À Abuja, la scène peut sembler classique. Une table de réunion. Des poignées de main. Des sourires diplomatiques.
Mais derrière cette rencontre se joue peut-être l’un des virages industriels
les plus stratégiques du Nigéria.
Le ministre des Finances et ministre coordinateur de
l’Économie, Wale Edun, a reçu une délégation du groupe chinois GCL, conduite
par le sénateur Orji Uzor Kalu. Montant évoqué : jusqu’à 5,7 milliards de
dollars d’investissements dans l’énergie, les mines et l’industrie
manufacturière.
Ce n’est pas un détail. C’est un signal.
L’énergie d’abord. La transformation
ensuite.
Les propositions portent sur la production
d’électricité à grande échelle, le traitement local des minéraux et la création
d’unités industrielles. En clair : produire, transformer, fabriquer.
Depuis des décennies, le Nigéria exporte brut, importe
transformé. Pétrole brut contre carburants raffinés. Minéraux bruts contre
produits finis. Une équation qui érode la balance commerciale et limite la
création d’emplois industriels.
L’ambition affichée sous la présidence de Bola Ahmed
Tinubu est différente : rompre avec l’économie d’extraction pour entrer dans
celle de la valeur ajoutée.
Si ces 5,7 milliards se matérialisent, ils pourraient
soutenir cette bascule.
Pourquoi cela compte maintenant
Le Nigéria traverse une période de réformes difficiles
: suppression des subventions aux carburants, unification du taux de change,
ajustements budgétaires. Ces mesures ont un coût social élevé, mais elles
visent à restaurer la crédibilité macroéconomique.
Un investissement industriel massif enverrait un
message clair : les investisseurs internationaux ne se contentent plus
d’observer, ils reviennent.
Et la Chine, partenaire stratégique de longue date, ne
s’engage plus à la légère. Les projets sont désormais calibrés, adossés à des
perspectives de rentabilité et à des chaînes de valeur structurées.
Les enjeux réels derrière l’annonce
Un chiffre impressionne. Mais la vraie question reste
l’exécution.
Quel sera le montage financier ?
Quelles garanties publiques ?
Quels délais de décaissement ?
Quelle part de contenu local réel ?
La production d’énergie est la clé. Sans électricité
compétitive, l’industrialisation reste un slogan. Avec une capacité énergétique
renforcée, le Nigéria peut attirer d’autres industriels, réduire ses
importations et soutenir ses exportations non pétrolières.
Le traitement local des minéraux est tout aussi
stratégique. Transformer sur place, c’est capter la marge. C’est aussi
développer des compétences, structurer des écosystèmes, créer des emplois
qualifiés.
Une fenêtre historique
Le Nigéria n’a pas besoin d’annonces. Il a besoin
d’usines opérationnelles. De mégawatts disponibles. De chaînes de production
exportatrices.
Si ces 5,7 milliards de dollars se concrétisent et
s’inscrivent dans une logique industrielle cohérente, le pays pourrait amorcer
une véritable montée en gamme économique.
Sinon, ce sera une ligne de plus dans l’archive des
promesses africaines.
La différence se jouera sur la gouvernance, la
discipline d’exécution et la vision industrielle.
Cette fois, le Nigéria a l’opportunité de passer du
statut de géant démographique à celui de puissance industrielle régionale.
Reste à transformer l’intention en transformation.
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