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  • 04/09/2026

Ghana : Après le choc de la désinflation, le crédit devient le nouveau test de la reprise

La Banque mondiale dresse un bilan très favorable de la stabilisation de l’économie ghanéenne. Inflation, taux d’intérêt, réserves, change et solidité bancaire se sont nettement améliorés. Mais pour Accra et la Bank of Ghana, le véritable défi commence maintenant : transformer cette stabilité macroéconomique en crédit, en investissement et en emplois.

 

Le Ghana tourne progressivement la page de sa crise macroéconomique. Mais il n’est pas encore arrivé au bout du chemin.

 

Dans sa 10e Ghana Economic Update, publiée en août 2026, la Banque mondiale estime que le pays a accompli des progrès importants dans le rétablissement de la stabilité macroéconomique. Intitulé Reset for Growth: Sustaining Macroeconomic Recovery and Unlocking Transport for Transformation, le rapport appelle toutefois à consolider ces acquis et à les convertir en croissance plus inclusive et en emplois de qualité.

 

C’est précisément le message repris par le gouverneur de la Bank of Ghana, qui voit dans les chiffres récents la confirmation que l’amélioration des fondamentaux commence à se transmettre à l’économie réelle.

 

Une désinflation parmi les plus spectaculaires de l’histoire récente

 

Le chiffre qui résume le mieux le retournement est celui de l’inflation.

 

Après avoir culminé à 23,2% en février 2025, l’inflation est tombée à 5,4% en décembre 2025. Pour la Banque mondiale, il s’agit d’une désinflation particulièrement spectaculaire dans l’histoire économique récente du Ghana.

 

Cette évolution n’est pas le fruit d’un seul facteur. Le rapport met en avant la combinaison d'une politique monétaire restrictive, de l’appréciation du cedi et de l’atténuation des pressions sur les prix alimentaires.

 

La stabilisation de la monnaie a joué un rôle déterminant. Le cedi s’est apprécié de 40,7 % en 2025, contribuant à réduire le coût des importations et à renforcer la confiance dans la monnaie.

 

Pour la banque centrale, cette amélioration des anticipations inflationnistes a ensuite créé l’espace nécessaire pour commencer à desserrer l’étau monétaire.

 

De 28% à 14% : la baisse des taux change la donne

 

La séquence monétaire est spectaculaire.

 

Le taux directeur, qui atteignait 28% en avril 2025, a été progressivement ramené à 14% en mars 2026.

 

Mais le chiffre le plus intéressant pour les entreprises et les ménages est ailleurs : le taux moyen des prêts bancaires est passé d'environ 27% en juin 2025 à 15,6% en juin 2026.

 

Autrement dit, la baisse du taux directeur commence à se transmettre au coût du financement bancaire.

 

C’est un point crucial. Pendant une crise macroéconomique, une banque centrale peut réduire ses taux sans que les entreprises ne ressentent immédiatement l’effet dans leurs comptes. Lorsque le crédit recommence à circuler, en revanche, la politique monétaire cesse d’être uniquement une histoire de taux et devient un facteur de reprise économique.

 

Le gouverneur souligne justement que cette transmission « increasingly » bénéficie désormais aux ménages et aux entreprises.

 

Le crédit privé revient dans le jeu

 

Le signal le plus fort est peut-être celui du crédit.

 

En termes réels, le crédit au secteur privé progressait de 34,1% sur un an en juin 2026, alors qu’il reculait encore de 4,5% un an auparavant.

 

Le changement est donc radical.

 

Après avoir subi l’effet combiné de l’inflation, des taux élevés et des tensions sur le système financier, le secteur privé retrouve progressivement des conditions de financement plus favorables.

 

Pour les banques, cette reprise du crédit constitue également un test.

 

Elles doivent désormais accompagner la reprise sans reproduire les excès qui avaient contribué à la détérioration de leurs portefeuilles. La bonne nouvelle est que la qualité des actifs bancaires s’améliore parallèlement.

 

Les banques sortent progressivement de la zone de turbulence

 

À fin juin 2026, les actifs du secteur bancaire ghanéen atteignaient 502,4 milliards de cedis, soit une progression de 30,7% sur un an.

 

Dans le même temps, le ratio de solvabilité atteignait 20,4%, très au-dessus du minimum réglementaire de 13%.

 

Plus significatif encore : le ratio de créances douteuses est passé de 23,1% en juin 2025 à 16,1% en juin 2026.

