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  • 17/09/2026

EAC : 52,3 milliards de dollars d’échanges, un boom commercial porté par les minerais et la Chine

Le commerce extérieur de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) a changé d’échelle au deuxième trimestre 2026. Les échanges de marchandises ont atteint 52,3 milliards de dollars, soit 37% de plus qu’un an auparavant. Derrière cette accélération, les exportations progressent plus vite que les importations, les échanges avec l’Afrique se renforcent et le commerce intra-régional continue de monter. Mais le moteur de cette performance reste largement concentré sur les minerais et la demande chinoise, révélant les forces autant que les fragilités du modèle commercial régional.

 

L’EAC vient de franchir un nouveau palier commercial. Entre avril et juin 2026, les échanges de marchandises de ses États membres ont atteint 52,3 milliards de dollars, contre 38,2 milliards au deuxième trimestre 2025. La progression, de 37%, est particulièrement marquée du côté des exportations, qui ont bondi de 41,3% à 26,3 milliards de dollars. Les importations ont, elles, augmenté de 32,9%, à 26 milliards de dollars.

 

Cette dynamique a surtout permis à la région de changer de position vis-à-vis du reste du monde. Après un déficit commercial d’environ 1 milliard de dollars au deuxième trimestre 2025, l’EAC affiche désormais un excédent de 303 millions de dollars. Autrement dit, la croissance des exportations n’a pas seulement accompagné l’augmentation des achats à l’étranger : elle l’a dépassée sur la période.

 

Mais derrière cette amélioration spectaculaire de la balance commerciale se cache une réalité plus structurelle. Les minerais occupent une place toujours plus importante dans les exportations est-africaines. Le cuivre et les métaux précieux représentaient ensemble 61,9% des exportations au deuxième trimestre 2026, contre 58,7% un an plus tôt. La hausse du commerce régional s’accompagne donc d’une concentration accrue sur les matières premières.

 

C’est ici que la performance commerciale de l’EAC devient particulièrement intéressante. La région exporte davantage, mais une part croissante de cette progression provient de produits miniers destinés aux marchés extérieurs. Et parmi ces marchés, un partenaire prend une place considérable : la Chine.

 

La Chine au cœur du changement d’échelle

 

Les exportations de l’EAC vers la Chine sont presque deux fois plus élevées qu’un an auparavant, passant de 5,7 milliards à 10,7 milliards de dollars. Le bulletin précise que cette progression est largement liée aux minerais et aux matières premières. Dans le même temps, les importations en provenance de Chine sont passées de 4,6 milliards à 7,1 milliards de dollars.

 

La relation commerciale avec Pékin illustre ainsi une partie essentielle du nouveau paysage commercial est-africain : l’EAC vend davantage de ressources naturelles au premier marché asiatique de la région, tout en important davantage de produits chinois.

 

Ce mouvement ne signifie pas, à lui seul, que la région ne se diversifie pas. Il montre cependant que la forte croissance des exportations reste étroitement liée à la demande extérieure et aux matières premières. Pour les économies de l’EAC, l’enjeu n’est donc plus seulement d’exporter davantage, mais de déterminer quelle valeur économique est captée localement avant que ces ressources ne quittent la région.

 

Le poids des produits pétroliers dans les importations rappelle d’ailleurs l’autre face de cette équation. Leur part est passée de 20,9% à 25,8% entre les deuxièmes trimestres 2025 et 2026. L’EAC exporte davantage de minerais tout en restant fortement dépendante des importations d’énergie.

 

L’intégration régionale progresse, mais moins vite que le commerce mondial

 

La dynamique ne se limite toutefois pas aux échanges avec la Chine ou les autres grandes économies mondiales. L’Afrique reste la première grande destination régionale des exportations de l’EAC : celles-ci ont progressé de 44,3%, à 7,2 milliards de dollars au deuxième trimestre 2026. Les échanges avec la SADC ont augmenté de 50,8%, à 5,1 milliards de dollars, tandis que ceux avec le COMESA ont progressé de 48,3%, à 3,1 milliards de dollars.

 

Le commerce intra-EAC suit également cette trajectoire. Les exportations entre États membres ont atteint 3,2 milliards de dollars, en hausse de 33,2% sur un an. La progression est importante, mais elle révèle un paradoxe : le commerce entre pays de l’EAC augmente, tout en pesant légèrement moins dans l’ensemble des exportations régionales.

