News
  • 16/01/2026

Exercices navals BRICS+ : Quand Pretoria teste les limites du non-alignement

L’Afrique du Sud s’est retrouvée, presque malgré elle, au centre d’une controverse diplomatique aux répercussions bien plus larges que de simples manœuvres militaires. La participation de l’Iran aux récents exercices navals BRICS+ organisés dans les eaux sud-africaines a provoqué un malaise au sommet de l’État et ravivé les interrogations sur la trajectoire diplomatique de Pretoria.

 

Le ministère sud-africain de la Défense a annoncé l’ouverture d’une enquête interne afin d’éclaircir les conditions dans lesquelles l’Iran a pris part à ces exercices. Selon un communiqué relayé par Reuters, la ministre de la Défense, Angie Motshekga, cherche à déterminer si les instructions du président Cyril Ramaphosa concernant l’implication iranienne ont été « mal interprétées et/ou ignorées ». Une formulation prudente, mais révélatrice d’une tension institutionnelle inhabituelle.

 

Les manœuvres, organisées dans le cadre du format élargi des BRICS, associaient notamment l’Afrique du Sud, la Chine et la Russie. Mais c’est la présence iranienne qui a rapidement éclipsé l’objectif officiel de coopération maritime. Washington n’a pas tardé à réagir. Les États-Unis ont exprimé publiquement leur inquiétude, qualifiant l’Iran d’« acteur déstabilisateur » et d’« État soutenant le terrorisme », selon une déclaration citée par Reuters.

 

Pour l’administration américaine, inclure l’Iran dans des exercices militaires conjoints compromet la sécurité maritime et la stabilité régionale. Cette position ferme place l’Afrique du Sud dans une posture inconfortable. Le pays entretient des relations économiques étroites avec les États-Unis, à la fois comme partenaire commercial et comme source essentielle d’investissements étrangers.

 

En interne, l’épisode met en lumière un malaise plus profond. Des sources gouvernementales indiquent que le président Ramaphosa aurait souhaité limiter le rôle de l’Iran à une participation marginale, voire à un simple statut d’observateur. Sur le terrain, pourtant, la présence iranienne a été visible, donnant l’impression d’un décalage entre les orientations de la présidence et leur mise en œuvre opérationnelle par le ministère de la Défense.

 

Au-delà de l’incident protocolaire, c’est la doctrine diplomatique sud-africaine qui se trouve questionnée. Depuis la fin de l’apartheid, Pretoria revendique une politique étrangère fondée sur le non-alignement et l’équilibre entre les blocs. Mais la multiplication d’exercices militaires avec des puissances sous sanctions internationales brouille ce positionnement et alimente l’idée d’un glissement stratégique.

 

Cette perception n’est pas neutre sur le plan économique. L’Afrique du Sud dépend fortement de la confiance des investisseurs internationaux, de l’accès aux marchés occidentaux et de la stabilité de ses relations diplomatiques. Toute ambiguïté géopolitique accroît le risque pays, renchérit le coût du financement et complique les arbitrages des investisseurs étrangers, particulièrement dans un contexte mondial déjà marqué par l’incertitude.

 

Face aux critiques, le gouvernement sud-africain insiste sur le caractère non militaire de l’initiative. Les exercices BRICS+ viseraient avant tout à renforcer la coopération maritime et à lutter contre des menaces communes comme la piraterie. Officiellement, il ne s’agit ni d’une alliance militaire ni d’un signal hostile adressé à des partenaires tiers. Dans les capitales occidentales, cet argument peine toutefois à dissiper les doutes.

 

L’enquête annoncée par le ministère de la Défense apparaît ainsi comme une tentative de reprise en main politique. Elle vise à démontrer que la chaîne de commandement reste claire et que les décisions stratégiques relèvent bien de l’autorité présidentielle.

 

Une question demeure. À mesure que les BRICS s’élargissent et se diversifient, l’Afrique du Sud peut-elle continuer à jouer les équilibristes entre ses partenaires historiques et ses nouvelles alliances émergentes ? L’épisode iranien montre que cet exercice devient de plus en plus risqué.

 

En diplomatie comme en économie, les ambiguïtés prolongées finissent toujours par avoir un coût.