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  • 18/09/2026

Pétrole ivoirien : Petrobras mise plus de 250 milliards FCFA sur huit blocs en eaux très profondes

La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’exploration pétrolière. L’État ivoirien et Petrobras ont signé, le 17 septembre 2026 à Abidjan, huit Contrats de Partage de Production (CPP) portant sur des blocs situés dans la partie ouest du bassin sédimentaire, avec un programme initial de plus de 250 milliards FCFA consacré notamment à la sismique et au forage en eaux très profondes.

 

Ce n’est pas seulement le nombre de contrats qui retient l’attention. Pour la première fois, un même opérateur signe huit CPP en une seule journée dans le bassin sédimentaire ivoirien. Surtout, l’accord fait entrer un acteur de premier plan de l’industrie pétrolière brésilienne dans une campagne d’exploration qui pourrait contribuer à mieux documenter le potentiel encore largement sous-exploré des eaux profondes ivoiriennes.

 

Un pari de plus de 250 milliards FCFA sur le sous-sol ivoirien

 

Selon le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, Petrobras prévoit dans un premier temps d’investir plus de 250 milliards FCFA pour acquérir des données sismiques de dernière génération et réaliser au moins huit forages en eaux très profondes.

 

L’enjeu est considérable : en exploration pétrolière, les données sismiques constituent l’une des principales clés permettant de mieux comprendre la structure géologique du sous-sol avant de décider où forer. Les forages, eux, permettront de confronter ces modèles géologiques à la réalité du terrain.

 

Autrement dit, Abidjan ne mise pas uniquement sur une éventuelle découverte immédiate. La Côte d’Ivoire investit aussi dans une meilleure connaissance de son potentiel pétrolier et gazier, dans une zone où les opérations sont techniquement plus complexes et plus capitalistiques.

 

C’est précisément ce qui donne à l’opération une portée supérieure à celle d’un simple accord commercial. Pour Petrobras, il s’agit d’engager son expertise et des capitaux sur plusieurs permis. Pour la Côte d’Ivoire, l’objectif est de transformer une partie encore largement prospective de son territoire offshore en actifs mieux documentés et, potentiellement, en nouvelles ressources exploitables.

 

Une répartition qui laisse 62,5% à la partie ivoirienne

 

Les huit CPP prévoient une répartition de la production de 62,5% pour la partie ivoirienne contre 37,5% pour Petrobras, selon les termes présentés par le gouvernement.

 

Le mécanisme répond à la logique même d’un Contrat de Partage de Production : l’investisseur prend en charge le risque et les dépenses d’exploration, tandis que l’État conserve une part de la production selon les modalités contractuelles convenues.

 

Pour Abidjan, l’équation consiste donc à attirer un opérateur capable de financer et de mener des opérations particulièrement coûteuses tout en préservant une participation importante dans la valeur susceptible d’être créée.

 

Cette structure intervient alors que la Côte d’Ivoire cherche à accroître l’attractivité de son domaine pétrolier. Le gouvernement présente d’ailleurs ces nouveaux contrats comme le résultat des réformes destinées à renforcer l’environnement d’investissement dans les hydrocarbures.

 

Le bassin sédimentaire ivoirien se rapproche des 100%

 

La signature avec Petrobras modifie également la carte de l’exploration pétrolière ivoirienne.

 

Selon le gouvernement, les huit nouveaux contrats portent désormais à 75% le taux d’occupation du bassin sédimentaire national, soit environ 63 000 km² couverts par des activités de production, d’évaluation et d’exploration.

 

L’objectif affiché par Abidjan est désormais de poursuivre progressivement cette couverture jusqu’à 100%.

 

Cette progression traduit une évolution importante de la stratégie ivoirienne. Après plusieurs années durant lesquelles l’exploitation pétrolière et gazière a été dominée par les actifs déjà connus, notamment dans l’offshore, le pays cherche désormais à multiplier les campagnes d’exploration afin d’élargir sa base de ressources.

 

La découverte puis la mise en production du gisement Baleine, opérée par Eni, a déjà changé l’échelle du secteur pétrolier ivoirien. L’arrivée de Petrobras sur huit nouveaux blocs vient prolonger cette dynamique, avec un horizon qui se situe davantage dans le moyen et le long terme.

 

Petrobras apporte surtout son expertise des eaux profondes

 

Pour Petrobras, le choix de la Côte d’Ivoire s’inscrit dans une stratégie où l’expérience acquise dans l’exploration offshore constitue un avantage majeur.

 

La compagnie brésilienne revendique plus de 70 ans d’expérience dans l’industrie pétrolière et une expertise particulièrement importante dans les environnements offshore et en eaux profondes. Sa présence en Côte d’Ivoire permettra donc de tester cette capacité sur plusieurs blocs simultanément.

 

La présidente-directrice générale de Petrobras, Sylvia Maria Couto Dos Anjos, a insisté sur la temporalité particulière de l’exploration. « L’exploration nécessite une vision à long terme », a-t-elle déclaré, en soulignant l’importance de développer les connaissances géologiques et d’identifier les opportunités futures.

 

Le message est important : les 250 milliards FCFA annoncés ne constituent pas une garantie de découvertes commerciales. Ils correspondent d’abord à un programme d’exploration comportant un risque géologique et financier. Les données sismiques et les forages devront déterminer si les structures identifiées présentent effectivement des accumulations d’hydrocarbures économiquement exploitables.

 

Au-delà du pétrole, le contrat porte aussi sur le contenu local

 

L’autre enjeu se situe dans les retombées économiques que la Côte d’Ivoire pourra tirer de cette nouvelle vague d’exploration.

 

Le ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Adama Coulibaly, a présenté le partenariat comme une opportunité de renforcer le contenu local, notamment à travers le transfert de compétences, les emplois qualifiés et le développement de la chaîne de valeur nationale des hydrocarbures.

 

C’est un point stratégique pour Abidjan. L’objectif n’est plus seulement d’attirer des capitaux étrangers pour rechercher et produire du pétrole et du gaz. Il s’agit également de faire en sorte qu’une partie de la valeur créée reste dans l’économie ivoirienne, à travers les entreprises locales, les compétences techniques, les services pétroliers et les infrastructures associées.

 

La présence d’un groupe de la dimension de Petrobras peut ainsi constituer un levier pour renforcer l’écosystème ivoirien des hydrocarbures, à condition que les engagements de contenu local se traduisent effectivement en contrats, en formation et en transfert de savoir-faire.

 

Une nouvelle phase pour l’ambition pétrolière ivoirienne

 

Avec ces huit CPP, la Côte d’Ivoire cherche clairement à changer d’échelle. Le pays ne se contente plus d’exploiter les découvertes déjà réalisées : il veut accélérer la recherche de nouvelles ressources et attirer des opérateurs capables de prendre des risques importants sur des zones techniquement complexes.

 

Le pari est donc double. Il est d’abord géologique, puisque les prochains forages devront confirmer le potentiel des huit blocs. Il est ensuite industriel et économique, car toute découverte significative devra encore franchir les étapes de l’évaluation, du développement et de la mise en production avant de générer des revenus.

 

Pour l’heure, le signal envoyé par Abidjan est néanmoins clair : le bassin sédimentaire ivoirien reste ouvert à l’exploration et la Côte d’Ivoire entend faire des eaux très profondes l’un des prochains terrains de croissance de son industrie pétrolière. Avec Petrobras, le pays vient d’ajouter à cette stratégie un partenaire disposant d’une expérience considérable dans ce type d’environnement.