Il aura fallu près de vingt-sept ans de silence avant que le champ offshore de Sèmè ne refasse parler de lui. Fin janvier 2026, le Bénin devrait officiellement renouer avec la production pétrolière, refermant ainsi une parenthèse ouverte à la fin des années 1990. Un retour discret, mais lourd de sens pour l’économie nationale.
À la manœuvre, Akrake Petroleum, opérateur chargé de
redonner vie à un actif longtemps considéré comme marginal. Le projet prévoit
une production initiale d’environ 15 000 barils par jour. Un volume qui ne
bouleversera pas l’équilibre du marché mondial, mais qui suffit à replacer le
Bénin sur la carte des pays producteurs, après des décennies d’absence.
Le redémarrage de Sèmè repose sur une approche
technique plus fine que par le passé. Le forage du puits horizontal AK-2H
constitue la pièce maîtresse du dispositif. Autour de lui, des infrastructures
offshore modernisées ont été mobilisées, notamment une unité mobile de
production et une unité flottante de stockage, pensées pour une exploitation
progressive et maîtrisée.
Dans les années 1990, Sèmè avait été victime d’un
contexte défavorable : chute des cours du brut, contraintes technologiques,
rentabilité incertaine. Aujourd’hui, l’équation est différente. Les
technologies ont évolué, les modèles économiques aussi. Le projet ne vise pas
la course aux volumes, mais une exploitation ciblée, rentable et compatible
avec les standards actuels de l’industrie.
Sur le plan économique, la relance du champ de Sèmè
ouvre une fenêtre d’opportunité. Les recettes attendues restent modestes à
l’échelle des grands producteurs africains, mais elles peuvent renforcer les
finances publiques, améliorer la balance des paiements et soutenir les
investissements dans des secteurs clés. À condition, bien sûr, que la
gouvernance suive.
Car au-delà des barils, c’est la crédibilité du Bénin
dans le secteur extractif qui est en jeu. La capacité à gérer un projet
pétrolier sans emballement, à sécuriser les revenus et à éviter les travers
bien connus de la rente reste un test grandeur nature.
Avec Sèmè, le Bénin ne change pas de modèle
économique. Il ajuste sa trajectoire. Le pays ne parie pas tout sur le pétrole,
mais il refuse désormais de laisser dormir un actif stratégique. Une approche
prudente, presque sage, dans un contexte africain où les ressources naturelles
ont trop souvent été synonymes de promesses déçues.
Le retour du pétrole béninois ne fait pas de bruit. Et
c’est peut-être là sa principale force.
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