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  • 04/09/2026

Zimbabwe : La banque centrale lance un placement en ZiG à 8% pour reprendre la main sur les liquidités

La Reserve Bank of Zimbabwe (RBZ) franchit une nouvelle étape dans la consolidation du Zimbabwe Gold (ZiG). Elle propose aux entreprises, particuliers et institutions financières de placer leurs liquidités auprès de la banque centrale pendant 30 jours, avec un taux d’intérêt annualisé de 8%. Derrière ce produit financier se joue surtout une bataille monétaire : renforcer l’attractivité du ZiG et mieux contrôler les liquidités en circulation.

 

La banque centrale du Zimbabwe veut donner davantage de profondeur à sa nouvelle monnaie. La Reserve Bank of Zimbabwe vient ainsi de lancer les ZiG Denominated Term Deposit Facility Bills (ZiGTDDF), un instrument de marché monétaire entièrement libellé en Zimbabwe Gold (ZiG).

 

L’offre porte sur des placements d’une durée de 30 jours, rémunérés à un taux de 8% par an. Les souscriptions, ouvertes depuis le 3 septembre, doivent se poursuivre jusqu’au 9 septembre 2026, avant un règlement et une émission prévus le même jour.

 

L’opération est ouverte à un éventail inhabituellement large d’acteurs. La RBZ cible les entreprises, les particuliers, les banques, les institutions de microfinance collectrices de dépôts, ainsi que les fonds d’assurance et de pension.

 

L’objectif dépasse donc largement la création d’un simple produit d’épargne.

 

Transformer le ZiG en véritable actif financier

 

Introduit en 2024, le ZiG reste au cœur de la stratégie de stabilisation monétaire du Zimbabwe. Pour la RBZ, l’enjeu est désormais de faire en sorte que cette monnaie ne soit pas seulement utilisée pour les transactions, mais qu’elle puisse également servir de support à une gamme suffisamment large d’actifs financiers.

 

Les ZiGTDDF s’inscrivent précisément dans cette logique.

 

La banque centrale les présente comme un instrument de ses opérations d’open market, ou opérations d’open market operations (OMO). Le principe est classique : en proposant aux acteurs économiques de placer leurs liquidités auprès d’elle, la banque centrale peut temporairement absorber une partie de la monnaie disponible dans le système financier.

 

Le dispositif devient ainsi un outil de gestion de la liquidité, mais également un mécanisme destiné à soutenir la demande pour le ZiG.

 

« Un instrument moderne de marché monétaire offrant des rendements réels positifs », souligne la RBZ dans son document de présentation.

 

Un rendement de 8%, mais seulement sur 30 jours

 

Le taux affiché de 8% peut sembler particulièrement attractif à première vue. Il faut toutefois rappeler qu’il s’agit d'un taux annualisé.

 

Sur un placement de 30 jours, le rendement brut est donc d’environ 0,66%.

 

Pour un investisseur plaçant 1 million ZiG, cela représente approximativement 6 667 ZiG d’intérêts bruts à l’échéance, avant d’éventuels frais ou prélèvements.

 

Le ticket d’entrée varie selon le profil de l’investisseur. Il est fixé à 10 millions pour les institutions financières ZiG, 500 000 ZiG pour les entreprises et 1 million ZiG pour les particuliers.

 

Cette architecture montre que la RBZ cherche surtout à mobiliser des volumes significatifs de liquidités, tout en permettant à plusieurs catégories d’agents économiques d’accéder au marché.

 

Une arme supplémentaire contre la dollarisation

 

L’enjeu le plus stratégique se trouve probablement ailleurs.

 

Le Zimbabwe demeure une économie fortement marquée par l’utilisation des devises étrangères. Dans ce contexte, convaincre les agents économiques de conserver leur épargne en monnaie locale constitue un défi majeur pour toute banque centrale.

 

La RBZ tente donc de créer une alternative : plutôt que de convertir immédiatement leurs ZiG en devises ou de conserver des liquidités improductives, les détenteurs peuvent désormais les placer auprès de la banque centrale et obtenir un rendement.

 

C’est une mécanique simple, mais politiquement et monétairement importante.

 

Plus les acteurs acceptent de détenir des actifs rémunérés en ZiG, plus la monnaie peut progressivement s’ancrer dans le système financier domestique.

 

La RBZ indique d’ailleurs que le nouvel instrument doit contribuer à « renforcer la confiance dans les actifs financiers libellés en ZiG ».

 

Un instrument qui peut également servir de garantie

 

Le produit présente une autre caractéristique intéressante pour le développement du marché financier.

 

Les ZiGTDDF peuvent être négociés et utilisés comme actifs admissibles en garantie pour certains financements.

 

Autrement dit, la RBZ ne cherche pas uniquement à retirer des liquidités du système. Elle veut également créer un actif financier pouvant circuler entre les acteurs du marché et participer aux mécanismes de financement.

 

Cette dimension est importante pour le développement du marché monétaire zimbabwéen. Une monnaie gagne en crédibilité lorsqu'elle s'accompagne d'un écosystème d'instruments permettant d'épargner, d'investir, d'emprunter et de gérer la liquidité.

 

La prochaine bataille sera celle de la confiance

 

Le lancement des ZiGTDDF constitue donc un test intéressant pour la nouvelle architecture monétaire du Zimbabwe.

 

Sur le papier, la proposition est claire : une maturité courte, un rendement déterminé, un instrument émis par la banque centrale et un remboursement à l’échéance.

 

Mais son succès dépendra surtout de la confiance des investisseurs dans le ZiG lui-même.

 

Car offrir 8% d’intérêt n’est réellement attractif que si la valeur de la monnaie reste suffisamment stable. La RBZ le sait parfaitement. C’est pourquoi le document rattache explicitement le produit à la stratégie de stabilité du ZiG et à la gestion de la liquidité.

 

Le message envoyé au marché est donc double : la banque centrale veut rémunérer la détention de ZiG, mais elle veut aussi disposer d’un nouvel outil pour contrôler la quantité de liquidités en circulation.

 

À terme, cette initiative pourrait contribuer à faire émerger un véritable marché monétaire en ZiG, condition essentielle pour que la monnaie zimbabwéenne cesse d’être seulement un instrument de paiement et devienne progressivement une véritable unité d’épargne et d’investissement.

 

Pour la RBZ, le défi est désormais de transformer cette fenêtre de 30 jours en une confiance de long terme dans le ZiG.