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  • 20/07/2026

Logement dans l'UEMOA : La BOAD veut faire des banques le moteur du financement de l'habitat

Avec un déficit estimé à 3,5 millions de logements et une urbanisation qui s'accélère, l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) fait face à un défi majeur : comment financer durablement l'accès au logement ? Réunis à Lomé lors des BOAD Development Days 2026, les décideurs publics et privés ont placé les banques au cœur de la réponse. Dans sa nouvelle Feuille de route, la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) appelle le secteur bancaire à renforcer son rôle dans le financement de l'habitat, grâce à de nouveaux instruments financiers, des mécanismes de refinancement et une meilleure gestion des risques.

 

Pour la BOAD, le logement ne doit plus être considéré comme une simple politique sociale. L'institution estime qu'il constitue une véritable infrastructure économique, capable de stimuler la croissance, de créer des emplois locaux et de renforcer la cohésion sociale. C'est pourquoi elle souhaite mobiliser davantage les banques afin qu'elles puissent financer un plus grand nombre de projets immobiliers.

 

L'un des principaux obstacles reste toutefois le manque de ressources longues. Les banques de l'UEMOA collectent majoritairement des dépôts à court terme, alors que les crédits immobiliers s'étalent souvent sur quinze à vingt-cinq ans. Ce décalage limite leur capacité à développer le financement de l'habitat.

 

Pour lever cette contrainte, la feuille de route préconise de développer des mécanismes de refinancement, de renforcer le recours aux marchés obligataires et d'élargir l'accès aux financements climatiques. Elle recommande également le recours à des instruments comme la titrisation des créances hypothécaires, les obligations vertes ou sociales et les mécanismes régionaux de garantie afin de réduire le risque supporté par les établissements prêteurs.

 

La BOAD invite aussi les banques à élargir leur clientèle. Dans l'UEMOA, plus de 90% de la population active évolue dans le secteur informel, où les revenus sont souvent irréguliers. Le document recommande donc le développement de solutions de financement adaptées, inspirées notamment des mécanismes traditionnels de tontines et de plans d'épargne-logement, afin de permettre à davantage de ménages d'accéder progressivement au crédit immobilier.

 

Autre priorité : réduire les risques qui freinent encore les financements immobiliers. La feuille de route encourage une meilleure sécurisation du foncier, la simplification des procédures administratives et la prise en compte des infrastructures essentielles — eau, électricité, assainissement et voirie — comme critères de bancabilité des projets immobiliers.

 

Le document invite également les régulateurs à réfléchir à une adaptation du cadre prudentiel bancaire afin de mieux tenir compte des spécificités des crédits immobiliers de très long terme, pouvant aller jusqu'à vingt-cinq ans. Une telle évolution permettrait de faciliter le développement du crédit habitat sans compromettre la stabilité du système financier.

 

La BOAD n'oublie pas le secteur de l'assurance. Elle recommande de généraliser progressivement l'assurance habitation et encourage les banques à proposer systématiquement des produits d'assurance associés aux crédits immobiliers. Cette approche vise à mieux protéger les ménages, mais aussi à sécuriser les portefeuilles de prêts des établissements financiers.

 

« La BOAD et les partenaires [s'engagent] à mobiliser les financements, les mécanismes de garantie, l'assistance technique et les solutions innovantes nécessaires à l'accélération de la transition urbaine et énergétique dans l'Union », souligne la Feuille de route de Lomé.

 

Au-delà des recommandations, le message est clair : la réduction du déficit de logements dans l'UEMOA ne reposera pas uniquement sur les États. Les banques sont appelées à devenir les principaux catalyseurs du financement de l'habitat, en s'appuyant sur des ressources de long terme, des outils de partage des risques et des produits financiers plus inclusifs. Si ces orientations se traduisent par des réformes concrètes, elles pourraient ouvrir une nouvelle phase de développement du crédit immobilier dans l'Union.