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  • 22/10/2026

Ouganda : L’or propulse les exportations à 1,5 milliard de dollars, mais une partie vient de l’étranger

L’Ouganda a enregistré 1,5 milliard de dollars d’exportations de marchandises en août 2026, en hausse de 36% sur un an. Avec près de 889 millions de dollars générés par l’or, le métal précieux domine les ventes extérieures du pays. Mais cette performance repose aussi sur le rôle de plateforme régionale de raffinage et de négoce que Kampala cherche à développer.

 

L’or continue de peser lourd dans les échanges extérieurs de l’Ouganda. En août 2026, les exportations de marchandises du pays ont atteint environ 1,5 milliard de dollars, contre 1,1 milliard un an auparavant, selon un rapport du ministère des Finances relayé le 22 octobre par Reuters. Cette progression de 36% s’explique principalement par la hausse des recettes tirées de l’or et d’autres produits exportés.

 

À lui seul, le métal précieux a rapporté 889 millions de dollars au pays sur le mois, soit une augmentation de 68,9% en glissement annuel. Il représente ainsi près de 59% de la valeur totale des exportations ougandaises sur la période.

 

Cette concentration donne une idée de l'importance prise par l'or dans l'économie extérieure du pays. Elle pose aussi une question essentielle : quelle part de cette richesse exportée est réellement produite en Ouganda ?

 

Un centre régional de négoce de l’or

 

Contrairement à ce que les chiffres d’exportation pourraient laisser penser, l'Ouganda ne tire pas l'ensemble de son or de ses propres mines. Le pays s'est progressivement imposé comme une plateforme régionale de raffinage et de commercialisation du métal précieux, notamment grâce à ses infrastructures de transformation et à ses circuits commerciaux.

 

Une partie de l'or exporté est achetée à l'étranger, puis raffinée ou réexportée depuis le territoire ougandais. Les pays voisins, dont la République démocratique du Congo et le Soudan du Sud, figurent parmi les sources d'approvisionnement citées dans les analyses du commerce régional de l'or.

 

Les données commerciales internationales illustrent l'ampleur de ces flux. En 2025, les exportations ougandaises d'or sous les formes recensées par la base de données WITS de la Banque mondiale ont atteint environ 6,4 milliards de dollars, pour quelque 60,3 tonnes. Sur la même période, les importations de cette catégorie de produits ont représenté près de 6,4 milliards de dollars, pour 63,6 tonnes.

 

Ces montants ne permettent pas, à eux seuls, de calculer précisément la part de l'or importé ensuite réexporté : les flux peuvent différer selon les périodes, les stocks et les opérations commerciales. Ils confirment néanmoins l'importance des échanges d'or dans les deux sens. L'Ouganda est autant un territoire de transformation et de circulation du métal qu'un pays producteur.

 

Cette distinction compte pour interpréter les statistiques économiques. La valeur brute d'une exportation ne correspond pas nécessairement à la richesse créée localement. Lorsqu'une entreprise importe de l'or, le raffine puis le revend à l'étranger, la valeur de la réexportation apparaît dans les statistiques commerciales. La contribution économique nationale dépend notamment de la valeur ajoutée créée sur place, des salaires versés, des services mobilisés et des recettes fiscales effectivement perçues.

 

Des devises indispensables, mais un équilibre extérieur sous pression

 

Le commerce de l'or procure à l'Ouganda des entrées de devises qui peuvent contribuer à financer ses importations et à soutenir sa monnaie, le shilling. Dans son rapport, le ministère des Finances estime également que la hausse attendue des transferts d'argent de la diaspora vers la fin de 2026, conjuguée au resserrement de la politique monétaire, pourrait soutenir la devise nationale.

 

Mais des exportations en hausse ne suffisent pas à garantir une amélioration de la balance commerciale. Il faut aussi regarder les importations, dont le coût peut progresser plus rapidement que les recettes générées à l'étranger.

 

Les données disponibles pour juillet 2026 illustrent ce risque : les exportations de marchandises avaient progressé de 10,1% sur un an, à 1,40 milliard de dollars, tandis que les importations atteignaient 1,61 milliard, en hausse de 25,4%. Le déficit commercial s'était ainsi établi à 210 millions de dollars.

 

Ces chiffres concernent juillet et ne doivent pas être confondus avec les données d'exportation d'août. Ils rappellent cependant qu'une économie peut augmenter ses ventes à l'étranger tout en restant confrontée à un besoin important de financement extérieur.

 

L'enjeu pour Kampala ne consiste donc pas seulement à augmenter les volumes d'or qui transitent par le pays. Il s'agit aussi de développer des activités locales plus rémunératrices, de mieux encadrer les circuits d'approvisionnement et de transformer les flux commerciaux en revenus durables pour les entreprises, les travailleurs et les finances publiques.

 

Le pétrole, prochain relais de croissance ?

 

L'Ouganda prépare parallèlement une nouvelle étape de son développement extractif. Le pays prévoit de lancer la production commerciale de pétrole brut au début de 2027, à partir de gisements situés dans l'ouest du territoire, près de la frontière avec la République démocratique du Congo.

 

Selon le ministère des Finances, le démarrage de la production et des exportations pétrolières devrait renforcer les recettes en devises et la position extérieure du pays à moyen terme.

 

Le pétrole pourrait ainsi compléter les recettes provenant de l'or, mais son impact dépendra des volumes effectivement produits, des cours internationaux, des coûts d'exploitation et des conditions de commercialisation. Les revenus qui reviendront à l'État dépendront également du cadre fiscal et contractuel applicable au secteur.

 

Pour l'Ouganda, le défi sera de ne pas remplacer une dépendance par une autre. Une économie dont les exportations reposent fortement sur quelques matières premières reste exposée aux variations des cours mondiaux et aux perturbations des circuits d'approvisionnement.

 

La progression enregistrée en août constitue donc un signal favorable pour les recettes d'exportation, mais pas une preuve suffisante d'une transformation économique achevée. La véritable mesure du succès sera la capacité du pays à convertir ses activités minières, son industrie de raffinage et sa future production pétrolière en valeur ajoutée locale, en emplois et en recettes publiques durables.