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  • 15/01/2026

Kenya–Chine : Un accord commercial pour corriger vingt ans de déséquilibre

Le Kenya vient d’annoncer un accord commercial préliminaire avec la Chine qui pourrait, sur le papier, changer la donne. Selon le ministère kényan du Commerce, près de 98% des produits kenyans bénéficieront d’un accès au marché chinois en franchise de droits de douane. Une ouverture majeure, mais qui intervient dans une relation commerciale profondément déséquilibrée.

 

Car avant cet accord, les échanges entre Nairobi et Pékin étaient déjà considérables, mais à l’avantage presque exclusif de la Chine. En 2024, le Kenya a importé pour environ 4,3 milliards de dollars de biens chinois, contre moins de 200 millions de dollars d’exportations vers la Chine, d’après les données de Trading Economics issues des statistiques officielles. Un rapport de force brutal : pour chaque dollar exporté, le Kenya en importait près de vingt.

 

Ce déséquilibre n’est pas conjoncturel. Il est structurel. Le Kenya importe principalement de Chine des biens manufacturés à forte valeur ajoutée — équipements industriels, produits électroniques, matériaux de construction — tandis que ses exportations vers le marché chinois restent concentrées sur des produits agricoles et des matières premières. Ces dernières sont souvent pénalisées par des barrières tarifaires, mais aussi par des contraintes sanitaires, logistiques et normatives.

 

L’accord annoncé s’appuie sur un mécanisme dit d’« Early Harvest Arrangement », couramment utilisé par la Chine pour amorcer des accords commerciaux plus larges. Selon le ministère kényan du Commerce, 98,2% des lignes tarifaires concernées seraient couvertes par l’exemption de droits. En théorie, des produits comme le thé, le café, l’avocat ou certaines marchandises transformées pourraient ainsi accéder plus facilement au marché chinois.

 

Pour Nairobi, l’objectif est clair : stimuler les exportations, soutenir les revenus agricoles et réduire une dépendance excessive aux importations chinoises. L’agence Reuters rapporte que les autorités kényanes considèrent cet accord comme un levier pour corriger un déséquilibre commercial jugé insoutenable à long terme.

 

Mais l’accord reste préliminaire, et ses limites sont réelles. Il ne règle pas encore des questions essentielles telles que les règles d’origine, les normes sanitaires ou les volumes que le marché chinois est réellement prêt à absorber. L’accès préférentiel ne garantit pas automatiquement des débouchés commerciaux si les producteurs kényans ne peuvent pas répondre aux exigences de qualité, de quantité et de régularité.

 

En clair, le texte ouvre une porte, sans assurer que l’économie kényane soit prête à la franchir. Le véritable enjeu se situe désormais ailleurs : dans la capacité du pays à structurer ses filières, à renforcer la transformation locale et à bâtir une offre exportable compétitive.

 

Pour la Chine, l’accord s’inscrit dans une stratégie plus large. Pékin consolide son influence économique en Afrique tout en répondant aux critiques sur les déséquilibres commerciaux avec le continent. Pour le Kenya, il s’agit d’une tentative assumée de reprendre la main dans une relation longtemps dominée par les importations.

 

Cet accord n’est donc pas une révolution commerciale. Il est une opportunité. Et comme souvent en économie, la différence entre promesse et transformation dépendra moins du texte signé que de la capacité à en faire un outil de développement réel.