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  • 15/05/2026

Zambie : Stabilité macroéconomique sous tension politique, le FMI met en garde contre un relâchement budgétaire

L’économie zambienne affiche des indicateurs de stabilisation solides après son programme avec le FMI. Mais 2026 marque un tournant : la discipline budgétaire est désormais testée par le cycle électoral et un environnement externe plus instable.

 

La Zambie a nettement consolidé sa position macroéconomique après son programme appuyé par le Fonds monétaire international. L’inflation est revenue dans la fourchette cible de 6 à 8%, à 6,8% en avril 2026, tandis que les réserves internationales atteignent 4,4 mois d’importations, soit environ 6,4 milliards de dollars. Le solde budgétaire primaire a, lui, dégagé un excédent de 3,1% du PIB en 2025.

 

Ces résultats traduisent une amélioration nette de la stabilité macroéconomique, soutenue par des politiques de consolidation budgétaire et un ajustement monétaire progressif. Mais cette dynamique reste récente et encore fortement dépendante de la discipline des autorités.

 

Un environnement 2026 moins porteur

 

Les projections pour 2026 signalent un infléchissement. La croissance est attendue à 4,3%, contre un rythme plus robuste l’année précédente, en raison notamment du ralentissement du secteur minier, d’une normalisation agricole après une année exceptionnelle et de contraintes énergétiques persistantes.

 

Dans le même temps, les pressions inflationnistes pourraient remonter à 8,5% en fin d’année, sous l’effet combiné de la hausse des prix du carburant et des tensions géopolitiques internationales.

 

Le compte courant resterait légèrement excédentaire (1,5% du PIB), mais l’équilibre externe demeure sensible aux chocs sur les matières premières et l’énergie.

 

Le point de bascule budgétaire

 

Le signal le plus surveillé concerne les finances publiques. L’excédent primaire, pilier de la consolidation, devrait reculer à 1,1% du PIB en 2026, contre 3,8% lors du dernier examen du programme ECF.

 

Cette dégradation s’explique par plusieurs facteurs convergents : baisse des recettes fiscales liée à des mesures temporaires sur la TVA carburant et les accises, hausse des dépenses préélectorales, revalorisation de la fonction publique et dépassements dans les subventions agricoles.

 

À cela s’ajoutent des risques spécifiques liés à l’Agence de réserve alimentaire, qui pèsent sur la soutenabilité budgétaire à court terme.

 

Fiscalité : le maillon faible structurel

 

Au-delà du cycle conjoncturel, le FMI met en évidence une fragilité plus structurelle : la mobilisation des recettes intérieures.

 

Les insuffisances de collecte de la TVA, combinées à des retards de remboursement, continuent d’affaiblir la confiance des contribuables et de limiter l’efficacité du système fiscal. Pour l’institution, l’enjeu est clair : sans réforme fiscale durable, la trajectoire de consolidation restera incomplète.

 

Politique monétaire : vigilance maintenue

 

La banque centrale a amorcé une baisse de taux, justifiée par l’amélioration des perspectives d’inflation. Mais le FMI appelle à la prudence.

 

La Banque de Zambie doit intégrer les risques de second tour liés aux prix de l’énergie et maintenir une approche prospective de l’inflation, dans un contexte où les anticipations restent sensibles aux chocs externes.

 

La coordination entre politique budgétaire et monétaire apparaît comme un facteur clé de stabilisation.

 

Le facteur électoral comme variable d’ajustement

 

L’approche des élections introduit une incertitude supplémentaire sur la trajectoire budgétaire. Le FMI anticipe un relâchement temporaire de la discipline fiscale, classique dans les cycles politiques de la région, mais potentiellement amplifié par les pressions sociales et les arbitrages de court terme.

 

Ce risque n’est pas présenté comme un choc systémique, mais comme un facteur de dérive progressive susceptible d’éroder les gains récents.

 

Une économie en transition surveillée

 

Au-delà des déséquilibres conjoncturels, la Zambie reste engagée dans une phase de transformation structurelle. Le futur cadre d’appui envisagé avec le FMI devrait reposer sur trois priorités : consolidation budgétaire, élargissement de l’assiette fiscale et renforcement du rôle du secteur privé dans la croissance.

 

L’objectif implicite est de passer d’une stabilisation défensive à une trajectoire de croissance plus diversifiée, moins dépendante du cuivre et plus résiliente aux chocs externes.

 

Une stabilité conditionnelle

 

La Zambie présente aujourd’hui un profil macroéconomique stabilisé mais conditionnel. Les indicateurs sont améliorés, les déséquilibres corrigés en grande partie, mais la soutenabilité dépend encore fortement de la discipline budgétaire et de la capacité institutionnelle à résister aux cycles politiques.

 

Le FMI résume implicitement l’enjeu : les acquis récents sont réels, mais leur durabilité n’est pas automatique.

 

Dans ce type de trajectoire, la stabilité n’est jamais un point d’arrivée. C’est une variable qui se renégocie en permanence.