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  • 02/03/2026

Guerre Iran – États-Unis – Israël / Ormuz paralysé : Quand l’assurance bloque le pétrole mondial

Alors que le conflit entre les États‑Unis, Israël et l’Iran franchit une nouvelle étape historique, ce n’est pas seulement la violence militaire qui secoue les marchés : une réorientation radicale du secteur de l’assurance maritime a transformé le détroit d’Ormuz en un goulot d’étranglement financier.

 

Situé entre l’Iran et Oman, ce passage de 34 km de large est l’un des points les plus critiques du commerce mondial d’énergie. Chaque jour, près de 20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) transitent par ce couloir.

 

Assurances annulées, flux bloqués

 

Depuis les frappes américaines et israéliennes, les principaux assureurs maritimes ont décidé d’annuler leurs couvertures “war risk” pour les navires opérant dans le golfe Persique, le détroit d’Ormuz et les eaux adjacentes.

 

Ce type d’assurance est indispensable : sans elle, un navire ne peut légalement naviguer dans une zone considérée comme dangereuse. Sans police, pas de transit. Et plusieurs grands clubs maritimes, dont Gard, Skuld ou le London P&I Club, ont confirmé que leurs contrats prendraient fin à partir du 5 mars 2026, laissant un vide d’assurance pour toute traversée de la zone.

 

Certains souscripteurs, comme GIC Re, ont également annoncé le retrait de couvertures maritimes pour les zones à haut risque d’ici à ce début mars, consolidant la pression financière contre le passage traditionnel.

 

Prix et primes en hausse

 

Avant la crise, les primes “war risk” représentaient environ 0,25% de la valeur d’un navire — soit environ 250 000 dollars pour un pétrolier de 100 millions dollars. Aujourd’hui, elles pourraient augmenter d’environ 25% à 50 %, selon les courtiers et assureurs, soit près de 375 000 dollars et plus par voyage, sans compter les anticipations de hausse supplémentaires si le conflit empire.

 

Dans ce contexte, des compagnies maritimes majeures ont choisi de suspendre leurs transits ou de détourner leurs navires vers des routes plus longues et coûteuses — par exemple autour du Cap de Bonne‑Espérance — afin de contourner la zone à risque. Cela a déjà réduit drastiquement le trafic pétrolier via Ormuz.

 

La finance, plus puissante que la guerre ?

 

Cette crise met en lumière une dynamique rarement exposée en public : la finance peut parfois surpasser l’impact direct des opérations militaires. Un navire peut être physiquement intact, mais s’il n’est pas assurable, il ne peut pas naviguer. Dans le commerce maritime, l’assurance n’est ni un détail administratif, ni un supplément facultatif : elle est la condition sine qua non de la liberté de circulation.

 

Les marchés l’ont déjà intégré : à l’ouverture des marchés en Asie ce lundi 2 mars, les prix du pétrole Brent ont flambé de plus de 10%, dépassant 80 dollars le baril, en réaction directe aux craintes de perturbation durable de l’approvisionnement.

 

Impacts économiques immédiats

 

La suspension des assurances entraîne plusieurs phénomènes économiques :

  • Effet de rareté anticipée : en réduisant de fait l’offre accessible, les prix du pétrole grimpent. Des analystes évoquent désormais des niveaux proches de 100 dollars ou plus le baril si le blocage persiste.
  • Première inflation importée : les carburants, les intrants industriels et les coûts logistiques augmentent déjà dans plusieurs régions du monde.
  • Volatilité accrue sur les marchés financiers : indices actions en baisse générale, or et valeurs refuges en hausse.
  • Coûts logistiques explosifs : reroutage des navires, retard de flux de marchandises, saturation des ports alternatifs.

 

Scénario financier : fermeture “virtuelle” du détroit

 

Même si aucune force navale n’a physiquement obstrué l’eau, la suspension des assurances a un effet équivalent à une fermeture : les armateurs ne prennent plus le risque d’entrer dans une zone non couverte. Un assuré pourrait se retrouver sans compensation en cas de perte, ce qui est inacceptable pour les banques qui financent ces navires.

 

Dans ce sens, l’économie mondiale est confrontée à un paradoxe : la sécurité juridique offerte par l’assurance devient une variable stratégique, plus décisive pour le commerce mondial que la présence ou non d’un navire de guerre dans le golfe Persique.

 

Conséquences plus larges

 

Les assureurs ne sont pas seulement des acteurs techniques : ils sont des arbitres de confiance dans le système financier mondial. Leur retrait indique une dégradation rapide de l’environnement de risque, capable de déclencher des réactions en chaîne :

 

  • Ralentissement du commerce maritime
  • Hausse structurelle des coûts de transport
  • Pressions inflationnistes dans les économies dépendantes des importations d’énergie
  • Ajustements politiques des banques centrales face à des chocs externes

 

La crise du détroit d’Ormuz en ce début mars 2026 n’est pas seulement géopolitique. Elle est d’abord financière et assurantielle. En privant le transport maritime de son système de sécurité économique — l’assurance — le conflit empêche le passage des produits énergétiques essentiels.

 

Dans un monde où la fluidité des échanges dépend autant de l’accord des assureurs que de la navigation physique, la paralysie financière des routes maritimes devient une arme économique. Et pour les marchés, la question n’est plus seulement de savoir si Ormuz est fermé, mais combien de temps cette suspension des assurances va durer — et combien cela coûtera à la planète.