Alors que le conflit entre les États‑Unis, Israël et l’Iran franchit une nouvelle étape historique, ce n’est pas seulement la violence militaire qui secoue les marchés : une réorientation radicale du secteur de l’assurance maritime a transformé le détroit d’Ormuz en un goulot d’étranglement financier.
Situé entre l’Iran et Oman, ce passage de 34 km de
large est l’un des points les plus critiques du commerce mondial d’énergie.
Chaque jour, près de 20% du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié (GNL) transitent
par ce couloir.
Assurances annulées, flux bloqués
Depuis les frappes américaines et israéliennes, les
principaux assureurs maritimes ont décidé d’annuler leurs couvertures “war
risk” pour les navires opérant dans le golfe Persique, le détroit d’Ormuz et
les eaux adjacentes.
Ce type d’assurance est indispensable : sans elle, un
navire ne peut légalement naviguer dans une zone considérée comme dangereuse.
Sans police, pas de transit. Et plusieurs grands clubs maritimes, dont Gard,
Skuld ou le London P&I Club, ont confirmé que leurs contrats prendraient
fin à partir du 5 mars 2026, laissant un vide d’assurance pour toute traversée
de la zone.
Certains souscripteurs, comme GIC Re, ont également
annoncé le retrait de couvertures maritimes pour les zones à haut risque d’ici
à ce début mars, consolidant la pression financière contre le passage
traditionnel.
Prix et primes en hausse
Avant la crise, les primes “war risk” représentaient
environ 0,25% de la valeur d’un navire — soit environ 250 000 dollars pour un
pétrolier de 100 millions dollars. Aujourd’hui, elles pourraient augmenter
d’environ 25% à 50 %, selon les courtiers et assureurs, soit près de 375 000 dollars
et plus par voyage, sans compter les anticipations de hausse supplémentaires si
le conflit empire.
Dans ce contexte, des compagnies maritimes majeures
ont choisi de suspendre leurs transits ou de détourner leurs navires vers des
routes plus longues et coûteuses — par exemple autour du Cap de Bonne‑Espérance
— afin de contourner la zone à risque. Cela a déjà réduit drastiquement le
trafic pétrolier via Ormuz.
La finance, plus puissante que la guerre ?
Cette crise met en lumière une dynamique rarement
exposée en public : la finance peut parfois surpasser l’impact direct des
opérations militaires. Un navire peut être physiquement intact, mais s’il n’est
pas assurable, il ne peut pas naviguer. Dans le commerce maritime, l’assurance
n’est ni un détail administratif, ni un supplément facultatif : elle est la
condition sine qua non de la liberté de circulation.
Les marchés l’ont déjà intégré : à l’ouverture des
marchés en Asie ce lundi 2 mars, les prix du pétrole Brent ont flambé de plus
de 10%, dépassant 80 dollars le baril, en réaction directe aux craintes de
perturbation durable de l’approvisionnement.
Impacts économiques immédiats
La suspension des assurances entraîne plusieurs
phénomènes économiques :
Scénario financier : fermeture “virtuelle”
du détroit
Même si aucune force navale n’a physiquement obstrué
l’eau, la suspension des assurances a un effet équivalent à une fermeture : les
armateurs ne prennent plus le risque d’entrer dans une zone non couverte. Un
assuré pourrait se retrouver sans compensation en cas de perte, ce qui est
inacceptable pour les banques qui financent ces navires.
Dans ce sens, l’économie mondiale est confrontée à un
paradoxe : la sécurité juridique offerte par l’assurance devient une variable
stratégique, plus décisive pour le commerce mondial que la présence ou non d’un
navire de guerre dans le golfe Persique.
Conséquences plus larges
Les assureurs ne sont pas seulement des acteurs
techniques : ils sont des arbitres de confiance dans le système financier
mondial. Leur retrait indique une dégradation rapide de l’environnement de
risque, capable de déclencher des réactions en chaîne :
La crise du détroit d’Ormuz en ce début mars 2026
n’est pas seulement géopolitique. Elle est d’abord financière et assurantielle.
En privant le transport maritime de son système de sécurité économique —
l’assurance — le conflit empêche le passage des produits énergétiques
essentiels.
Dans un monde où la fluidité des échanges dépend
autant de l’accord des assureurs que de la navigation physique, la paralysie
financière des routes maritimes devient une arme économique. Et pour les
marchés, la question n’est plus seulement de savoir si Ormuz est fermé, mais combien
de temps cette suspension des assurances va durer — et combien cela coûtera à
la planète.
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