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  • 12/10/2026

Éthiopie : Une raffinerie d’or pour transformer l’essor des exportations en valeur industrielle

Inaugurée le 10 octobre 2026 à Bole Lemi, près d’Addis-Abeba, la raffinerie nationale de métaux précieux doit permettre à l’Éthiopie de développer la transformation locale de l’or et de renforcer ses exportations. Alors que les recettes aurifères progressent rapidement, le pays veut franchir une nouvelle étape : conserver davantage de valeur dans son économie et s’imposer comme une plateforme régionale de raffinage.

 

L’Éthiopie entend tirer davantage profit de ses ressources minières. Le Premier ministre Abiy Ahmed a inauguré, le 10 octobre, une raffinerie nationale de métaux précieux dans la zone économique spéciale de Bole Lemi. Le projet associe Ethiopian Investment Holdings (EIH), la holding publique d’investissement, à Sam Precious Metals, un partenaire international.

 

Selon le bureau du Premier ministre, l’installation pourra traiter plus de 600 tonnes de métaux précieux par an lorsqu’elle fonctionnera à pleine capacité. Elle est conçue pour analyser et raffiner l’or, produire des lingots destinés à l’exportation ainsi que des lingots d’or et d’argent de différentes puretés.

 

Au-delà de l’infrastructure, l’enjeu est de développer une activité industrielle autour de l’exploitation minière. Mais la capacité annoncée ne préjuge ni des volumes qui seront effectivement traités ni des revenus supplémentaires que le pays pourra en tirer.

 

L’or, un moteur croissant des exportations

 

Le projet intervient alors que les ventes d’or occupent une place grandissante dans les recettes extérieures de l’Éthiopie. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), les exportations aurifères ont généré 2,56 milliards de dollars au premier semestre de l’exercice budgétaire 2025/2026, contre 1,36 milliard sur la période comparable précédente.

 

Cette progression d’environ 88% s’explique par une hausse des volumes exportés et par l’augmentation des prix unitaires. Les recettes totales d’exportation ont également progressé, passant de 3,3 milliards à 5 milliards de dollars sur les périodes comparées.

 

Ces revenus sont précieux pour une économie confrontée à des besoins importants en devises, notamment pour financer ses importations. La raffinerie pourrait aider à mieux organiser la commercialisation de l’or et à développer des produits répondant aux exigences des acheteurs internationaux. Elle ne garantit toutefois pas, à elle seule, une augmentation des recettes : celle-ci dépendra aussi des volumes disponibles, des coûts de transformation et des conditions de vente.

 

La bataille de la transformation locale

 

Le raffinage permet de contrôler la pureté du métal, de standardiser les lingots et de faciliter leur commercialisation sur les marchés internationaux. Il peut également renforcer la traçabilité des transactions, un enjeu important dans une filière où l’exploitation artisanale et les circuits informels occupent une place significative.

 

Encore faut-il que les producteurs et les négociants choisissent d’utiliser les circuits officiels. Pour attirer l’or extrait dans le pays, la nouvelle installation devra proposer des conditions commerciales compétitives et assurer un approvisionnement régulier. Sans volumes suffisants, même une infrastructure de grande capacité risque de fonctionner en deçà de son potentiel.

 

L’Éthiopie vise aussi les marchés régionaux. L’Ouganda illustre l’importance de cette ambition : selon Reuters, ses exportations d’or ont atteint 5,8 milliards de dollars en 2025, contre 3,3 milliards en 2024. Le pays s’est développé comme une plateforme de commerce et de réexportation, notamment grâce à des flux d’or provenant de pays voisins.

 

Pour Addis-Abeba, l’enjeu sera donc de convaincre les producteurs locaux, mais aussi, si la stratégie le prévoit, d’attirer des approvisionnements régionaux. Cela suppose de gagner la confiance des acheteurs, de respecter les normes internationales et de proposer des conditions de traitement suffisamment attractives pour rivaliser avec les plateformes déjà établies.

 

Des retombées encore à mesurer

 

Implantée dans une zone économique spéciale qui accueille déjà différentes activités industrielles, la raffinerie s’inscrit dans la volonté du gouvernement de diversifier la production et de développer les exportations à plus forte valeur ajoutée.

 

Son bilan économique dépendra cependant de résultats concrets : les quantités effectivement raffinées, la part de l’or national traitée sur place, les emplois qualifiés créés et les recettes supplémentaires générées pour l’économie. Le coût de l’investissement, sa structure de financement et le calendrier de montée en puissance restent également à préciser dans les informations publiques consultées.

 

L’inauguration marque ainsi une étape dans la stratégie minière éthiopienne, mais pas encore la preuve de sa réussite. La question décisive sera de savoir si le pays parvient à alimenter durablement la raffinerie et à transformer son essor aurifère en activité industrielle rentable, plutôt qu’en simple capacité installée.