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  • 29/07/2026

Ouganda : Le FMI salue une économie en pleine accélération, mais met en garde contre les dérives budgétaires avant l'ère pétrolière

L'Ouganda se rapproche d'un tournant historique. Alors que le pays s'apprête à entrer dans le cercle des producteurs de pétrole, le Fonds monétaire international (FMI) estime que son économie affiche des fondamentaux solides. Mais l'institution de Washington avertit également que cette dynamique pourrait être compromise si Kampala ne rétablit pas rapidement la discipline budgétaire et ne prépare pas efficacement la gestion des futures recettes pétrolières.

 

À l'issue de ses consultations de 2026 au titre de l'article IV, le Conseil d'administration du FMI dresse un constat globalement positif de l'économie ougandaise. Depuis la fin du programme de Facilité élargie de crédit (FEC) couvrant la période 2021-2024, la croissance est restée robuste, portée par la vigueur de la demande intérieure, une inflation maîtrisée et une reprise du crédit au secteur privé.

 

Une croissance parmi les plus dynamiques d'Afrique

 

L'économie ougandaise a enregistré une croissance de 6,3% au cours des trois premiers trimestres de l'exercice budgétaire 2025/2026, prolongeant les bonnes performances de l'année précédente. Cette progression s'accompagne d'une stabilité des prix remarquable.

 

En juin 2026, l'inflation globale s'établissait à 3,7%, tandis que l'inflation sous-jacente atteignait 3,4%, des niveaux largement inférieurs à l'objectif de 5% fixé par la Banque d'Ouganda. Cette situation a permis de soutenir la consommation des ménages et l'investissement privé.

 

Le FMI souligne également la bonne tenue du secteur extérieur. Les exportations de café et d'or continuent de générer d'importantes recettes, tandis que les entrées de capitaux étrangers ont renforcé les réserves de change, qui atteignaient 6,1 milliards de dollars fin mai 2026.

 

Les finances publiques restent le principal point faible

 

Malgré ces résultats encourageants, le FMI considère que la situation budgétaire constitue désormais la principale vulnérabilité macroéconomique du pays.

 

Le déficit public est passé de 4,7% du PIB lors de l'exercice 2023/2024 à 6% un an plus tard, sous l'effet d'une augmentation des dépenses courantes et de la charge de la dette. Pour l'exercice 2025/2026, il pourrait encore se creuser à 7,1% du PIB.

 

Cette dérive inquiète les administrateurs du Fonds, qui estiment qu'elle réduit les marges de manœuvre de l'État tout en limitant la capacité du secteur privé à accéder au financement.

 

Le Conseil d'administration appelle ainsi les autorités à accélérer la mobilisation des recettes fiscales, à mieux contrôler les dépenses publiques et à renforcer la gestion des finances publiques afin de contenir l'endettement.

 

Le pétrole, une opportunité à ne pas gaspiller

 

Le démarrage attendu de la production pétrolière constitue l'un des principaux facteurs d'optimisme du FMI.

 

Selon l'institution, les nouvelles recettes issues du pétrole pourraient améliorer durablement les finances publiques ainsi que la balance des paiements. Mais cette manne ne produira ses effets que si elle est administrée dans un cadre transparent et rigoureux.

 

Le Fonds recommande la mise en place rapide d'un dispositif solide de gestion des revenus pétroliers afin de financer les investissements productifs, soutenir le développement social et préserver l'équité entre les générations.

 

En d'autres termes, le pétrole ne devra pas servir à financer une hausse durable des dépenses courantes, mais à renforcer le potentiel de croissance de long terme.

 

Une politique monétaire appelée à rester prudente

 

Face aux incertitudes internationales, le FMI soutient la stratégie prudente de la Banque d'Ouganda.

 

Même si l'inflation demeure faible, les tensions géopolitiques, les fluctuations du taux de change ainsi que la hausse des coûts de l'énergie et du transport pourraient pousser les prix au-delà de 5% au cours de l'exercice 2026/2027.

 

L'institution recommande donc de maintenir une politique monétaire fondée sur les données économiques, tout en conservant un régime de change flexible capable d'absorber les chocs extérieurs et en poursuivant l'accumulation des réserves internationales.

 

Gouvernance et climat des affaires au cœur des réformes

 

Au-delà des équilibres macroéconomiques, le FMI estime que la réussite du futur cycle pétrolier dépendra également des réformes structurelles.

 

Le Conseil d'administration appelle Kampala à renforcer la lutte contre la corruption, améliorer l'efficacité du système judiciaire, lever les barrières commerciales non tarifaires et poursuivre l'intégration économique régionale.

 

Le Fonds insiste également sur la nécessité d'améliorer le climat des affaires afin que la croissance se traduise par davantage d'investissements privés, de création d'emplois et une prospérité mieux partagée.

 

Des risques toujours présents

 

Malgré des perspectives favorables, le FMI identifie plusieurs facteurs susceptibles de freiner l'économie ougandaise.

 

Parmi eux figurent une aggravation des tensions au Moyen-Orient, un durcissement des conditions financières internationales, de nouveaux retards dans les projets pétroliers, les effets du changement climatique ainsi que les risques sanitaires, notamment liés à l'épidémie d'Ebola.

 

Pour le FMI, l'Ouganda dispose aujourd'hui d'une fenêtre d'opportunité rare. Mais transformer la future richesse pétrolière en développement durable dépendra avant tout de la capacité des autorités à restaurer la discipline budgétaire, renforcer les institutions et gérer avec transparence les revenus du pétrole. C'est à cette condition que le pays pourra convertir son potentiel économique en croissance inclusive et durable.