News
  • 11/03/2026

Nigéria : Les importations d’essence suspendues pour soutenir la production locale

Le Nigéria franchit une nouvelle étape dans la réforme de son secteur pétrolier. Depuis février 2026, les autorités ont cessé de délivrer de nouvelles licences d’importation d’essence. Une décision qui vise à privilégier l’approvisionnement domestique, conformément à la loi pétrolière adoptée ces dernières années.

 

Cette orientation marque un tournant pour la première économie d’Afrique, longtemps dépendante des carburants importés malgré son statut de grand producteur de pétrole.

 

Mettre fin à un paradoxe énergétique

 

Pendant des décennies, le Nigéria a vécu une situation paradoxale. Le pays dispose d’importantes réserves de pétrole brut, mais ses raffineries publiques ont longtemps fonctionné en dessous de leurs capacités.

 

Faute d’infrastructures efficaces, le pays a dû importer une grande partie de l’essence consommée sur son territoire. Ces achats massifs de carburant ont pesé lourdement sur les finances publiques et sur les réserves en devises.

 

Pour corriger cette situation, Abuja a adopté en 2021 une réforme majeure du secteur pétrolier : la Petroleum Industry Act.

 

Cette loi redéfinit le fonctionnement de l’industrie et introduit un principe clair : les importations de carburant ne doivent être autorisées que lorsque la production locale ne suffit pas à couvrir la demande.

 

Une nouvelle stratégie énergétique

 

C’est dans ce contexte que les autorités ont décidé de suspendre la délivrance de licences d’importation d’essence.

 

Selon des informations rapportées par l’agence Reuters, le régulateur nigérian du secteur pétrolier n’a délivré aucun nouveau permis d’importation en février et en mars 2026, privilégiant désormais les carburants produits localement.

 

L’objectif est double. D’une part, soutenir les capacités de raffinage nationales. D’autre part, réduire les sorties de devises liées aux importations de produits pétroliers.

 

L’effet de la raffinerie Dangote

 

La montée en puissance de la Dangote Refinery joue un rôle central dans cette stratégie.

 

Située près de Lagos, cette installation privée est considérée comme la plus grande raffinerie d’Afrique, avec une capacité pouvant atteindre environ 650 000 barils par jour.

 

Depuis son entrée progressive en production, la raffinerie fournit différents produits raffinés, dont l’essence, le diesel et le kérosène. Sa montée en régime change progressivement l’équilibre du marché nigérian des carburants.

 

Le gouvernement estime désormais que l’approvisionnement intérieur peut être assuré en grande partie par ces nouvelles capacités industrielles.

 

Un test pour le marché nigérian

 

La suspension des licences d’importation constitue toutefois un test pour l’économie nigériane.

 

Certains acteurs du secteur estiment que la production nationale n’est pas encore totalement stabilisée et que la demande intérieure reste élevée. Dans ces conditions, les autorités devront surveiller attentivement l’évolution de l’offre afin d’éviter toute tension sur le marché des carburants.

 

Le régulateur a d’ailleurs laissé entendre que les importations pourraient reprendre si l’approvisionnement domestique s’avérait insuffisant.

 

Vers une nouvelle phase de l’industrie pétrolière

 

Au-delà de la question des importations, cette décision reflète une transformation plus profonde de l’économie pétrolière nigériane.

 

Pendant longtemps, le pays exportait son pétrole brut pour ensuite importer des produits raffinés. La stratégie actuelle vise à internaliser davantage la chaîne de valeur pétrolière, en développant le raffinage local et en réduisant la dépendance extérieure.

 

Si cette politique se confirme dans la durée, elle pourrait modifier en profondeur la structure du marché énergétique du Nigéria et renforcer la place de ses raffineries dans l’économie nationale.