 

Sa part est passée de 12,8% au deuxième trimestre 2025 à 12,1% au deuxième trimestre 2026.

 

La raison tient à la vitesse à laquelle les échanges avec le reste de l’Afrique et les marchés internationaux progressent. L’intégration régionale ne recule donc pas en valeur absolue ; elle est simplement dépassée par une croissance encore plus rapide des échanges extérieurs.

 

C’est une nuance importante pour comprendre la trajectoire de l’EAC. Le marché régional gagne en volume, mais l’ouverture commerciale vers l’extérieur progresse encore plus rapidement.

 

Le commerce accélère pendant que le crédit accompagne l’économie

 

Cette expansion commerciale intervient également dans un environnement financier où le crédit au secteur privé continue de progresser. Au deuxième trimestre 2026, les prêts à l’agriculture ont augmenté de 25,6% sur un an, ceux destinés à la construction de 22,9% et ceux accordés au commerce de gros et de détail de 29,1%. En revanche, le crédit au secteur manufacturier n’a progressé que de 0,9%.

 

Le crédit au secteur privé a globalement augmenté de 15 %, tandis que la masse monétaire M3 progressait de 15,3%.

 

Ces données suggèrent une économie régionale qui accompagne l’accélération des échanges par une expansion de l’activité financière, notamment dans l’agriculture, le commerce et la construction. Mais là encore, le contraste avec l’industrie manufacturière est notable. La progression relativement faible du crédit à la manufacture contraste avec une structure d’exportation de plus en plus dominée par les minerais.

 

Une amélioration du cadre macroéconomique

 

Le tableau est également soutenu par une nette amélioration de l’environnement inflationniste régional. Le bulletin de l’EAC fait état d’un recul important de l’inflation annuelle, qui s’établissait à 7,8% en juin 2026, contre 22,7% un an auparavant.

 

Cette amélioration rapproche la région du critère de convergence communautaire fixé à 8% pour l’inflation globale. Les écarts entre économies restent néanmoins importants, ce qui signifie que la moyenne régionale masque des situations nationales différentes.

 

Sur le plan financier, les indicateurs de solidité bancaire présentent également des écarts significatifs. La référence de capital réglementaire utilisée dans le bulletin est de 10,5% des actifs pondérés des risques. Plusieurs systèmes bancaires se situent largement au-dessus de ce niveau, tandis que le ratio indiqué pour le Soudan du Sud est de 4,6%.

 

Les créances douteuses offrent un autre contraste : leur ratio atteignait 11,7% au Kenya au deuxième trimestre 2026, contre 2,4% en Tanzanie et 2,7% en Ouganda.

 

Le véritable enjeu commence après le boom

 

Pris dans son ensemble, le bulletin dresse donc le portrait d’une EAC qui accélère. En un an, la région a augmenté ses échanges de 14 milliards de dollars, transformé son déficit commercial en excédent et renforcé ses exportations vers l’Afrique comme vers l’Asie.

 

Mais la composition de cette croissance mérite autant d’attention que son ampleur. Les minerais représentent désormais près des deux tiers des exportations, la Chine absorbe une part croissante des ressources exportées et les produits pétroliers occupent une place grandissante dans les importations.

 

L’enjeu pour l’EAC est dès lors moins de savoir si elle peut commercer davantage — les chiffres montrent que c’est déjà le cas — que de déterminer comment transformer cette expansion des échanges en davantage de valeur ajoutée, d’industrialisation et d’intégration économique régionale.

 

La progression du commerce intra-EAC constitue à cet égard un signal important, tout comme la hausse des échanges avec le reste de l’Afrique. Mais tant que la croissance des exportations restera plus fortement tirée par les minerais que par les produits transformés, le changement d’échelle commercial de l’EAC restera aussi le reflet d’une économie régionale encore très exposée à la demande extérieure et aux matières premières.

 

Le deuxième trimestre 2026 marque donc une performance commerciale spectaculaire. Il révèle surtout une question plus profonde pour l’EAC : comment passer d’une région qui exporte davantage de ressources à une région qui capte davantage de valeur ?