 

Le problème n’a donc pas disparu, mais la tendance est clairement favorable.

 

La Banque mondiale décrit d'ailleurs le secteur financier comme plus résilient, grâce notamment au renforcement de la supervision et à l’amélioration de la qualité des actifs.

 

Pour le secteur bancaire, la prochaine étape sera donc de transformer cette solidité retrouvée en financement durable de l’économie productive.

 

Des réserves internationales qui renforcent le pare-chocs extérieur

 

Autre évolution majeure : les réserves internationales.

 

Elles atteignaient 13,8 milliards de dollars fin 2025, représentant environ 5,7 mois d’importations.

 

La Banque mondiale considère par ailleurs comme prudente la décision de la Bank of Ghana de rééquilibrer une partie de ses avoirs en or vers des actifs en devises générant des intérêts.

 

Cette stratégie répond à une logique simple : conserver un important coussin de réserves tout en cherchant à améliorer son rendement.

 

Le Ghana dispose ainsi d’un amortisseur extérieur beaucoup plus confortable qu’au plus fort de sa crise.

 

Mais le plus difficile commence maintenant

 

C’est là que le rapport de la Banque mondiale devient particulièrement intéressant.

 

La stabilisation macroéconomique est une condition nécessaire de la reprise. Elle n’est pas une fin en soi.

 

La Banque mondiale prévient que la croissance doit désormais produire davantage d’emplois et améliorer concrètement les conditions de vie. Elle recommande notamment de maintenir la discipline budgétaire, d’améliorer la mobilisation des recettes et de poursuivre les réformes structurelles.

 

Le risque serait donc de considérer la baisse de l’inflation et des taux comme l’aboutissement de la crise.

 

Ce n’est que le début de la deuxième phase.

 

Le Ghana doit désormais faire fonctionner la mécanique complète :

stabilité des prix → baisse des taux → crédit moins cher → investissement privé → création d’emplois → croissance durable.

 

Les premiers maillons sont déjà visibles. Les derniers restent à démontrer.

 

Le transport, prochain verrou de la croissance

 

C’est précisément pour cette raison que la Banque mondiale consacre une partie importante de son rapport au transport.

 

Le diagnostic est sans ambiguïté : les déficiences des infrastructures et de la logistique renchérissent les coûts, limitent la connexion entre les marchés et pénalisent la compétitivité des entreprises.

 

La Banque mondiale appelle notamment à améliorer l’entretien routier, développer le fret ferroviaire, renforcer la sécurité routière, améliorer la résilience climatique et accélérer la digitalisation de la logistique.

 

Le sujet dépasse donc largement celui des routes.

 

Pour une entreprise ghanéenne, disposer d’un crédit moins cher ne suffit pas si acheminer ses marchandises coûte toujours trop cher. Pour un agriculteur, accéder au financement ne suffit pas si sa production reste difficile à transporter vers les marchés. Pour un industriel, la baisse des taux ne règle pas à elle seule les problèmes de logistique.

 

La politique monétaire peut créer les conditions de la reprise. Les infrastructures doivent permettre à cette reprise de circuler.

 

Le pari de la Bank of Ghana

 

Le gouverneur veut donc désormais protéger les gains obtenus plutôt que de les considérer comme acquis.

 

Son message est particulièrement révélateur : la priorité reste la stabilité des prix et du système financier, mais l'objectif ultime est que l'amélioration de l'environnement macroéconomique bénéficie davantage aux entreprises, aux ménages et à l'investissement.

 

C’est une inflexion importante.

 

Le Ghana est passé de la lutte contre l’urgence — inflation, pression sur le cedi, dette et fragilité financière — à une question beaucoup plus classique de politique économique : comment transformer la stabilisation en croissance durable ?

 

La réponse se jouera en grande partie dans les banques.

 

Avec des taux de crédit en forte baisse, un crédit privé réel en nette reprise et des bilans bancaires qui se renforcent, le système financier dispose désormais de davantage de marge pour financer l’économie.

 

Mais cette nouvelle phase comporte aussi un impératif : éviter que la reprise du crédit ne se transforme en nouvelle accumulation de risques.

 

Le Ghana a déjà payé très cher les déséquilibres macroéconomiques de ces dernières années.

 

Cette fois, Accra veut que la stabilité soit non seulement retrouvée, mais durable, productive et créatrice d’emplois.

 

La Banque mondiale a donné le diagnostic. La Bank of Ghana défend sa stratégie. Le prochain verdict viendra désormais de l’économie réelle.