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  • 03/03/2026

Macky Sall à l’ONU : Ambition africaine ou test géopolitique ?

La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général des Nations unies est désormais officielle.


Le dossier a été transmis à New York pour le mandat qui débutera en 2027. L’information est confirmée. Reste l’essentiel : cette ambition peut-elle franchir les verrous diplomatiques ?

 

Car à l’ONU, l’annonce ne fait pas l’élection.

 

Un poste stratégique dans un monde fracturé

 

Le Secrétaire général n’est pas un simple gestionnaire.
Il dirige l’administration onusienne. Il incarne la voix morale de l’organisation. Il intervient dans les crises internationales.

 

L’actuel titulaire, António Guterres, déclarait à l’ouverture de l’Assemblée générale en 2022 :

« Notre monde traverse de graves turbulences. Les divisions s’aggravent, les inégalités s’élargissent, les défis se multiplient. »

 

Le message était clair. L’environnement international est instable. Guerre en Ukraine. Rivalité sino-américaine. Crises climatiques. Endettement massif des pays du Sud.

 

Le prochain Secrétaire général sera choisi en fonction de ce contexte. Pas seulement en fonction d’un équilibre régional.

 

Le véritable filtre : le Conseil de sécurité

 

La procédure est connue mais souvent mal comprise.

 

Tout commence au Conseil de sécurité des Nations unies. Quinze membres votent. Mais cinq disposent d’un droit de veto : États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni.

 

Un seul veto suffit à bloquer une candidature.

 

Une fois un nom retenu, il est transmis à l’Assemblée générale des Nations unies, qui l’approuve formellement.

 

Dans les faits, l’élection se joue donc dans un cercle restreint, à huis clos. C’est un jeu d’équilibres géopolitiques.

 

L’argument africain

 

L’Afrique n’a connu qu’un seul Secrétaire général :
Kofi Annan, de 1997 à 2006.

 

Depuis, le poste est revenu à l’Asie puis à l’Europe. Officiellement, aucune règle écrite ne prévoit une rotation régionale. Mais une pratique diplomatique s’est installée au fil du temps.

 

De nombreux États africains estiment donc que 2027 devrait revenir au continent.

 

L’argument est démographique et politique. L’Afrique compte 54 États membres à l’ONU. Elle constitue un bloc de vote majeur à l’Assemblée générale.

 

Mais au Conseil de sécurité, aucun pays africain n’est membre permanent. La réalité du pouvoir est là.

 

Le profil et la variable géopolitique

 

Ancien président du Sénégal, Macky Sall dispose d’une expérience exécutive solide. Il a dirigé l’Union africaine en 2022 et participé aux grandes négociations internationales, notamment climatiques et financières.

 

Reste une question centrale : est-il acceptable pour les grandes puissances ?

 

Le Secrétaire général doit être perçu comme un arbitre. Pas comme le représentant d’un camp.

 

Lors de sa prise de fonctions en 2007, Ban Ki-moon affirmait :

« Je serai un bâtisseur de ponts. »

 

C’est précisément cela que recherchent les membres permanents : un profil capable de dialoguer avec Washington, Pékin et Moscou sans provoquer de blocage.

 

Une équation encore ouverte

 

La candidature existe. C’est un fait.

 

Mais le processus formel ne s’intensifiera réellement qu’en 2026. D’autres candidatures africaines pourraient émerger. L’unité du continent sera déterminante.

 

Si l’Afrique parle d’une seule voix et si aucun veto n’est opposé, la perspective devient crédible.

 

Dans le cas contraire, la candidature pourrait rester symbolique.

 

Au-delà d’un parcours individuel, cette bataille est un test diplomatique pour le continent.

 

L’enjeu dépasse un nom.

 

Il touche à la capacité de l’Afrique à transformer son poids démographique en influence stratégique.

 

À New York, en 2027, ce ne sera pas une question d’enthousiasme.

 

Ce sera une question d’équilibre mondial.