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  • 04/05/2026

Ouganda : L’argent du pétrole fait gonfler les réserves, mais alourdit les risques

En un an, les réserves de change de l’Ouganda ont enregistré une progression spectaculaire de près de 70%, dopées par l’afflux d’investissements étrangers liés au développement du secteur pétrolier. Mais derrière cette dynamique favorable se profile une équation macroéconomique plus délicate, marquée par une dette publique en forte hausse et des risques budgétaires persistants.

 

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. À fin janvier, les réserves de change de l’Ouganda atteignaient 5,6 milliards de dollars, contre 3,3 milliards un an plus tôt, soit une hausse de 69,7%, selon la Banque de l’Ouganda. Une progression rare à cette échelle, dans une économie encore fortement exposée aux chocs externes et aux contraintes de financement.

 

Le principal moteur de cette accumulation tient à l’accélération des investissements directs étrangers dans le pétrole. Le pays se prépare à entrer dans une phase décisive avec le lancement attendu de la production commerciale de brut cette année. En amont, les acteurs majeurs du projet — notamment le groupe français TotalEnergies et le chinois CNOOC — ont intensifié leurs dépenses dans les infrastructures stratégiques, incluant pipelines, sites de forage et logistique associée.

 

Cette dynamique énergétique agit comme un aimant à capitaux, renforçant temporairement la position extérieure du pays et offrant un coussin de liquidité appréciable pour la banque centrale.

 

Mais ce tableau est loin d’être univoque.

 

Dans le même rapport, l’institution monétaire souligne une augmentation de 21,2% de la dette publique, désormais estimée à 34,77 milliards de dollars. Une trajectoire qui interroge, notamment au regard du poids croissant du service de la dette et de la dépendance à l’endettement extérieur.

 

La Banque de l’Ouganda alerte d’ailleurs sur une marge de manœuvre budgétaire qui se resserre progressivement. L’exposition accrue aux créanciers étrangers, combinée à des engagements financiers élevés, pourrait fragiliser la capacité du pays à absorber d’éventuels chocs économiques. Dans ce contexte, un événement défavorable sur les marchés ou dans le secteur énergétique pourrait rapidement réactiver le risque de surendettement.

 

Entre l’euphorie des investissements pétroliers et la rigueur des équilibres macroéconomiques, Kampala avance donc sur une ligne de crête. Une dynamique classique des économies en phase d’industrialisation extractive : des entrées de capitaux massives, mais une discipline budgétaire sous surveillance permanente.