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  • 18/09/2026

Niger : Après le retrait militaire, Washington revient par l’uranium avec un investissement de 414 millions de dollars

Deux ans après le départ des troupes américaines du Niger, Washington revient dans le pays par un autre levier : les minerais stratégiques. La Development Finance Corporation (DFC) a approuvé une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars pour le projet d’uranium Dasa, porté par le canadien Global Atomic. Une opération qui replace les ressources nigériennes au cœur des intérêts économiques et stratégiques américains.

 

Le symbole est difficile à manquer. En 2024, les États-Unis quittaient leurs bases militaires au Niger après la rupture entre Washington et les autorités issues du coup d’État de juillet 2023. En septembre 2026, ils réapparaissent dans le pays avec plusieurs centaines de millions de dollars destinés cette fois à financer une mine d’uranium. Le changement de registre est radical, mais l'enjeu stratégique reste bien présent.

 

Le conseil d’administration de la DFC, l’institution américaine chargée de financer des projets privés à l’étranger, a approuvé une facilité de dette pouvant atteindre 414,2 millions de dollars au bénéfice du projet Dasa, développé par la société canadienne Global Atomic. L’annonce a été confirmée par l’entreprise le 16 septembre.

 

Il faut toutefois éviter de parler d’un décaissement immédiat. Le financement reste conditionné à plusieurs étapes, notamment la définition d’une route viable pour exporter l’uranium produit à Dasa, la prolongation de la convention minière et du permis d’exploitation, ainsi que l’obtention de garanties permettant le remboursement des prêts depuis le Niger. Les documents définitifs avec la DFC doivent également être finalisés.

 

Dasa, le pari américain sur l’uranium nigérien

 

Au centre de l’opération se trouve Dasa, un projet situé dans le nord-ouest du Niger. Global Atomic en détient 80%, tandis que l’État nigérien possède les 20% restants. Selon l’étude de faisabilité de l’entreprise, le projet doit produire environ 68,1 millions de livres d’U₃O₈ sur un plan minier de 23 ans. La production commerciale est actuellement prévue pour le second semestre 2028.

 

La teneur du gisement explique en partie l’intérêt suscité par Dasa. Global Atomic présente le site comme le gisement d’uranium à plus forte teneur en Afrique, avec une réserve minérale affichant une teneur moyenne de 4 113 ppm, et 5 109 ppm au cours des douze premières années d’exploitation prévues.

 

Pour Washington, l’intérêt dépasse donc le seul rendement potentiel d’un projet minier. L’uranium est désormais considéré comme un minerai critique aux États-Unis, alors même que la sécurisation des approvisionnements en ressources stratégiques est devenue un sujet de plus en plus important pour les grandes puissances.

 

Le Niger conserve, dans ce contexte, une place particulière. Le pays était encore en 2024 le septième producteur mondial d’uranium, selon les données citées par Reuters, et dispose de réserves importantes. L’exploitation de cette ressource est toutefois entrée dans une période de profonde recomposition depuis la prise de pouvoir des militaires.

 

Washington change de porte d’entrée

 

Le financement de Dasa intervient dans un environnement diplomatique qui s’est considérablement transformé depuis 2023.

 

Après le coup d’État, les relations entre Niamey et ses partenaires occidentaux se sont fortement détériorées. Les autorités nigériennes ont notamment demandé le départ des forces américaines, qui ont achevé leur retrait en 2024. Le Niger s’est parallèlement rapproché de la Russie sur le plan sécuritaire.

 

L’opération Dasa montre cependant que la rupture politique n’empêche pas nécessairement la recherche de nouveaux points de contact économiques. Reuters rapporte que des responsables américains ont travaillé à la relance des relations avec Niamey autour de ce projet, dans un contexte où Washington cherche également à sécuriser l’accès à des ressources stratégiques.

 

Le fait que Global Atomic soit canadien ajoute une autre dimension au dossier. Le financement américain peut également offrir un point de convergence économique entre Washington et Ottawa alors que les relations commerciales entre les deux pays ont connu de fortes tensions.

 

Le vrai problème reste… la sortie du minerai

 

Pour autant, les 414,2 millions de dollars ne suffisent pas à transformer Dasa en opération sécurisée. Le principal casse-tête est logistique.

 

Le Niger est enclavé et l’uranium produit à Dasa devra parcourir une longue distance avant d’atteindre un port d’exportation. Or les relations entre Niamey et certains de ses voisins se sont détériorées depuis le coup d’État, tandis que l’insécurité dans la région complique davantage les corridors terrestres.

 

Global Atomic étudie ainsi d’autres itinéraires, dont une éventuelle route vers le nord, à travers l’Algérie et le Sahara. Une telle option modifierait sensiblement la géographie logistique du projet et pourrait réduire sa dépendance aux corridors traditionnels vers les ports de la côte ouest-africaine.

 

Cette question explique aussi pourquoi l'approbation de la DFC doit être interprétée comme une étape majeure, mais pas comme l'aboutissement du financement. La viabilité économique du projet dépendra autant de sa capacité à extraire l’uranium que de celle à l’acheminer hors du Niger.

 

Un nouvel épisode dans la bataille autour de l’uranium nigérien

 

L’affaire Dasa intervient enfin dans un secteur déjà marqué par un affrontement entre Niamey et le français Orano, qui a longtemps dominé l’industrie uranifère nigérienne. Le groupe français est engagé dans un différend avec les autorités nigériennes après avoir perdu le contrôle de certains actifs miniers.

 

L’arrivée de capitaux américains dans un nouveau projet ne signifie donc pas automatiquement que Washington prend la place de Paris. Mais elle illustre une transformation plus profonde : l’uranium nigérien n’est plus seulement un dossier entre Niamey et ses anciens partenaires européens. Il devient progressivement un actif au croisement des intérêts miniers, énergétiques et géopolitiques de plusieurs puissances.

 

Dasa pourrait ainsi devenir l’un des premiers grands tests de cette nouvelle configuration. Si Global Atomic parvient à réunir les conditions nécessaires au financement, à sécuriser son permis, à résoudre la question du corridor d’exportation et à lancer la production en 2028, le projet donnera à Washington un nouvel ancrage économique au Niger, deux ans seulement après la disparition de son ancrage militaire.

 

Le paradoxe est là : les États-Unis ont quitté le Niger par la porte militaire, mais pourraient y revenir par celle des minerais critiques.