Le Kenya vient d’annoncer un accord commercial préliminaire avec la Chine qui pourrait, sur le papier, changer la donne. Selon le ministère kényan du Commerce, près de 98% des produits kenyans bénéficieront d’un accès au marché chinois en franchise de droits de douane. Une ouverture majeure, mais qui intervient dans une relation commerciale profondément déséquilibrée.
Car avant cet accord, les échanges entre Nairobi et
Pékin étaient déjà considérables, mais à l’avantage presque exclusif de la
Chine. En 2024, le Kenya a importé pour environ 4,3 milliards de dollars de
biens chinois, contre moins de 200 millions de dollars d’exportations vers la
Chine, d’après les données de Trading Economics issues des statistiques
officielles. Un rapport de force brutal : pour chaque dollar exporté, le Kenya
en importait près de vingt.
Ce déséquilibre n’est pas conjoncturel. Il est
structurel. Le Kenya importe principalement de Chine des biens manufacturés à
forte valeur ajoutée — équipements industriels, produits électroniques,
matériaux de construction — tandis que ses exportations vers le marché chinois
restent concentrées sur des produits agricoles et des matières premières. Ces
dernières sont souvent pénalisées par des barrières tarifaires, mais aussi par
des contraintes sanitaires, logistiques et normatives.
L’accord annoncé s’appuie sur un mécanisme dit d’«
Early Harvest Arrangement », couramment utilisé par la Chine pour amorcer des
accords commerciaux plus larges. Selon le ministère kényan du Commerce, 98,2%
des lignes tarifaires concernées seraient couvertes par l’exemption de droits.
En théorie, des produits comme le thé, le café, l’avocat ou certaines
marchandises transformées pourraient ainsi accéder plus facilement au marché
chinois.
Pour Nairobi, l’objectif est clair : stimuler les
exportations, soutenir les revenus agricoles et réduire une dépendance
excessive aux importations chinoises. L’agence Reuters rapporte que les
autorités kényanes considèrent cet accord comme un levier pour corriger un
déséquilibre commercial jugé insoutenable à long terme.
Mais l’accord reste préliminaire, et ses limites sont
réelles. Il ne règle pas encore des questions essentielles telles que les
règles d’origine, les normes sanitaires ou les volumes que le marché chinois
est réellement prêt à absorber. L’accès préférentiel ne garantit pas
automatiquement des débouchés commerciaux si les producteurs kényans ne peuvent
pas répondre aux exigences de qualité, de quantité et de régularité.
En clair, le texte ouvre une porte, sans assurer que
l’économie kényane soit prête à la franchir. Le véritable enjeu se situe
désormais ailleurs : dans la capacité du pays à structurer ses filières, à
renforcer la transformation locale et à bâtir une offre exportable compétitive.
Pour la Chine, l’accord s’inscrit dans une stratégie
plus large. Pékin consolide son influence économique en Afrique tout en
répondant aux critiques sur les déséquilibres commerciaux avec le continent.
Pour le Kenya, il s’agit d’une tentative assumée de reprendre la main dans une
relation longtemps dominée par les importations.
Cet accord n’est donc pas une révolution commerciale.
Il est une opportunité. Et comme souvent en économie, la différence entre
promesse et transformation dépendra moins du texte signé que de la capacité à
en faire un outil de développement réel.
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