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  • 28/03/2026

Secrétariat général de l’ONU : Pourquoi l’Afrique peine à s’accorder sur Macky Sall

À Addis-Abeba, la tentative de désignation de Macky Sall comme candidat africain au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies a échoué faute de consensus. Derrière ce blocage au sein de l’Union africaine, se dessinent des rivalités régionales, des calculs d’influence et une question centrale : l’Afrique peut-elle réellement parler d’une seule voix sur la scène mondiale ?

 

Une procédure de silence qui révèle un désaccord profond

 

Dans les coulisses de la diplomatie africaine, la procédure dite de “silence” est réputée efficace. En l’absence d’objection, une décision est validée sans vote formel. Mais cette fois, le mécanisme a échoué.

 

Selon une note officielle, vingt États membres ont rompu le silence, empêchant l’adoption de la candidature de Macky Sall. Une rupture nette, qui dépasse le simple cadre procédural.

 

Car en diplomatie, rompre le silence est un acte politique. Ce geste traduit une opposition claire, assumée, et surtout collective. Il met en lumière une réalité que les discours officiels peinent souvent à masquer : l’Afrique reste fragmentée dès lors qu’il s’agit de parler d’une seule voix sur les enjeux stratégiques globaux.

 

Le mythe persistant du candidat africain unique

 

Depuis plusieurs années, le continent affiche une ambition récurrente : porter un candidat unique pour les grandes fonctions internationales, afin de renforcer son poids dans les négociations mondiales.

 

Sur le papier, la logique est imparable. Dans les faits, elle se heurte à une mécanique bien plus complexe.

 

Le cas Macky Sall en est une illustration limpide.

 

Entre équilibres régionaux, rivalités d’influence et divergences stratégiques, plusieurs capitales africaines ont visiblement estimé que les conditions d’un consensus n’étaient pas réunies. Derrière ce refus, il ne s’agit pas seulement d’un homme, mais d’un arbitrage plus large sur la représentation du continent.

 

Rivalités régionales et logiques de puissance

 

Le blocage observé à Addis-Abeba renvoie à des dynamiques bien connues.

 

Chaque grande région africaine — Afrique de l’Ouest, de l’Est, australe ou du Nord — cherche à exister dans les équilibres continentaux. Dans ce contexte, soutenir un candidat revient aussi à céder une part d’influence.

 

À cela s’ajoutent les stratégies des puissances africaines, soucieuses de préserver leur marge de manœuvre dans les négociations internationales.

 

Car la bataille ne se limite pas au continent. Elle se jouera également au sein du Conseil de sécurité, où les grandes puissances mondiales détiennent le dernier mot.

 

Dès lors, une question s’impose dans les calculs diplomatiques : le candidat proposé est-il en mesure de franchir l’obstacle des équilibres globaux ?

 

Un revers stratégique pour Macky Sall

 

Pour Macky Sall, ce blocage constitue un revers indéniable.

 

Certes, sa candidature à la tête de l’Organisation des Nations unies reste théoriquement possible à titre individuel. Mais dans la pratique, l’absence de soutien formel de l’Union africaine affaiblit considérablement sa position.

 

Dans ce type de compétition, le poids d’un bloc régional uni peut faire la différence. À l’inverse, une candidature isolée part avec un handicap structurel.

 

Une ambition continentale mise à l’épreuve

 

Au-delà du cas Macky Sall, cet épisode agit comme un révélateur.

 

L’Afrique revendique une place accrue dans la gouvernance mondiale, que ce soit au sein des institutions politiques ou financières internationales. Mais cette ambition se heurte encore à une difficulté majeure : l’alignement des intérêts nationaux.

 

Entre volonté d’unité et réalités politiques, le continent avance souvent en ordre dispersé.

 

Une bataille désormais ouverte

 

Le rejet de cette candidature ne clôt pas le débat. Au contraire, il ouvre une nouvelle phase.

 

D’autres profils pourraient émerger. Les alliances vont se recomposer. Les discussions vont s’intensifier.

 

Dans cette course stratégique à la tête de l’ONU, une certitude se dessine déjà : l’Afrique n’a pas encore trouvé la voix qui la rassemble.

 

Et tant que ce consensus restera introuvable, sa capacité à peser pleinement sur la scène internationale restera, elle aussi, limitée.