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  • 26/10/2026

FinTechs dans l’UEMOA : La BCEAO ouvre un laboratoire pour tester leurs innovations financières

La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) lance la première cohorte de son Laboratoire d’Innovation Financière. Les entreprises éligibles pourront y expérimenter de nouveaux services financiers dans un cadre contrôlé, avec une première échéance de candidature fixée au 30 novembre 2026. L’initiative vise à faciliter l’innovation sans relâcher les exigences de stabilité financière et de protection des consommateurs.

 

La BCEAO veut donner davantage de place à l’innovation dans les services financiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), tout en conservant la maîtrise des risques qu’elle peut entraîner. Son Laboratoire d’Innovation Financière (LIF-BCEAO) doit permettre aux acteurs du secteur de tester de nouvelles solutions dans des conditions réelles, mais limitées dans leur périmètre et leur durée.

 

Le dispositif répond à une difficulté bien connue des autorités de régulation : les innovations technologiques évoluent parfois plus vite que les cadres réglementaires conçus pour les activités financières traditionnelles. Sans espace d’expérimentation, les règles peuvent freiner des solutions utiles ou, à l’inverse, laisser apparaître sur le marché des services dont les risques n’ont pas été suffisamment évalués. Le laboratoire doit permettre à la BCEAO d’observer ces innovations avant d’envisager, si nécessaire, une adaptation de son approche réglementaire.

 

Paiements, crédit, épargne : les activités ciblées

 

Pour sa phase initiale, le laboratoire couvre plusieurs segments des services financiers. Les projets peuvent notamment porter sur les paiements, l’initiation de paiement, l’agrégation de comptes, le financement participatif, les tontines en ligne, le crédit numérique, l’épargne digitale ou encore l’utilisation de la biométrie pour vérifier l’identité des clients.

 

Les innovations liées à l’émission et à la distribution de monnaie électronique figurent également parmi les domaines visés. Cette première liste pourra évoluer, la BCEAO se réservant la possibilité d’ouvrir ultérieurement le dispositif à d’autres activités. Les projets portant sur les crypto-actifs sont toutefois exclus de l’appel relatif à cette première cohorte.

 

Le laboratoire est ouvert aux banques, établissements de crédit, institutions de microfinance, établissements de monnaie électronique et établissements de paiement agréés. Les startups et autres entreprises de technologie financière peuvent également présenter un projet, seules ou en partenariat avec un établissement financier agréé, selon les modalités prévues par le dispositif.

 

L’accès n’est cependant pas automatique. La BCEAO évaluera notamment le caractère innovant de la solution, son utilité, son impact potentiel, son niveau de maturité, la gouvernance du projet et la qualité du protocole de test. Les candidats devront donc présenter davantage qu’une idée : ils devront démontrer que leur solution est suffisamment développée pour être expérimentée et que les risques associés ont été identifiés.

 

Des tests encadrés, pas une autorisation commerciale

 

Le laboratoire repose sur une expérimentation temporaire et encadrée. Selon le guide du candidat, les tests durent normalement de trois à six mois. Une prolongation peut être accordée, sur justification, jusqu’à deux ans lorsque les premiers résultats sont positifs, mais qu’un délai supplémentaire est nécessaire.

 

Les candidats devront définir leurs objectifs, les scénarios d’expérimentation, les indicateurs de performance, le nombre de clients concernés, les limites d’exposition et les modalités de suivi. Ils devront également prévoir une stratégie de sortie et expliquer comment le projet pourrait évoluer après son passage au laboratoire.

 

La protection des utilisateurs reste une exigence centrale. Les participants devront informer les clients du caractère expérimental du service, leur expliquer les risques et recueillir leur consentement. Ils devront aussi prévoir un mécanisme de compensation en cas de préjudice avéré. Les obligations relatives à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, à la confidentialité des données, à la cybersécurité et à la protection des consommateurs demeurent applicables.

 

Surtout, une expérimentation réussie ne vaut ni agrément ni autorisation d’exercer. La BCEAO peut délivrer une attestation de participation, mais les acteurs qui ne disposent pas des autorisations nécessaires devront les obtenir avant de commercialiser leur solution. Le passage au laboratoire ne garantit donc pas qu’un projet pourra être déployé à grande échelle.

 

Une sélection fondée sur la solidité des projets

 

La constitution du dossier représente un autre enjeu pour les candidats. Outre la présentation détaillée de la solution et des responsables du projet, la BCEAO demande notamment un plan de test, une analyse des risques, des indicateurs de performance, un dispositif de continuité d’activité et une stratégie de sortie. Les candidats doivent aussi préciser leurs ressources financières, les éventuelles règles auxquelles ils demandent un aménagement et les mécanismes prévus pour protéger les clients.

 

La grille d’évaluation accorde 30 points à l’innovation et à l’utilité de la solution, 30 autres à son impact potentiel, 20 à sa maturité, 10 à la gouvernance et 10 au plan de test. La pertinence économique du projet ne suffira donc pas : sa faisabilité et la capacité de ses promoteurs à en maîtriser les risques pèseront également dans la sélection.

Pour cette première cohorte, les candidatures doivent être transmises par courrier électronique à l’adresse indiquée par la BCEAO, courrier.zlif@bceao.int, au plus tard le 30 novembre 2026. La Banque centrale prévoit un examen de l’éligibilité dans un délai de 90 jours à compter de la réception du dossier, avec la possibilité de demander des informations complémentaires ou d’organiser un entretien avec le porteur du projet.

 

Au-delà de la sélection des premières entreprises, l’enjeu sera de voir si ce cadre permet de faire émerger des services financiers réellement utiles aux populations et aux entreprises de l’UEMOA. Le laboratoire donnera aussi à la BCEAO l’occasion d’observer les modèles technologiques et économiques qui se développent dans la région, avant de déterminer dans quelle mesure ils peuvent s’inscrire durablement dans le cadre réglementaire.