News
  • 17/09/2026

Financements de développement : L’Ouganda face au défi de l’absorption des 4,6 milliards de dollars de la Banque mondiale

L’Ouganda dispose d’un portefeuille de développement de 4,6 milliards de dollars avec la Banque mondiale, mais une part importante de ces ressources reste encore à décaisser. À Kampala, les autorités veulent désormais s’attaquer aux retards d’exécution et mieux distinguer les blocages financiers des problèmes de gestion des projets.

 

À Kampala, le sujet n’est plus seulement de mobiliser des financements pour soutenir le développement. Il s’agit désormais de s’assurer que l’argent engagé puisse effectivement se transformer en infrastructures, services publics, emplois et gains de productivité. C’est tout l’enjeu de la revue du portefeuille menée entre l’Ouganda et la Banque mondiale autour d’un ensemble de 18 opérations représentant 4,6 milliards de dollars.

 

La rencontre, organisée au Sheraton Hotel dans le cadre de la revue de performance du portefeuille Ouganda-Banque mondiale, a mis en lumière un paradoxe classique du financement du développement : disposer de ressources importantes ne garantit pas leur utilisation effective. Selon Qimiao Fan, directeur de la Banque mondiale pour l’Ouganda, le Kenya, la Somalie et le Rwanda, environ 3,1 milliards de dollars restent disponibles pour décaissement, soit près de 5% du PIB ougandais.

 

Pour Kampala, l’enjeu est donc moins celui de la disponibilité des financements que celui de leur capacité à produire rapidement des résultats.

 

Le retard ne vient pas toujours du manque d’argent

 

Le secrétaire permanent et secrétaire au Trésor, Ramathan Ggoobi, veut précisément établir cette distinction. Le gouvernement prépare une évaluation destinée à séparer les projets retardés par des contraintes de financement de ceux confrontés à des difficultés de gestion.

 

Ces dernières couvrent un spectre particulièrement large : procédures de passation des marchés, études et conceptions techniques, acquisition des terrains, mobilisation des contreparties nationales, autorisations administratives ou encore gestion des contrats.

 

Cette distinction est importante pour les finances publiques. Un projet qui dispose déjà d'un financement mais reste bloqué par une procédure administrative ne relève pas du même problème qu’un projet dont l’État ne parvient pas à mobiliser sa contribution nationale.

 

« Nous allons obtenir des réponses quantifiées qui distinguent la contrainte budgétaire de la contrainte de gestion », a expliqué Ggoobi, selon le ministère ougandais des Finances.

 

Le responsable pointe surtout un problème de préparation des projets. Certains sont engagés alors qu’ils ne sont pas encore suffisamment mûrs pour entrer rapidement dans leur phase d’exécution. Dans certains cas, les travaux physiques ne commencent qu’au cours de la troisième année du projet.

 

Le calendrier devient alors une contrainte en soi. Moins de temps pour réaliser les activités prévues signifie davantage de risques d’extensions, de travaux inachevés et de coûts supplémentaires pour l’État.

 

Kampala veut filtrer davantage les projets avant leur financement

 

Le gouvernement entend donc renforcer le « gatekeeping » des projets publics, autrement dit les mécanismes permettant de vérifier leur niveau de préparation avant leur engagement.

 

Les autorités veulent notamment s’assurer que les exigences du Public Investment Management System sont satisfaites avant l’ouverture des négociations. De même, certaines conditions de préparation devront être remplies avant la signature des accords de financement.

 

Parmi elles figurent l’existence de plans de passation des marchés approuvés, l’achèvement des mesures de sauvegarde environnementale et sociale ainsi que l’acquisition des droits de passage nécessaires.

 

L’objectif est simple : éviter que le compteur financier ne démarre alors que le projet, lui, n’est pas encore prêt à démarrer.

