À Bangui, le silence a remplacé l’agitation feutrée des réunions communautaires. La Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) a provisoirement suspendu l’essentiel de ses activités. Non pas à la suite d’un conflit politique ou d’un choc extérieur, mais pour une raison plus crue, presque banale : il n’y a plus d’argent pour faire tourner la machine.
L’annonce a fait l’effet d’un électrochoc discret mais
profond. Car la Commission de la CEMAC n’est pas une administration parmi
d’autres. Elle est le cœur exécutif de l’intégration économique en Afrique
centrale, chargée de coordonner les politiques régionales, d’harmoniser les
règles commerciales et de porter les ambitions communes des six États membres :
Cameroun, Congo, Gabon, Tchad, Guinée équatoriale et République centrafricaine.
Dans les faits, la suspension concerne toutes les
activités jugées non essentielles : missions, réunions techniques, projets
communautaires. L’institution continue d’exister, mais elle fonctionne au
ralenti extrême, dans un mode de survie administrative. Une pause forcée,
assumée, destinée à tirer la sonnette d’alarme.
Au cœur de la crise se trouve la Taxe communautaire
d’intégration (TCI), censée assurer l’autonomie financière de la CEMAC.
Prélevée à hauteur de 1% sur les importations en provenance de pays tiers,
cette taxe doit être collectée par les États membres puis reversée à
l’organisation régionale. Sur le papier, le mécanisme est simple. Dans la
réalité, il est largement grippé. Les reversements sont incomplets,
irréguliers, parfois inexistants. Résultat : une trésorerie exsangue et une
Commission incapable d’assumer ses charges courantes.
La situation met en lumière une contradiction devenue
structurelle en Afrique centrale : les discours sur l’intégration régionale se
multiplient, mais les engagements financiers peinent à suivre. Suspendre les
activités de la Commission, c’est reconnaître implicitement que la solidarité
communautaire reste fragile, et que les priorités nationales continuent de
primer sur la construction régionale.
Au-delà du symbole, les conséquences sont bien
réelles. Une CEMAC paralysée, c’est un ralentissement des réformes, une
coordination économique affaiblie et un message brouillé envoyé aux partenaires
techniques et financiers. Dans une région déjà confrontée à des défis
sécuritaires, budgétaires et sociaux majeurs, cette mise en pause
institutionnelle sonne comme un rappel sévère : l’intégration ne se décrète
pas, elle se finance.
La suspension est annoncée comme provisoire. Elle se
veut un moyen de pression, un appel à la responsabilité des États membres pour
assainir le recouvrement de la TCI et remettre la Commission en ordre de
marche. Reste à savoir si cet électrochoc produira l’effet attendu ou s’il ne
fera que confirmer une réalité plus dérangeante : en Afrique centrale,
l’intégration avance souvent plus vite dans les communiqués que dans les
caisses.
Pour la CEMAC, l’heure n’est plus aux intentions, mais
aux virements. Sans quoi l’ambition communautaire risque de rester, encore
longtemps, un projet à l’arrêt.
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