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  • 09/06/2026

Soudan : La BAD et le PAM engagent 87 millions de dollars pour transformer une agriculture sous pression en levier de stabilité économique

Au Soudan, la ligne de fracture entre urgence humanitaire et reconstruction économique continue de se déplacer. Cette fois, elle passe par les champs. Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies et la Banque africaine de développement viennent d’officialiser un financement de 87 millions de dollars destiné à repositionner l’agriculture au cœur de la résilience nationale, dans un pays où plus de 19 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë ou pire.

 

Derrière ce programme baptisé BOOST, l’ambition dépasse la simple réponse d’urgence. Il s’agit d’un pari structurant : passer d’une logique d’assistance alimentaire à court terme à une dynamique de production agricole capable de tenir dans la durée. Une inflexion stratégique assumée par les deux institutions, dans un contexte où les systèmes agroalimentaires restent fragilisés par les conflits et la désorganisation des chaînes de valeur rurales.

 

Sur le papier, l’échelle du projet donne la mesure de l’enjeu. BOOST cible plus de 230 000 ménages agricoles, avec une projection de production d’environ un million de tonnes de céréales et de légumineuses sur la durée du programme. À l’échelle du pays, cela représente un volume capable d’alimenter des millions de personnes, avec un impact direct attendu sur la disponibilité des denrées de base et la réduction de la dépendance aux importations alimentaires.

 

Mais l’enjeu ne se limite pas aux volumes. Il se joue surtout dans les zones d’intervention, notamment dans les États de Sennar et du Nil Bleu, où l’agriculture reste un pilier économique malgré des contraintes lourdes : faible mécanisation, pertes post-récolte élevées, infrastructures rurales fragiles et effets persistants de l’instabilité sécuritaire. Dans ces territoires, l’objectif est clair : faire basculer une agriculture de subsistance vers une agriculture connectée aux marchés locaux.

 

Sur le terrain, les partenaires mettent en avant des signaux déjà observés dans les précédentes interventions. Certains agriculteurs appuyés dans des programmes de résilience auraient maintenu, voire amélioré leur production de blé et de sorgho, sans dépendre entièrement de l’aide alimentaire. Un indicateur jugé important par le Programme alimentaire mondial des Nations Unies, qui y voit une preuve de la viabilité d’un modèle fondé sur le soutien productif plutôt que sur la seule distribution humanitaire.

 

Du côté de la Banque africaine de développement, la lecture est plus structurelle. L’investissement agricole est présenté comme un instrument de stabilisation économique, reposant sur trois leviers : l’amélioration de la productivité, la réduction des pertes après récolte et l’intégration des producteurs aux marchés locaux. À cela s’ajoute un volet organisationnel visant la création de groupements d’agriculteurs, destinés à renforcer la formation, l’accès aux intrants et le développement d’activités agro-industrielles à petite échelle.

 

BOOST s’inscrit également dans une continuité déjà engagée. Depuis 2023, près de 267 millions de dollars ont été mobilisés par la BAD et ses partenaires pour des interventions de résilience mises en œuvre par le PAM au Soudan, notamment sur la filière du blé. Cette accumulation de financements dessine une trajectoire nette : celle d’un repositionnement progressif de l’aide internationale vers des modèles hybrides mêlant urgence, production et reconstruction économique.

 

Reste une équation centrale, encore ouverte : la capacité de ces investissements à produire des effets durables dans un environnement marqué par l’instabilité sécuritaire et la fragilité institutionnelle. Car au Soudan, la question agricole n’est plus seulement une affaire de rendement. Elle devient un test de survie économique, et peut-être, à terme, un indicateur de recomposition nationale.