 

L’Ouganda mise également sur la commande publique électronique pour réduire les délais et améliorer la transparence et la responsabilité dans l’utilisation des ressources publiques. Le gouvernement entend notamment généraliser son utilisation pour les opérations financées selon l’approche Program-for-Results et poursuivre les discussions avec la Banque mondiale afin d’étendre le dispositif à d’autres projets.

 

Une pression accrue sur les projets arrivant à échéance

 

L’urgence est renforcée par le calendrier du portefeuille. Neuf projets doivent se clôturer en 2027 et 2028. Pour ces opérations, Kampala veut donc accélérer les décisions plutôt que prolonger mécaniquement les échéances.

 

Les projets qui ne pourront pas être achevés dans les délais devront faire l’objet d’un examen pouvant conduire à une restructuration, à une réduction de leur périmètre ou à leur annulation. Les extensions seraient réservées aux obligations contractuelles essentielles déjà engagées.

 

Le gouvernement veut par ailleurs que chaque projet dispose désormais d’un plan d’amélioration clairement documenté, précisant les actions à mener, l’institution responsable, les implications financières et le calendrier d’exécution. Les opérations affichant durablement de mauvaises performances pourraient, elles aussi, être restructurées ou arrêtées.

 

Cette approche traduit une évolution importante : la performance d’un portefeuille de développement ne se mesure pas seulement au montant des engagements signés, mais également à la vitesse et à la qualité avec lesquelles ces engagements sont convertis en dépenses productives.

 

Près de 2 milliards de dollars de nouveaux engagements à absorber

 

La Banque mondiale a elle-même considérablement renforcé son engagement financier en Ouganda. Selon Qimiao Fan, près de 2 milliards de dollars de nouveaux engagements ont été ajoutés au portefeuille au cours des deux dernières années.

 

Mais cette accélération des engagements crée mécaniquement une nouvelle exigence pour Kampala : être capable de préparer, exécuter et décaisser les nouveaux projets suffisamment rapidement.

 

Six opérations approuvées au cours de l’exercice 2025/2026 ont ainsi ajouté près de 2 milliards de dollars au portefeuille, mais ont à peine commencé à décaisser, selon Tonderai Fadzai Mukonoweshuro, responsable principal des opérations de la Banque mondiale.

 

La situation est d’autant plus stratégique que le nouveau Country Partnership Framework 2026-2035 de la Banque mondiale avec l’Ouganda place la création d’emplois et la transformation portée par le secteur privé au cœur de la coopération. Le cadre prévoit notamment de soutenir l’accès à l’énergie, la santé, l’éducation, les infrastructures de transport, l’inclusion financière et la productivité agricole.

 

La Banque mondiale indique par ailleurs que son portefeuille ougandais couvre notamment la protection sociale, l’énergie et d’autres secteurs clés de la transformation économique du pays.

 

Le véritable enjeu : transformer les engagements en résultats

 

Pour l’Ouganda, le défi des prochaines années sera donc double. Le pays doit continuer à mobiliser les ressources nécessaires à son développement tout en améliorant sa capacité à absorber effectivement les financements déjà disponibles.

 

Le sujet dépasse d’ailleurs la seule relation avec la Banque mondiale. Chaque dollar qui reste non décaissé ou chaque projet qui accumule les retards représente un manque à gagner potentiel en matière d’infrastructures, de services publics et d’activité économique.

 

À l’inverse, une meilleure préparation en amont, des procédures plus rapides et un suivi plus rigoureux peuvent permettre au même volume de financement de produire davantage de résultats.

 

C’est précisément sur cette équation que Kampala veut désormais agir : moins de projets engagés trop tôt, davantage de projets prêts à démarrer, et une surveillance plus stricte de leur performance une fois le financement obtenu.

 

Pour un pays qui entend accélérer sa transformation économique, l’enjeu n’est donc plus seulement de trouver l’argent. Il est de faire en sorte que l’argent arrive effectivement sur le terrain, au bon moment et dans les projets capables de produire les résultats attendus.