’OPT devra arbitrer entre plusieurs options : absorber la dépense, limiter le nombre d’étudiants concernés ou chercher à répercuter une partie du coût sur les étudiants, directement ou indirectement.

 

Cette dernière hypothèse n’est pas une conséquence automatique du projet. Elle constitue néanmoins un risque pour les étudiants internationaux, dont les frais de scolarité sont déjà souvent supérieurs à ceux acquittés par les étudiants résidents.

 

Le montant envisagé pourrait également peser sur les choix des établissements. Les universités qui accueillent un nombre important d’étudiants étrangers devront évaluer le coût de leur participation au programme, leurs ressources financières et l’intérêt de maintenir cette possibilité pour leurs diplômés.

 

Pour les entreprises, l’enjeu est tout aussi concret. Une réduction du nombre de diplômés internationaux disponibles sur le marché américain pourrait compliquer certains recrutements, notamment dans les métiers où les compétences techniques sont recherchées. Le secteur technologique figure parmi les activités susceptibles d’être concernées.

 

Les conséquences dépendront toutefois de la version définitive du texte, de ses modalités d’application et des éventuelles contestations juridiques. Il serait prématuré de considérer que le dispositif entrera nécessairement en vigueur sous cette forme.

 

Les étudiants africains également concernés

 

Pour les étudiants africains qui choisissent les États-Unis, la question dépasse le seul montant de la redevance. Elle touche à la rentabilité d’un investissement éducatif qui mobilise souvent plusieurs années d’épargne familiale, des bourses ou des financements privés.

 

Le calcul est relativement simple : les frais de scolarité, le logement, l’assurance, les déplacements et les autres dépenses liées aux études constituent déjà un engagement financier important. La possibilité de travailler après le diplôme peut contribuer à valoriser cette formation et à faciliter l’insertion professionnelle.

 

Si l’accès à l’OPT devient plus difficile pour les établissements, certains étudiants pourraient privilégier d’autres destinations universitaires, notamment lorsque les perspectives d’emploi après les études entrent dans leur décision.

 

Les universités américaines ont également un intérêt financier à attirer les étudiants étrangers, qui contribuent à leurs recettes de scolarité. Une diminution de ces inscriptions pourrait affecter certains établissements, même si l’ampleur de cet effet reste difficile à mesurer à ce stade.

 

Pour les économies africaines, l’enjeu est double. Les restrictions peuvent compliquer l’accès des diplômés aux réseaux professionnels et aux expériences acquises sur le marché américain. Mais elles pourraient aussi renforcer l’intérêt pour les universités africaines ou d’autres destinations internationales, à condition que celles-ci offrent des formations compétitives et de réelles perspectives d’emploi.

 

Il ne s’agit donc pas seulement d’une question migratoire. C’est aussi un sujet de concurrence entre systèmes universitaires, de circulation des compétences et d’attractivité économique.

 

Les 70 000 dollars ne sont pas une mesure isolée

 

La proposition sur l’OPT s’inscrit dans un ensemble de décisions qui durcissent les conditions d’accès au territoire américain pour certaines catégories de ressortissants étrangers.

 

En septembre 2025, l’administration Trump avait instauré un paiement de 100 000 dollars pour certaines nouvelles demandes de visas H-1B, destinés aux travailleurs exerçant des professions spécialisées. En septembre 2026, la Maison-Blanche a prolongé cette restriction pour douze mois supplémentaires, jusqu’en septembre 2027, sous réserve des exceptions prévues par le dispositif.

 

Cette mesure concerne une catégorie différente de travailleurs et ne doit pas être confondue avec la proposition de 70 000 dollars relative à l’OPT. Elle illustre néanmoins une même orientation : rendre plus coûteux ou plus sélectif l’accès à certains mécanismes d’emploi des étrangers.

 

Un autre dispositif concerne les visas de visiteur B-1/B-2, destinés notamment aux voyages d’affaires et au tourisme. Les autorités américaines ont établi une liste de pays dont les ressortissants peuvent être soumis à une caution de visa. La Côte d’Ivoire figure sur cette liste, avec une date de mise en œuvre fixée au 21 janvier 2026.

 

Cette caution est distincte des redevances envisagées pour l’OPT et des paiements applicables à certains visas H-1B. Elle ne signifie pas que tout Ivoirien doit verser une somme forfaitaire pour travailler aux États-Unis. Les conditions dépendent du dispositif concerné et de la situation du demandeur.

 

La distinction est importante, car l’accumulation de montants élevés dans les discussions publiques peut donner l’impression qu’un prix unique a été fixé pour accéder au marché du travail américain. Ce n’est pas le cas.

 

Un arbitrage entre protection de l’emploi et attractivité

 

L’administration américaine défend ces mesures au nom de la lutte contre les abus et de la protection des travailleurs nationaux. La logique affichée consiste à limiter les pratiques qui permettraient à des employeurs de recourir à une main-d’œuvre étrangère moins coûteuse au détriment des salariés américains.

 

Mais le coût d’une restriction ne se mesure pas uniquement aux recettes qu’elle pourrait générer ou aux abus qu’elle permettrait d’éviter. Il faut aussi prendre en compte ses effets sur les universités, les entreprises et la capacité du pays à attirer des compétences formées à l’international.

 

Une politique plus restrictive peut modifier les décisions des étudiants bien avant son entrée en vigueur. Face à une incertitude accrue sur les possibilités de travailler après le diplôme, certains candidats peuvent choisir une autre destination ou renoncer à un projet d’études américain.

 

Pour Washington, le défi consiste donc à concilier le contrôle de l’immigration, la protection de l’emploi local et le maintien de l’attractivité de ses universités et de ses entreprises.

 

À ce stade, la proposition de 70 000 dollars ouvre une nouvelle séquence de débats sur le coût de l’accès au marché du travail américain. Son adoption éventuelle, ses modalités définitives et les réactions des établissements détermineront si elle restera une mesure annoncée ou si elle modifiera durablement les conditions d’insertion professionnelle des diplômés étrangers.

 

Pour les étudiants africains, la prudence s’impose : le montant de 70 000 dollars n’est pas une caution générale à payer pour obtenir un emploi aux États-Unis. Mais cette proposition rappelle que le coût d’une formation internationale ne se limite plus aux frais universitaires. Les conditions permettant de transformer un diplôme en expérience professionnelle deviennent, elles aussi, un paramètre déterminant du choix d’études.