L’Ouganda retourne sur son marché domestique de la dette avec une ambition claire : mobiliser près de 1 000 milliards de shillings ougandais, soit près de 276 millions de dollars, auprès des investisseurs locaux. La Banque centrale d’Ouganda a officiellement lancé un appel d’offres pour une adjudication d’obligations du Trésor prévue le 7 janvier 2026.
Derrière cette opération se dessine une stratégie
assumée de financement interne, dans un contexte régional marqué par le
renchérissement du coût de l’argent et une prudence accrue vis-à-vis des
marchés internationaux.
L’émission porte sur trois maturités clés : 3 ans, 10
ans et 20 ans. Il ne s’agit pas de nouveaux titres, mais de réouvertures
d’obligations existantes, une pratique courante visant à accroître les montants
en circulation et à renforcer la liquidité du marché secondaire.
Dans le détail, l’État ougandais cherche à lever 230
milliards de shillings sur une obligation à trois ans, assortie d’un taux
facial de 15,55%. Une obligation à dix ans, rémunérée à 16,25%, doit permettre
de mobiliser 330 milliards de shillings. Enfin, la maturité la plus longue, à
vingt ans, affiche un taux de 15% pour un montant cible de 430 milliards de
shillings.
Ces rendements, élevés pour des titres souverains
domestiques, traduisent un environnement financier encore contraint. Ils
reflètent les anticipations d’inflation, l’orientation restrictive de la
politique monétaire et la prime de risque exigée par les investisseurs pour
s’engager sur des horizons longs.
La vente se déroulera selon le principe de l’adjudication
à prix unique. Tous les investisseurs retenus seront servis au même prix,
correspondant au prix le plus bas accepté, donc au rendement le plus élevé
validé lors de l’enchère. Un mécanisme conçu pour assurer transparence et
équité entre les participants.
La Banque centrale conserve toutefois une large marge
de manœuvre. Dans son avis officiel, elle précise :
« La Banque d’Ouganda se réserve le droit d’augmenter ou de réduire le montant
proposé à l’adjudication et d’accepter ou de rejeter toute offre, en tout ou en
partie. »
Seules les banques agréées en tant que Primary Dealers
sont autorisées à soumettre des offres compétitives. Les autres investisseurs —
compagnies d’assurances, fonds de pension, entreprises ou particuliers —
peuvent accéder à ces titres par leur intermédiaire ou via des offres non
compétitives, acceptées automatiquement dans une limite prédéfinie.
Au-delà de sa dimension technique, cette opération
confirme l’orientation stratégique de l’Ouganda en faveur du financement
domestique. En privilégiant le marché local, l’État limite son exposition au
risque de change et soutient le développement de son marché des capitaux, une
approche régulièrement encouragée par les institutions financières
internationales.
Pour les banques et investisseurs institutionnels, ces
obligations présentent un double attrait : des rendements élevés et une signature
souveraine. Pour l’État, le compromis est plus délicat. Le financement est
sécurisé et étalé dans le temps, mais à un coût budgétaire significatif.
L’adjudication du 7 janvier servira donc de test
grandeur nature. Elle donnera une indication précise de l’appétit des
investisseurs et de la perception du risque souverain ougandais en ce début
d’année 2026, dans un environnement financier où chaque point de base compte.
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