La Côte d’Ivoire franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’exploration pétrolière. L’État ivoirien et Petrobras ont signé, le 17 septembre 2026 à Abidjan, huit Contrats de Partage de Production (CPP) portant sur des blocs situés dans la partie ouest du bassin sédimentaire, avec un programme initial de plus de 250 milliards FCFA consacré notamment à la sismique et au forage en eaux très profondes.
Ce n’est pas seulement le nombre de contrats qui
retient l’attention. Pour la première fois, un même opérateur signe huit CPP en
une seule journée dans le bassin sédimentaire ivoirien. Surtout, l’accord fait
entrer un acteur de premier plan de l’industrie pétrolière brésilienne dans une
campagne d’exploration qui pourrait contribuer à mieux documenter le potentiel
encore largement sous-exploré des eaux profondes ivoiriennes.
Un pari de plus de 250 milliards FCFA sur le
sous-sol ivoirien
Selon le ministre des Mines, du Pétrole et de
l’Énergie, Mamadou Sangafowa-Coulibaly, Petrobras prévoit dans un premier temps
d’investir plus de 250 milliards FCFA pour acquérir des données sismiques de
dernière génération et réaliser au moins huit forages en eaux très profondes.
L’enjeu est considérable : en exploration
pétrolière, les données sismiques constituent l’une des principales clés
permettant de mieux comprendre la structure géologique du sous-sol avant de
décider où forer. Les forages, eux, permettront de confronter ces modèles
géologiques à la réalité du terrain.
Autrement dit, Abidjan ne mise pas uniquement sur
une éventuelle découverte immédiate. La Côte d’Ivoire investit aussi dans une
meilleure connaissance de son potentiel pétrolier et gazier, dans une zone où
les opérations sont techniquement plus complexes et plus capitalistiques.
C’est précisément ce qui donne à l’opération une
portée supérieure à celle d’un simple accord commercial. Pour Petrobras, il
s’agit d’engager son expertise et des capitaux sur plusieurs permis. Pour la
Côte d’Ivoire, l’objectif est de transformer une partie encore largement
prospective de son territoire offshore en actifs mieux documentés et,
potentiellement, en nouvelles ressources exploitables.
Une répartition qui laisse 62,5% à la partie
ivoirienne
Les huit CPP prévoient une répartition de la
production de 62,5% pour la partie ivoirienne contre 37,5% pour Petrobras,
selon les termes présentés par le gouvernement.
Le mécanisme répond à la logique même d’un
Contrat de Partage de Production : l’investisseur prend en charge le risque et
les dépenses d’exploration, tandis que l’État conserve une part de la
production selon les modalités contractuelles convenues.
Pour Abidjan, l’équation consiste donc à attirer
un opérateur capable de financer et de mener des opérations particulièrement
coûteuses tout en préservant une participation importante dans la valeur
susceptible d’être créée.
Cette structure intervient alors que la Côte
d’Ivoire cherche à accroître l’attractivité de son domaine pétrolier. Le
gouvernement présente d’ailleurs ces nouveaux contrats comme le résultat des
réformes destinées à renforcer l’environnement d’investissement dans les
hydrocarbures.
Le bassin sédimentaire ivoirien se rapproche des
100%
La signature avec Petrobras modifie également la
carte de l’exploration pétrolière ivoirienne.
Selon le gouvernement, les huit nouveaux contrats
portent désormais à 75% le taux d’occupation du bassin sédimentaire national,
soit environ 63 000 km² couverts par des activités de production, d’évaluation
et d’exploration.
L’objectif affiché par Abidjan est désormais de
poursuivre progressivement cette couverture jusqu’à 100%.
Cette progression traduit une évolution
importante de la stratégie ivoirienne. Après plusieurs années durant lesquelles
l’exploitation pétrolière et gazière a été dominée par les actifs déjà connus,
notamment dans l’offshore, le pays cherche désormais à multiplier les campagnes
d’exploration afin d’élargir sa base de ressources.
La découverte puis la mise en production du
gisement Baleine, opérée par Eni, a déjà changé l’échelle du secteur pétrolier
ivoirien. L’arrivée de Petrobras sur huit nouveaux blocs vient prolonger cette
dynamique, avec un horizon qui se situe davantage dans le moyen et le long
terme.
Petrobras apporte surtout son expertise des eaux
profondes
Pour Petrobras, le choix de la Côte d’Ivoire
s’inscrit dans une stratégie où l’expérience acquise dans l’exploration
offshore constitue un avantage majeur.
La compagnie brésilienne revendique plus de 70
ans d’expérience dans l’industrie pétrolière et une expertise particulièrement
importante dans les environnements offshore et en eaux profondes. Sa présence
en Côte d’Ivoire permettra donc de tester cette capacité sur plusieurs blocs
simultanément.
La présidente-directrice générale de Petrobras,
Sylvia Maria Couto Dos Anjos, a insisté sur la temporalité particulière de
l’exploration. « L’exploration nécessite une vision à long terme », a-t-elle
déclaré, en soulignant l’importance de développer les connaissances géologiques
et d’identifier les opportunités futures.
Le message est important : les 250 milliards FCFA
annoncés ne constituent pas une garantie de découvertes commerciales. Ils
correspondent d’abord à un programme d’exploration comportant un risque
géologique et financier. Les données sismiques et les forages devront
déterminer si les structures identifiées présentent effectivement des
accumulations d’hydrocarbures économiquement exploitables.
Au-delà du pétrole, le contrat porte aussi sur le
contenu local
L’autre enjeu se situe dans les retombées
économiques que la Côte d’Ivoire pourra tirer de cette nouvelle vague
d’exploration.
Le ministre de l’Économie, des Finances et du
Budget, Adama Coulibaly, a présenté le partenariat comme une opportunité de
renforcer le contenu local, notamment à travers le transfert de compétences,
les emplois qualifiés et le développement de la chaîne de valeur nationale des
hydrocarbures.
C’est un point stratégique pour Abidjan.
L’objectif n’est plus seulement d’attirer des capitaux étrangers pour
rechercher et produire du pétrole et du gaz. Il s’agit également de faire en
sorte qu’une partie de la valeur créée reste dans l’économie ivoirienne, à
travers les entreprises locales, les compétences techniques, les services
pétroliers et les infrastructures associées.
La présence d’un groupe de la dimension de
Petrobras peut ainsi constituer un levier pour renforcer l’écosystème ivoirien
des hydrocarbures, à condition que les engagements de contenu local se
traduisent effectivement en contrats, en formation et en transfert de
savoir-faire.
Une nouvelle phase pour l’ambition pétrolière
ivoirienne
Avec ces huit CPP, la Côte d’Ivoire cherche
clairement à changer d’échelle. Le pays ne se contente plus d’exploiter les
découvertes déjà réalisées : il veut accélérer la recherche de nouvelles
ressources et attirer des opérateurs capables de prendre des risques importants
sur des zones techniquement complexes.
Le pari est donc double. Il est d’abord
géologique, puisque les prochains forages devront confirmer le potentiel des
huit blocs. Il est ensuite industriel et économique, car toute découverte
significative devra encore franchir les étapes de l’évaluation, du
développement et de la mise en production avant de générer des revenus.
Pour l’heure, le signal envoyé par Abidjan est
néanmoins clair : le bassin sédimentaire ivoirien reste ouvert à l’exploration
et la Côte d’Ivoire entend faire des eaux très profondes l’un des prochains
terrains de croissance de son industrie pétrolière. Avec Petrobras, le pays
vient d’ajouter à cette stratégie un partenaire disposant d’une expérience
considérable dans ce type d’environnement.
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