L'Ouganda se rapproche d'un tournant historique. Alors que le pays s'apprête à entrer dans le cercle des producteurs de pétrole, le Fonds monétaire international (FMI) estime que son économie affiche des fondamentaux solides. Mais l'institution de Washington avertit également que cette dynamique pourrait être compromise si Kampala ne rétablit pas rapidement la discipline budgétaire et ne prépare pas efficacement la gestion des futures recettes pétrolières.
À l'issue de ses consultations de 2026 au titre de
l'article IV, le Conseil d'administration du FMI dresse un constat globalement
positif de l'économie ougandaise. Depuis la fin du programme de Facilité
élargie de crédit (FEC) couvrant la période 2021-2024, la croissance est restée
robuste, portée par la vigueur de la demande intérieure, une inflation
maîtrisée et une reprise du crédit au secteur privé.
Une croissance parmi les plus dynamiques
d'Afrique
L'économie ougandaise a enregistré une croissance de
6,3% au cours des trois premiers trimestres de l'exercice budgétaire 2025/2026,
prolongeant les bonnes performances de l'année précédente. Cette progression
s'accompagne d'une stabilité des prix remarquable.
En juin 2026, l'inflation globale s'établissait à 3,7%,
tandis que l'inflation sous-jacente atteignait 3,4%, des niveaux largement
inférieurs à l'objectif de 5% fixé par la Banque d'Ouganda. Cette situation a
permis de soutenir la consommation des ménages et l'investissement privé.
Le FMI souligne également la bonne tenue du secteur
extérieur. Les exportations de café et d'or continuent de générer d'importantes
recettes, tandis que les entrées de capitaux étrangers ont renforcé les
réserves de change, qui atteignaient 6,1 milliards de dollars fin mai 2026.
Les finances publiques restent le
principal point faible
Malgré ces résultats encourageants, le FMI considère
que la situation budgétaire constitue désormais la principale vulnérabilité
macroéconomique du pays.
Le déficit public est passé de 4,7% du PIB lors de
l'exercice 2023/2024 à 6% un an plus tard, sous l'effet d'une augmentation des
dépenses courantes et de la charge de la dette. Pour l'exercice 2025/2026, il
pourrait encore se creuser à 7,1% du PIB.
Cette dérive inquiète les administrateurs du Fonds,
qui estiment qu'elle réduit les marges de manœuvre de l'État tout en limitant
la capacité du secteur privé à accéder au financement.
Le Conseil d'administration appelle ainsi les
autorités à accélérer la mobilisation des recettes fiscales, à mieux contrôler
les dépenses publiques et à renforcer la gestion des finances publiques afin de
contenir l'endettement.
Le pétrole, une opportunité à ne pas
gaspiller
Le démarrage attendu de la production pétrolière
constitue l'un des principaux facteurs d'optimisme du FMI.
Selon l'institution, les nouvelles recettes issues du
pétrole pourraient améliorer durablement les finances publiques ainsi que la
balance des paiements. Mais cette manne ne produira ses effets que si elle est
administrée dans un cadre transparent et rigoureux.
Le Fonds recommande la mise en place rapide d'un
dispositif solide de gestion des revenus pétroliers afin de financer les
investissements productifs, soutenir le développement social et préserver
l'équité entre les générations.
En d'autres termes, le pétrole ne devra pas servir à
financer une hausse durable des dépenses courantes, mais à renforcer le
potentiel de croissance de long terme.
Une politique monétaire appelée à rester
prudente
Face aux incertitudes internationales, le FMI soutient
la stratégie prudente de la Banque d'Ouganda.
Même si l'inflation demeure faible, les tensions
géopolitiques, les fluctuations du taux de change ainsi que la hausse des coûts
de l'énergie et du transport pourraient pousser les prix au-delà de 5% au cours
de l'exercice 2026/2027.
L'institution recommande donc de maintenir une
politique monétaire fondée sur les données économiques, tout en conservant un
régime de change flexible capable d'absorber les chocs extérieurs et en
poursuivant l'accumulation des réserves internationales.
Gouvernance et climat des affaires au cœur
des réformes
Au-delà des équilibres macroéconomiques, le FMI estime
que la réussite du futur cycle pétrolier dépendra également des réformes
structurelles.
Le Conseil d'administration appelle Kampala à
renforcer la lutte contre la corruption, améliorer l'efficacité du système
judiciaire, lever les barrières commerciales non tarifaires et poursuivre
l'intégration économique régionale.
Le Fonds insiste également sur la nécessité
d'améliorer le climat des affaires afin que la croissance se traduise par
davantage d'investissements privés, de création d'emplois et une prospérité
mieux partagée.
Des risques toujours présents
Malgré des perspectives favorables, le FMI identifie
plusieurs facteurs susceptibles de freiner l'économie ougandaise.
Parmi eux figurent une aggravation des tensions au
Moyen-Orient, un durcissement des conditions financières internationales, de
nouveaux retards dans les projets pétroliers, les effets du changement
climatique ainsi que les risques sanitaires, notamment liés à l'épidémie
d'Ebola.
Pour le FMI, l'Ouganda dispose aujourd'hui d'une
fenêtre d'opportunité rare. Mais transformer la future richesse pétrolière en
développement durable dépendra avant tout de la capacité des autorités à
restaurer la discipline budgétaire, renforcer les institutions et gérer avec
transparence les revenus du pétrole. C'est à cette condition que le pays pourra
convertir son potentiel économique en croissance inclusive et durable.
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