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  • 24/02/2026

Nigéria : 5,7 milliards de dollars chinois pour lancer la grande bascule industrielle

À Abuja, la scène peut sembler classique. Une table de réunion. Des poignées de main. Des sourires diplomatiques.

Mais derrière cette rencontre se joue peut-être l’un des virages industriels les plus stratégiques du Nigéria.

 

Le ministre des Finances et ministre coordinateur de l’Économie, Wale Edun, a reçu une délégation du groupe chinois GCL, conduite par le sénateur Orji Uzor Kalu. Montant évoqué : jusqu’à 5,7 milliards de dollars d’investissements dans l’énergie, les mines et l’industrie manufacturière.

 

Ce n’est pas un détail. C’est un signal.

 

L’énergie d’abord. La transformation ensuite.

 

Les propositions portent sur la production d’électricité à grande échelle, le traitement local des minéraux et la création d’unités industrielles. En clair : produire, transformer, fabriquer.

 

Depuis des décennies, le Nigéria exporte brut, importe transformé. Pétrole brut contre carburants raffinés. Minéraux bruts contre produits finis. Une équation qui érode la balance commerciale et limite la création d’emplois industriels.

 

L’ambition affichée sous la présidence de Bola Ahmed Tinubu est différente : rompre avec l’économie d’extraction pour entrer dans celle de la valeur ajoutée.

 

Si ces 5,7 milliards se matérialisent, ils pourraient soutenir cette bascule.

 

Pourquoi cela compte maintenant

 

Le Nigéria traverse une période de réformes difficiles : suppression des subventions aux carburants, unification du taux de change, ajustements budgétaires. Ces mesures ont un coût social élevé, mais elles visent à restaurer la crédibilité macroéconomique.

 

Un investissement industriel massif enverrait un message clair : les investisseurs internationaux ne se contentent plus d’observer, ils reviennent.

 

Et la Chine, partenaire stratégique de longue date, ne s’engage plus à la légère. Les projets sont désormais calibrés, adossés à des perspectives de rentabilité et à des chaînes de valeur structurées.

 

Les enjeux réels derrière l’annonce

 

Un chiffre impressionne. Mais la vraie question reste l’exécution.

Quel sera le montage financier ?
Quelles garanties publiques ?
Quels délais de décaissement ?
Quelle part de contenu local réel ?

 

La production d’énergie est la clé. Sans électricité compétitive, l’industrialisation reste un slogan. Avec une capacité énergétique renforcée, le Nigéria peut attirer d’autres industriels, réduire ses importations et soutenir ses exportations non pétrolières.

 

Le traitement local des minéraux est tout aussi stratégique. Transformer sur place, c’est capter la marge. C’est aussi développer des compétences, structurer des écosystèmes, créer des emplois qualifiés.

 

Une fenêtre historique

 

Le Nigéria n’a pas besoin d’annonces. Il a besoin d’usines opérationnelles. De mégawatts disponibles. De chaînes de production exportatrices.

 

Si ces 5,7 milliards de dollars se concrétisent et s’inscrivent dans une logique industrielle cohérente, le pays pourrait amorcer une véritable montée en gamme économique.

 

Sinon, ce sera une ligne de plus dans l’archive des promesses africaines.

 

La différence se jouera sur la gouvernance, la discipline d’exécution et la vision industrielle.

 

Cette fois, le Nigéria a l’opportunité de passer du statut de géant démographique à celui de puissance industrielle régionale.

 

Reste à transformer l’intention en transformation.